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Présentation

  • : Le blog de CHRISTOPHE BOUTIER, professeur documentaliste au collège de St Germain-des-Fossés, dans l'Allier
  • : Blog qui a pour objectif de parler de la littérature jeunesse, des écrivains jeunesse... pour donner le goût de lire aux adolescents. L'objectif est également d'intéresser à la culture. Il s'agit aussi de faire découvrir cette littérature à part entière aux adultes.
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Le Vampire Du Cdi

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  • Je suis le "VAMPIRE d'un CDI" auvergnat !

ANECDOTES

Pierre BOTTERO,

le Seigneur des ados !

 

Pierre Bottero était fier d’être un auteur jeunesse - une littérature qui n’a rien à envier en qualité à la littérature « vieillesse. » S’il n’était pas qu’un auteur de fantasy, il faut bien reconnaître que c’est à cette littérature de l’Imaginaire qu’il dût son incroyable succès !

Dès l’enfance, il tombait dans la marmite de la fantasy. Il dévorait Tolkien (Un choc ! S’en suivi, plus tard, l’idée que la fantasy ne pouvait s’écrire que sous la forme d’une trilogie), Zelasny, Farmer, Moorcock, Vinge, Howard… Les grands noms qui allaient lui permettre de devenir l’auteur que nous connaissons. Plus tard, il appréciera les auteurs « jeunesse » tels que Erik L’homme, Hervé Jubert, Fabrice Colin ou Philip Pullman, Eoin Colfer pour ne citer qu’eux. Il n’y a pas de concurrence en littérature jeunesse, les auteurs s’apprécient, se côtoient, se téléphonent, se rencontrent, se parlent, rêvent ensemble d’histoires communes. Ainsi Erik L’Homme et Pierre imaginaient ensemble, « A comme assassins »…

De ses lectures, Pierre Bottero ne devait pas ressortir indemne.

C’est par hasard qu’il se lançait dans l’écriture, pour aider sa fille qui séchait devant un concours d'écriture : il rédigeait quelques pages sur son ordinateur, se piquait au jeu, poursuivait (son épouse réclamait la suite), envoyait le texte à un éditeur qui le publiait... Il était dit qu’il n’arrêterait plu. Marqué à tout jamais par Tolkien, il était évident qu’un jour, il s’essaierait à la fantasy. C’est ainsi que naquirent « La quête d’Ewilan », « Les mondes d’Ewilan » et « Le pacte des Machombres. »

 

 

 

Pierre Bottero se fichait éperdument du cadre dans lequel on allait placer ses romans. Mais pour les « techniciens, l’auteur lui-même évoquait la Low Fantasy. Il s’agit d’une low fantasy - inspirée par ses jeux d'enfant, ses rêves d'adulte, ses lectures et les émotions ressenties au quotidien - dans laquelle existe un équilibre entre le bien et le mal, le courage, la volonté et la détermination où domine le désir de tout ramener à des intérêts individuels (égoïsme forcené, aveuglement quant à la mise en danger des équilibres…). Un parallèle pourrait d’ailleurs être établi entre le chaos décrit et notre monde réel. Mais attention. Les propos de Pierre ne demeurent pas sombres, ils restent optimistes. Pour avancer ! Avec pour personnages principaux des… femmes. Pierre était fondamentalement féministe. Il aimait à dire qu’il y avait moins de « cons » chez elles que chez les hommes. Toutefois, Pierer Bottero n’a jamais cherché à donner des leçons, il se méfiait trop pour cela des « transmetteurs » de valeurs et des donneurs de leçons. Le livre était pour lui un objet de partage.

Ce partage, il l’avait avec sa famille qui appréciait ce qu’il écrivait et qui le rassurait : Claudine, son épouse, ses deux filles lisaient ce qu’il écrivait avant publication.

 

 

 

Lorsque Pierre Bottero était invité dans un salon du livre pour une dédicace, il faisait partie des auteurs les plus demandés (il ne faisait pas bon signer à côté de lui !) : les impressionnantes files d’attentes composées de lecteurs (jeunes et moins… jeunes !) en témoignaient. C’est avec émotion qu’ils recevaient tous les messages de sympathie et… d’amour. Ses livres touchaient, ses histoires permettaient le partage et faisaient rêver, Pierre vivait alors une aventure … magique.

