- Pas
d'injonction
Pas de crispation inutile.
pas de hiérarchie des valeurs littéraires.
Privilégiez le plaisir du vagabondage et celui du dialogue.
« On apprend à lire aux enfants comme on apprenait à nager à mon arrière-grand-mère ! » Jean
Delas.
Voilà une polémique qui démarre fort avec cette affirmation de Jean Delas, directeur des éditions de L'Ecole des loisirs.
Il y aurait des enfants qui ne liraient pas parce qu'on ne leur proposerait rien qui correspondrait à leur attente.
La lecture, selon Jean Delas, c'est :
…l'affaire de l'école (je rajouterai aussi celui des parents, évidemment).
« Il faut faire en sorte que ce ne soit pas un devoir contraignant, rébarbatif mais que tout soit mis en œuvre pour que ce soit un
plaisir. » Offrir aux écoliers une littérature digne de ce nom, avec des auteurs, des œuvres, des genres différents. « Il ne s'agit pas seulement d'apprendre à lire. Le but à atteindre, c'est de former des lecteurs. Des enfants lecteurs, qui continueront à lire quand ils seront
adultes et donneront à leurs propres enfants l'envie de lire. Le but à atteindre n'est pas de réussir le contrôle du lendemain.»
La diversité :
il faut diversifier les contenus, les actions.
Chaque enfant est différent. Il y a des thèmes, des supports qui parlent plus aux uns qu'aux autres.
Les documentaires intéressent les garçons. Certains sujets les préoccupent : les avions, la pêche, le foot...
La bande dessinée est une forme de lecture très complexe, avec des ellipses considérables, qui peut être un tremplin vers autre chose. Il faut tout essayer et ne pas dévaloriser tel ou tel
genre !
Etre à l'écoute.
Une multitude d'approches, d’animations peuvent provoquer une étincelle de
curiosité.
Aucun enfant ne résiste au plaisir des devinettes, au plaisir de chercher ensemble, d'en inventer en jouant sur le
double sens des mots, de les poser à ses parents, à ses copains...
Proposez aux élèves (y compris ceux en difficulté) de lire des histoires aux petits de maternelle. On voit des
enfants, déterminés à ne pas ouvrir un livre de l'année, se prendre au jeu, s'entraîner pendant des heures, lire à voix haute, chez eux, partout...
Proposez-leur de monter une exposition sur un sujet qui leur tient à cœur.
On peut organiser des concours littéraires pour lesquels les écoliers se constituent en jury...
Utilisez la vidéo pour filmer un enfant qui parle d'un livre qui lui a plu...
Développer le goût de lire, c'est écrire, expliquer, parler, recevoir,
donner, échanger, partager.
Au cœur du dispositif : le CDI et ses animations.
Un élément indispensable. Un lieu qui doit être ouvert et vivant, où l'on
peut afficher un texte, monter des expositions, rencontrer des auteurs, fabriquer des livres, un lieu où l'on n'est pas obligé d'aller mais où l'on doit pouvoir aller tous les jours si l'on en a
envie...
«Il faut porter l'enfant et non pas le forcer.»
Je pense qu’il est nécessaire de développer « l'enseignement » de la littérature jeunesse dans les
I.U.F.M. (Instituts universitaires de formation des maîtres) pour donner des repères.
Le problème de la lecture obligatoire et cadrée.
Je rappelle que dans cet article, je parle du goût de lire ! Les enseignants en faisant découvrir des textes
aux enfants leur permettent aussi d’avoir entre les mains des genres auxquels ils n’auraient pas forcément pensé.
On peut s’interroger sur les bienfaits du livre imposé, de la grille de questions et de la fiche de lecture (on peur
aussi se poser la question de l’utilité de celle-ci à l’heure d’Internet puisque bien des enfants copient et collent des résumés pris sur le net sans même avoir lu le livre !) qui s’en suit
! Le meilleur moyen de dégoûter un enfant ?
Enfermer un livre dans un cadre, avec une analyse imposée, c'est prendre le risque de dégoûter
l'enfant.
La lecture, c'est quelque chose de très intime. Le rapport qui s'établit entre le lecteur, le texte et l'auteur est
unique. Chaque lecture est personnelle. C'est ça l'intérêt du livre !
Daniel Pennac,
qui fut longtemps professeur de lettres, l'a dit: « Le verbe " lire " ne supporte pas l'impératif. Aversion qu'il
partage avec quelques autres : le verbe " aimer "... le verbe " rêver "...»
Dans « Comme un
roman », son essai sur la lecture, Daniel Pennac défend la lecture-cadeau, la lecture gratuite et sans contrepartie. Comment retourner comme une crêpe un auditoire de lycéens de
seconde qui croient ne pas aimer lire? En leur lisant à voix haute (mais oui, comme à des petits) Le parfum de Süskind ou Cent ans de solitude, ou même La princesse de Clèves, œuvre réputée
«pénible».
