En ce début de XXIe siècle, à Tarakea, en Tanzanie, le jeune séminariste Mathis Clémantin est un Odorant Absolu – il sent toutes les odeurs !
Cette capacité miraculeuse le rend précieux et dangereux.
Précieux parce qu’il est la preuve vivante que l’antiviral que ses parents, décédés, ont testé sur lui quand il était bébé, est toujours efficace. Donc qu’il pourrait être appliqué à une humanité désormais dépourvue de l’odorat.
Dangereux parce que les Flagellants, ces nouveaux fanatiques religieux maîtres du monde, ne peuvent admettre l’existence de ces êtres rarissimes… eh oui : les Flagellants doivent leur pouvoir aux castes qu’ils déterminent en fonction de la maigre capacité que possèdent désormais les humains de sentir : certains le Végétal, d’autres l’Animal ou le Minéral…
Or, à Yverdon, en Suisse, le laboratoire pharmaceutique GenPharma, dirigé par Jean de Monestan, effectue des recherches dans ce sens – l’odorat ! Un jour, la nièce du PDG, la jeune Anne-Marianne, découvre en rangeant des documents la preuve que Mathis existe – et que le secret de cet antiviral peut être retrouvé. Seulement voilà : les Flagellants ont un espion dans la place !
Bien malgré lui, Mathis se retrouve l’enjeu d’un combat qui oppose les obscurantistes religieux à une science qui aimerait rendre l’odorat à l’Humanité. Un combat dont les deux représentants positifs, Mathis et Anne-Marianne, deviennent vite tout à la fois les héros et les enjeux, face au diabolique Lucius Millepierre et à la mercenaire Bérengère, sa séduisante complice.

 

Thèmes : Uchronie / Les Humains n'ont plus d'odorat : quelles en sont les conséquences ? / Réflexion sur le pouvoir

Commentaire :

 

Ainsi, Alain Grousset, qui dirige chez Flammarion la collection Ukronie ( lire ma critique de Ceux qui sauront, de Pierre Bordage ! ), a retrouvé sa fidèle complice Danielle Martinigol pour concocter ce véritable « thriller uchronique » !
L’uchronie, faut-il le rappeler, est un récit qui se déroule dans un présent différent du nôtre parce qu’un événement du passé a bouleversé la donne. Rappelons que le grand classique du genre reste Le maître du haut château de Philip K. Dick ( 1962 ), récit d’une fin de XXème siècle inquiétante et japanisante où Hitler et les forces de l’axe ont gagné la deuxième guerre mondiale. Ici, l’hypothèse de nos deux auteurs est d’une rare originalité, et l’on sait que l’originalité, en SF, est de nos jours très demandée…
Le point de départ de Sens Interdit ? En 1918, la fameuse grippe espagnole a non seulement tué des millions d’individus mais surtout supprimé la capacité de sentir. On vit depuis près d’un siècle dans un monde non pas sans odeurs… mais dans lequel les humains ne sentent quasiment plus rien !
Et alors ? allez-vous rétorquer.
Eh bien la réponse romanesque est étonnante, car Sens Interdit, comme le veut tout bon récit de SF, décline et conjugue toutes les conséquences de cette hypothèse ! Certes, notre monde est à peu près le même ( quelques injures ont changé, de Pue-Dieu à Mort-Nez… mais on lit toujours Douglas Kennedy et Pascal Quignard ! ), sauf que les intégristes catholiques ont sauté sur l’occasion pour affirmer qu’il s’agissait là d’une punition divine, et en ont profité pour asseoir un pouvoir et des conventions très particuliers.
Nul doute que les amateurs du genre, jeunes et moins jeunes, goûteront en connaisseurs ce récit trépidant où l’action et les rebondissements servent de tremplin à une réflexion sur le Pouvoir et l’usage du bon sens… et des cinq autres !


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