Il avait beau affolé le compteur des ventes, ce qui avait un réel impact sur lui, c’était :  de percevoir la flamme dans les yeux de ses « fans » (euh ! il n’aimait pas le mot), de recevoir leurs avis, de parler avec eux.

Tant d’amour le gonflait à bloc et lui transmettait une énergie positive.

C’est pourquoi, ce succès (qui lui permit d’abandonner son métier d’instituteur) qu’il percevait intensément, à la fois avec bonheur (évidemment !) et tranquillité, lui donnait également un sentiment de responsabilité. Ainsi, s’il savait se montrer reconnaissant envers ceux qui l’avaient aidé à améliorer son écriture (Caroline Westberg, son éditrice chez Rageot), il avait également de la considération pour ce public à qui il devait tant. Quand vous rencontriez Pierre, assis derrière sa table de dédicace, vous aviez le sentiment qu’il n’attendait que vous ! Pierre veillait soigneusement à être proche de son « public », un de ses… bonheurs. Il respectait humainement ses visiteurs et ses lecteurs en leur offrant des histoires dont il voulait qu’elles évitent facilité et démagogie. Il apportait ainsi beaucoup de soin et d’exigences aux corrections, un travail exigeant, vorace en temps et en énergie.

 

L’écriture de Pierre Bottero avec « Le pacte des marchombres » avait atteint une belle maturité. C’est ce que Pierre lui-même soulignait quand il affirmait que « c’est en écrivant qu’on apprend à écrire. » En effet, cette dernière trilogie qui met en scène le personnage d’Ellana est moins légère, plus complexe, que celle de « La quête d’Ewilan » : l’auteur avait eu le sentiment d’avoir grandi, évolué et de s’être trouvé, un sentiment accompagné par le désir de partager encore davantage avec le lecteur. Pierre Bottero était un homme intègre, voilà pourquoi il continue d’être autant aimé. A la lecture de ses trilogies, cette sincérité transpire. Pierre prenait un immense plaisir à écrire, à « rêver », à imaginer le monde (issu d’un vieux rêve de liberté absolue) d’Ewilan, d'Ellana. Il prenait un immense plaisir lorsque d’autres que lui se baladaient dans "ses" mondes. Pierre Bottero écrivait pour être lu mais aussi pour explorer des contrées inconnues (se connaître lui-même ?) et entraîner à sa suite tous ceux qui étaient tentés par l'aventure... Quand il mettait le point final, c’était à la fois une joie (celle d’avoir terminée et d’être satisfait du résultat) et une déchirure (celle de quitter l’univers crée)… Un sentiment d'être coupé d'une part de soi-même avec l’irrésistible envie de replonger très vite.

 

Pierre le « poète » accordait beaucoup d’importance au travail de réflexion qui précède l’écriture. Lorsqu’il attaquait le premier chapitre d’un roman, la trame générale était dans son esprit, il connaissait très bien ses personnages. Ensuite, plongé dans le cœur du roman, il écrivait sans arrêt, du matin au soir, parfois pendant la nuit. Puis, il pouvait ne plus écrire pendant des semaines Enfin, presque car il écrivait toujours… dans sa tête. Quand il n’écrivait pas, il écrivait sans écrire. Pierre était un homme normal qui aimait lire, courir, menuiser, bucheronner, voyager, rencontrer, parler, rêver… et sourire ! Ah, ce sourire !I

L’écriture de Pierre était une écriture « vraie », sans complaisance, une écriture qui venait des tripes, un cadeau offert au lecteur. Il n’était satisfait que si les mots qu’il employait correspondaient réellement à ce qu’il souhaitait écrire. Cette honnêteté, il la devait à ses lecteurs. Pierre était un travailleur qui reprenait, sans cesse, son récit, la cohérence, le fond, la forme… C’est pourquoi il prenait grand soin, malgré les pressions des lecteurs, de ne pas chercher à publier, à tout prix, trop rapidement. Il était persuadé qu’il valait mieux patienter et faire patienter plutôt que de se décevoir et décevoir. Il pendait qu’il fallait laisser le temps à l’histoire de pousser, à son rythme...

 

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   "Le Loup à la voix de miel"
Marc SEASSAU (Grasset jeunesse)

J’ai fait venir dans le collège où je travaillais alors, l’écrivain Marc Séassau.  La journée fut belle et pleine d’émotion notamment lorsque Marc anima une rencontre à deux voix (j’adore organiser ce genre de rencontres : 2 auteurs face à une classe en même temps !) avec Jean-Côme NOGUES qu’il avait adoré lire lorsqu’il était ado.