« Une seule condition à cette
réconciliation avec la lecture: ne rien demander en échange. Absolument rien. N'élever aucun rempart de connaissance préliminaire autour du livre. Ne pas poser la moindre question. Ne pas
donner le plus petit devoir. Ne pas ajouter un seul mot à ceux des pages lues. Pas de jugement de valeur, pas d'explication de vocabulaire, pas d'analyse de texte, pas d'indication
biographique... S'interdire de "parler autour". Lecture-cadeau. Lire et attendre.»
Attendre que la peur se dissipe !
«La rencontre avec un livre, à tout âge, est comme la rencontre avec un nouvel ami: elle ne peut être imposée, mais
juste suggérée»
Marie Bonnafé, psychiatre et psychanalyste,
auteur de l’essai « Les
livres, c'est bon pour les bébés. »
Marie Bonnafé fait l'éloge de la «lecture pour rien», à contre-courant de l'apprentissage forcé et précoce. Car tout commence au berceau. Fini le temps où l'on disait: «Il est trop petit, il ne
comprend pas.» Depuis vingt ans, les bébés l'ont prouvé: ils sont de grands lecteurs. L'intérêt pour l'écrit est général chez les moins de six ans, même s'il n'existe aucune stimulation de
l'entourage. C'est une sorte de miracle. Une prédisposition fantastique.
«Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais, ces pierres levées: droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité de notre famille en
dépendait», se souvient Sartre dans « Les mots ».
Les éditeurs ne s'y sont pas trompés qui depuis les années 1980 ont inondé les rayons des libraires de livres pour les tout-petits.
Il y a des albums de toutes sortes, des contes remis au goût du jour, des livres animés avec des languettes à tirer,
des imagiers de photos, des livres en tissu ou en mousse indestructibles et lavables, des livres-puzzles en carton bien costaud, des livres musicaux... Des trésors d'invention sont déployés pour
permettre aux petits de s'approprier le livre.
Mais gare à la tentation de l'utile ! Certains parents bien intentionnés pensent qu'un livre doit être éducatif, que l'enfant doit y apprendre quelque chose ou que l'histoire doit se rapprocher de
son vécu (le divorce, le deuil, l'adoption...). On brise le charme d'une lecture pour expliquer le sens de l'histoire ou d'un mot, comme si on interrompait un concert par une leçon de solfège.
Ou, pire encore, on cherche à saisir l'occasion de leur apprendre à lire avant l'heure. Bref, on pèche par excès de zèle.
Le livre doit être un pur objet de plaisir.
Il ne faut surtout pas les culpabiliser ! Ne pas se moquer quand ils lisent un livre qui n'est plus de leur
âge. Tant mieux, si ça leur fait passer un bon moment.
« Les séries, c'est comme aller en vacances chez les grands-parents,
renchérit Jean-Claude Dubost, qui dirige Pocket Jeunesse. On retrouve de livre en livre un univers familier. On vit pendant quelques semaines ou quelques mois avec les
mêmes personnages. C'est rassurant. Les séries de divertissement comme Danse! (1,5 million d'exemplaires vendus en trois ans) ou Buffy ont le mérite de développer elles aussi le goût de lire. Le
contenu est clairement affiché dès la couverture. On y entre facilement. Le livre est associé à un plaisir et non à une contrainte scolaire. Ces collections ne sont pas nocives parce que tous les
enfants, un jour ou l'autre, s'en lassent et passent à autre chose.»
En résumé,
Pour leur donner le goût de lire, laissez-les tranquilles !
Laissez-les lire ce qu'ils ont envie de lire même si vous trouvez que c'est une perte de temps, même si ça ne correspond pas à ce que vous aimeriez les voir lire, même s'ils font parfois des régressions
incroyables. Et puis, un jour, c'est Pasternak qui l'emporte», nous dit encore Pennac.
« Quand les parents se plaignent que leurs enfants ne lisent pas, ils
veulent dire souvent qu'ils ne lisent pas de romans. Or, le roman n'est pas la seule forme de lecture. Il y a des enfants qui lisent seulement des magazines ou des documentaires, d'autres
préfèrent les BD ou les livres d'activités sur le bricolage ou la cuisine... Tout ça, c'est de la lecture. Il n'y a pas de "sous-lecture". Il ne faut pas faire de hiérarchies. Tant que le fil
n'est pas rompu, il y a de l'espoir!», affirme Marie Lalouette, rédactrice en chef de J'aime
lire, le magazine des 7-10 ans.
«Ce qui est important, c'est de créer une familiarité avec le
livre.»
Une médiathèque, un CDI… un nid douillet pour mettre en harmonie les livres et les enfants.
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