Marc Séassau a écrit ce roman « Le loup à la voix de miel » parce qu’il a été marqué par sa convocation comme juré dans une affaire de viol. Dans son récit, il narre l’entrée en 6ème d’une petite fille qui, anonymement, dépose des extraits de « Peau d’âne » dans les poches, de sa « marraine », une élève de 3ème.  L’appel au secours était évident !

Cette rencontre a déclenché un phénomène pour le moins inattendu dont j'ai été le témoin, involontaire : il m'a fallu trois semaines pour comprendre ce qui m’arrivais !

Je trouvais régulièrement par terre, dans le CDI, toujours disposées par deux, des photos représentants des scènes classiques de la vie d'une famille avec une de nos élèves de 6ème (anniversaires...). J'ai évidemment rendu ces photos à l'élève qui, agressive, semblait ne pas comprendre pourquoi je détenais son bien. C'est tout juste si elle acceptait de reconnaître qu'il s'agissait d'elle sur les clichés ! Ces scènes se sont régulièrement reproduites ( trois, quatre fois pendant trois semaines) jusqu'au jour où j'ai eu un déclic  : une seule photo sur le sol évoquant la petite sur les genoux d'un homme. J'ai de suite compris (Peau d’âne !), j'ai alerté l'infirmière, la Principale du collège... Cette élève avait eu l’idée de reproduire ce que l’héroïne du roman faisait.
Voilà ce qu'uns simple rencontre d'écrivain peut entraîner en dehors du plaisir de lire.
Le roman avait libéré la parole de l’élève !


Nous en avons évidemment parlé avec Marc Séassau qui était évidemment KO : comment ne pas l'être ? Il avait écrit ce roman un peu dans un but pédagogique mais quand la réalité dépasse la fiction...

Recherche

PERLES de LECTURE

 Le collège de Gannat

 a voyagé dans le temps !

 

 Après la lecture des romans historiques jeunesse de Béatrice Nicodème....

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« Oyez ! Oyez gente dames et damoiseaux ! Entrez dans le Moyen Age ! » Ainsi s’est écrié le troubadour, jeudi 9 juin 2011, dans la plaine gannatoise : deux cent élèves de 5ème du collège Hennequin et CM2 des écoles du Malcourlet, de Pasteur et de Jean Jaurès ont bravement et « prestement » effectué le « pas sur le côté » pour revêtir leur cotte de maille et ainsi plonger en plein XIVème siècle.

  

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  Pour rendre vivant et attractif le Moyen Age, période étudiée en classe et encore largement visible dans la cité des portes occitanes, Gannat, douze comédiens et cascadeurs professionnels de la compagnie toulousaine ARMUTAN, ont chevauché leurs destriers pour répondre à l’olifant de Christophe Boutier, professeur documentaliste, initiateur de cet imposant projet, « Cultures, loisirs et genres de vie au Moyen Age », un projet fédérateur d’énergie d’une année.

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Un campement faits de plusieurs tentes, de peaux de bêtes, de râteliers d’armes, de tonneaux… a été établi dans la partie herbeuse et arborée de l’établissement scolaire. Les écuyers – élèves, aux yeux brillant de plaisir, répartis en six « compagnies » de « routiers » qui répondaient au nom d’un  célèbre homme de guerre, du Guesclin, Prince noir ou bien d’un roi, Philippe Auguste…ont défilé avec leurs bannières dans les sept ateliers pédagogiques pendant six heures.  Ainsi, ils ont été initiés à l’archerie, au maniement des armes, au combat rapproché, à l’héraldique – l’art de faire son blason – à la danse, aux instruments et à la musique, à la jonglerie… Le capitaine « Barbepeste » et ses sbires ont alors conquis la « piétaille » qui après explications et démonstrations, devait mettre en pratique l’enseignement de leurs maîtres…  

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 Les corps fatigués furent réparés par le succulent banquet médiéval régional (tortillons gannatois, galichons d’Escurolles, fromages de chèvres de Bellenaves, Fraises bourbonnaises sur lit de fromage blanc de campagne de Cérilly étaient inscrits sur le très beau papier imprimé à l’ancienne par le moulin Richard de Bas ), pris en musique, et proposé par le chef, Sylvain Bruno. Une projection d’images, capturées dans la matinée, proposées par les élèves de l’atelier image du collège lors du repas, a également ravi les convives.

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En fin d'après-midi, les petits occitans, tout sourire, étaient regroupés pour assister à un spectacle de jongleries burlesques proposées par « Grand mètres Yann »,  à de la poésie lyrique, et à une impressionnante saynète de combats à l’épée accompagnée par la musique du groupe DAYAZELL.

 

Quel bonheur ! Quelle joie d'avoir vu les yeux des enfants pétiller de plaisir ! Quel  moment de vie ! Il ne fait aucun doute que cette journée unanimement saluée comme étant extraordinaire restera gravée dans les mémoires.

  351.JPG Alors, un grand MERCI à tous ceux qui ont participé à la réussite du projet ! Les personnels du collège Hennequin, la mairie de Gannat, les mécènes, les comédiens si sympathiques et bien sûr…les élèves !

 

Pour en savoir davantage :

 

RV sur le blog du collège de Gannat (03),

une 100e de photos...

 

http://cdi.gannat.over-blog.com/

 

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A propos de ce blog !

 

Lu dans « La nouvelle encyclopédie des filles 2011 » de Sonia Feertchak ((Plon)

 

« Le blog passionné et passionnant d’un professeur documentaliste  fou de littérature jeunesse, pour « sourire, rêver, aimer ». Des articles vivants sur la lecture, qui donnent envie de découvrir plein de livres et autant d’auteurs

 

 

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A lire, vraiment !




 

 

 

 

 

 

 

 

   

A travers de nombreuses anecdotes Christian Grenier évoque son enfance placée sous le signe du théâtre et de la lecture, son adolescence marquée par l'écriture et la passion. Il relate son parcours d'enseignant, d'auteur mais aussi de lecteur-correcteur, journaliste, scénariste et directeur de collection. Il se penche également sur les mécanismes intimes de l'imaginaire, détaille la genèse de ses oeuvres et fait pénétrer le lecteur dans les coulisses de l'écriture et de l'édition. Enfin il s'interroge sur les principes qui font d'une fiction un récit pour la jeunesse. Regorgeant de confessions, de convictions et de passion, ce témoignage d'une vie consacrée à la littérature jeunesse se lit comme un roman.
 

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    "Des millions de gens vivent sans lire, mais ce qu'ils ignorent,

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depuis octobre 2009

 

 

16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 13:59

 

Les éditeurs, l’édition :

 

·         Les éditeurs mènent des études pour connaître les goûts des lecteurs (en matière d’histoires, de personnages,…)… Comment fais-tu pour résister aux modes et toujours être un auteur apprécié ?

 

On se fait une vision très caricaturale des éditeurs. Beaucoup de gens les imaginent seulement préoccupés par les chiffres de vente et les profits, et bien sûr, il est évident qu’un éditeur, pas plus qu’un auteur, ne publie des livres pour perdre de l’argent, mais il n’y pas que ça, l’édition c’est avant tout une passion. Les éditeurs sont des gens à la recherche d’auteurs, et même si certains mènent des enquêtes, font des études de marché pour connaître les tendances actuelles et ce qui plait aux lecteurs, je crois que la plupart fonctionnent encore au coup de cœur.

 

Avant toute chose, les éditeurs, comme les auteurs, sont des êtres humains, comme toi et moi, avec leurs goûts et leurs préférences, qui vont publier des livres qui leur plaisent et auxquels ils croient.

 

·         Te sens-tu libre comme écrivain ? As-tu eu à souffrir de la censure ?

 

Totalement libre, et pour répondre à ta question, pour l’instant, et je touche du bois, je n’ai jamais eu à souffrir de la censure. Ceci étant, comme je le disais, je suis testu, et il m’est arrivé, à tord ou à raison, de dire non à un éditeur qui voulait que je change toute la fin d’un de mes livres.

 

·         T’interdis-tu des choses dans l’écriture ? L’éditeur te « dirige »-t-il beaucoup ?

 

Non, rien, après tout dépend à qui je destine le livre que je suis en train d’écrire. Il est clair que dans le Galoup, par exemple, étant sur le registre du conte, je ne pouvais me permettre certaines choses, par exemple en ce qui concerne la sexualité, même si, finalement, comme dans tous les contes, elle sous-tend tout le récit, elle ne peut être explicite.

 

·         Comment s’opère la collaboration avec ton éditeur au niveau de la correction des textes ? Un auteur libre, cela existe-t-il ?

 

Et bien, il m’envoie des remarques, certaines sont d’ailleurs très pertinentes. Je les étudie, je lui réponds. Si je ne suis pas d’accord, je lui explique pourquoi, je défends mon point de vue, et nous travaillons ainsi, il y a parfois des coups de feu, mais j’ai toujours la main sur les modifications. Enfin, oui, on est toujours libre, libre de dire non, comme tout le monde, après… il faut assumer les conséquences de son refus.

 

   

La lecture et ta bibliothèque :

 

·         Est-ce que lecture et écriture vont de pair ? Faut-il aimer lire pour écrire ?

 

J’ai déjà répondu à cette question plus haut, mais oui, elles vont de pair, c’est évident. Pour moi, l’une ne peut exister sans l’autre, et bien sûr, de mon point de vue, on ne peut écrire sans aimer lire.

 

·         Pour toi, lire c’est quoi ?

 

Du plaisir. Une porte ouverte sur ailleurs. Un million de mondes et d’histoires à portée de ma main ou dans ma poche… et tout ceci sans pile, sans électricité.

 

·         Quels sont tes auteurs préférés ? tes lectures préférées ?

 

Nathalie Henneberg, Claude Seignolle, Dumas, Céline, Balzac, Paul Féval, Lovecraft, J.R.R Tolkien, Howard, C.J.Cherry, Leigh Brackett, Edmond Hamilton, Philip José Farmer, Jules Verne, Edgar Alan Poe, Walter Scott, Shakespeare, Walter John William, William H. Hodgson… et tant d’autres…

 

·         Les livres jeunesse qui t’ont marqués chez les autres ? Un livre de chevet ?

 

Les livres jeunesse… La cité des Livres qui rêve, Ellana, L’épouvanteur, Terre des Monstres, le Combat d’Hiver, la ballade de Cornebique, Tobie Lolness, ceux qui sauront, Léviathan…

 

Mon livre de chevet… Sans hésitation, « La plaie » de Nathalie Hennerberg, un des plus terrible et des plus beaux livres que j’ai jamais lu, où le mot « space opéra » prend enfin son vrai sens, un livre empreint d’une poésie, d’un onirisme et d’un souffle extraordinaire.

 

·         Ta bibliothèque, quelle est-elle ? Comment sont ces livres, Beaux livres, poches… genres ?

 

Enormes, envahissantes, débordantes, en crue… Je mets au pluriel car elles sont plusieurs (dont un mur entier), et peuplées de tous les genres de livres, du plus raisonnable au plus massif, un véritable écosystème en permanente évolution.

 

·         Où sont-ils rangés ? Comment sont-ils classés ?

 

Les livres sont théoriquement rangés dans les rayonnages mais ils ont tendance à déborder partout et à se retrouver, par un étrange phénomène de capillarité, (pour les non-lus en attente et ça peut durer un moment, il y a du monde au portillon) en pile à côté du lit ou du canapé…

 

·         Comment les achètes-tu ?

 

Chez ma libraire préférée, Sandrine de Point Virgule, à Aurillac, qui est aussi ma meilleure amie.

 

·         Quel est le livre sur table de chevet ?

 

Tu veux dire celui que je lis actuellement ? Si c’est le cas, ça va être difficile, ils sont au moins quinze… Si tu veux parler de celui qui y reste à demeure, alors ça sera « La Plaie », une fois encore et aussi les livres de Claude Seignolle.

 

·         Quels sont les auteurs qui t’ont influencé? Pourquoi ? Que leur as-tu empruntés ?

 

Quand j’étais jeune, à quatorze ans, Lovecraft, sans conteste, je lisais du Lovecraft j’écrivais du Lovecraft… Et puis j’ai découvert Claude Seignolle, et la saveur de notre langue, la manière de jongler avec les mots, la différence entre « Ecrire » en faisant chanter la langue et « écrire » en poussant des mots les uns derrière les autres sans musique ni saveur, juste pour faire sens… Et puis Dumas bien sûr, avec son génie de la construction du récit et sa verve jubilatoire, entre gravité et humour. Céline enfin, avec sa capacité à détruire la langue pour la reconstruire, à la tordre pour mieux « aller à l’émotion », comme il le disait.

 

·         Si tu avais un auteur à qui écrire, lequel serait-ce ? Et que lui écrirais-tu ?

 

A Claude Seignolle, mais tu veux savoir le meilleur… c’est déjà fait, et il m’a répondu… C’est un homme extraordinaire, qui, à 94 ans, garde encore une verdeur et un humour de jeune homme. Pour moi, qui l’admire depuis que ma mère m’avait fait découvrir une de ses nouvelles « Le Hupeur » et qui ai lu tout ses livres au moins dix fois, notre correspondance et nos coups de téléphone sont une source sans cesse renouvelée d’émerveillement. Je me sens comme un gosse qui recevrait des nouvelles de son idole, j’ai encore du mal à y croire.

·         Quelque chose à rajouter ? A part… Ouf, je suis épuisée !

Et ben il est 2h24 du matin, c’est pas une heure pour les gens honnêtes, comme diraient les anciens de mon païs, et je crois que je vais aller dormir…

Merci à toi de m’avoir offert l’opportunité de m’exprimer, j’espère que mes réponses combleront tes attentes.

Je t’avais prévenu que je ne savais pas faire court… Vingt pages ! Je me suis surpassé ce coup là.

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Published by Le cédéiste - dans INTERVIEWS du Cédéiste
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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 10:34

L’auteur aujourd’hui

·         Comment se situe l’auteur aujourd’hui par rapport à l’auteur des débuts ? Il y a-t-il une différence (style, pensée, méthode…)

 

Je sens que je vais suer sur ce questionnaire ! Il est difficile de séparer l'auteur de l'homme, et comme je publie depuis 1993, j'espère que l'auteur a perdu moins ses facultés que l'auteur ses cheveux. Je pense qu'un auteur, c'est quelqu'un qui cherche ses mots. Le jour où j'aurai le sentiment de les avoir trouvés, j'aurai du souci à me faire. Quels changements noter ? Je l'ignore. Je n'ai toujours ni certitude ni assurance. Je ne termine jamais un livre sans me dire que ce sera le dernier. Mais je pense, avec le recul des années, que mon style m'a définitivement adopté.  

 ·         Quelle est ta définition de l’auteur jeunesse ? En es-tu un ?

 

Un auteur jeunesse, c'est quelqu'un qui sait s'adresser aux enfants, aux adolescents, sans les prendre, ni pour des adultes miniatures, ni pour des innocents. Les enfants ne vivent pas dans un autre monde, ils voient autrement celui que nous partageons. Leurs chagrins, leurs joies, leurs questionnements n'en sont pas pour autant moins profonds. L'auteur jeunesse explore cet univers avec les armes d'un langage mis au service d'une sensibilité. Oui, je suis un auteur jeunesse, pour reprendre le titre du très beau livre de Christian Grenier, ou j'espère l'être, si ma définition est la bonne.

   

L’écriture :

 

·         Pourquoi écris-tu ? Est-ce quelque chose de facile à expliquer ?

 

Non, très difficile. J'écris parce que j'ai toujours écrit et que j'écrirai toujours. J'écris parce que je ne sais faire que ça (et encore...).  J'écris parce que c'est la seule façon que j'ai trouvé d'exister. 

 

·         C’est quoi être écrivain ? Ecrire c’est quoi ?

 

Etre écrivain, c'est être le premier lecteur de ce qu'on écrit, c'est être le cultivateur de son petit lopin de mots. Ecrire, c'est chercher ce qu'on a à dire et découvrir ce qu'on ignorait vouloir transmettre. C'est ouvrir un sac vide et en sortir des histoires. C'est se frotter aux mots et frissonner ou prendre feu.

 

 ·         Que penses-tu des écoles américaines dans lesquelles on peut apprendre à écrire ? En France, elles n’existent pas. Quel écrivain es-tu ?

 

Je pense qu'elles ont cette utilité de faire comprendre qu'écrire n'est pas seulement un don, c'est aussi un travail, un savoir-faire, une somme de techniques qu'il n'est pas impensable de théoriser. Ces écoles ne donnent pas de talent, mais elles donnent des outils dont je n'aurais pas refusé de profiter si l'occasion m'avait été donnée de naître américain, d'autant que le talent pur ne sert pas à grand chose. En France, elles n'ont pas bonne presse parce que notre tradition littéraire fait de l'écrivain un être à part nourri au lait de l'inspiration, et qui considère tout apprentissage comme vulgaire. Détestant par dessus tout la posture de l'écrivain et haïssant le terme d'artiste quand il est auto-proclamé, je ne jette pas sur ces pratiques un regard amusé, je les respecte. Je pense être un écrivain sans prétention (mais d'autres s'avisaient de me porter aux nues, j'en serais ravi...)

 

·         Arthur Ténor parle de lui comme étant un « explorateur de l’imaginaire. » As-tu une formule pour te caractériser ?

 

Je serais plutôt un créateur d'images, ou bidouilleur de métaphores.

 

·         L’écriture a-t-elle toujours été en toi ou est-ce quelque chose qui est arrivé tardivement dans ta vie ? Il y a t-il eu un élément déclencheur ?

 

J'écris depuis le CP. A cet âge, je recopiais le soir des livres dans des cahiers d'école.  La déclencheur a été la lecture. Lire m'a aspiré.

 

·         Pour qui écris-tu ? A moins que ce ne soit pour un public ? Pour être lu ?

 

Je ne sais pas vraiment. Je n'ai pas en écrivant l'image d'un lecteur idéal, ni même une collection de visages devant moi. Je crois que j'écris pour moi, pour avoir écrit. Oui, j'écris aujourd'hui pour être lu, même si une dizaine de carnets de jeunesse n'ont jamais connu la caresse d'un autre regard que le mien.

 

·         Le public/l’éditeur t’ont-ils influencé à un moment donné ?

 

Le public, jamais, sauf si son enthousiasme peut donner envie de remettre des bûches dans le brasier, mais les éditeurs, oui. Ils m'ont appris à écrire pour être lu. La première fut Marie Lallouet chez Casterman, et la seconde, et la plus importante, de loin, Caroline Westberg chez Rageot.

 

·         Cette fameuse imagination, d’où vient-elle ? De quoi t’inspires-tu ?

 

Je suis un écrivain sans imagination. Je travaille beaucoup à faire croire que j'en ai, ce qui est très différent. Je suis plutôt un écrivain des personnages, ce sont eux qui me mènent, me conduisent, élargissent l'horizon des histoires que je raconte. Je suis très admiratif des imagineux, Pierre Bottero bien sûr, Christian Grenier et bien d'autres, mais je ne suis pas leur pair. Ma principale source d'inspiration, c'est le quotidien, les relations humaines, la difficulté d'être chère à Cocteau ou le miracle d'exister. Les polars m'entraînent souvent vers des thèmes liés à l'actualité.  Les journaux peuvent constituer une matière précieuse dans la préparation de ce type de romans.

 ·         Comment procèdes-tu pour écrire ? Un plan ? des carnets ?

 

Presque toujours, je réfléchis à l'histoire et j'écris un synopsis de ce qui deviendra le roman,, mais il m'arrive de plus en plus de m'affranchir de cette étape pour le plaisir d'être baladé, et surpris. J'écris mes morceaux d'idées sur mon agenda, un papier qui traîne, n'importe quoi, n'ayant jamais réussi à réserver un carnet à cet usage.

 

·         A quel moment de la journée écris-tu ? Avec quoi ? Une heure précise ?

As-t besoin d’isolement ?

 

Je travaille à mi-temps en tant que professeur des écoles, ce qui me laisse deux ou trois jours pour écrire en semaine plus l'essentiel des vacances scolaires. J'aborde ces journées comme des journées de travail, m'imposant des horaires et une discipline que ne renierait pas un moine Sholin. J'écris sur un Mac, toute la journée (ce qui me différencie du moine Shaolin). Je suis seul en général, mais, lorsque mes déplacements me le permettent, j'adore écrire dans les lieux publics. 

 

 

·         Qui te lis en 1er ? Un proche ? Pourquoi ?

 

C'est souvent mon éditrice qui me lit en premier. Mes proches ne se précipitent pas sur mes textes, sauf parfois ma fille quand ils correspondent à son âge.

 

 ·         Qu’aimerais-tu écrire ? un sujet que tu n’as pas abordé et qui te taraude ? un genre ?

 

Je ne sais pas trop, plein de choses me tentent, tout ce que je n'ai pas encore fait me tente. Plus jeune, j'aimais déjà m'essayer à des types d'écrits très différents (pièces de théâtre en vers, scenarii de téléfilms...). Le genre fantastique m'attire assez. 


·         Ecrire à 4 mains cela te tente-t-il ?

 

Pas du tout. J'ai trop tendance à trouver l'autre meilleur que moi, ce qui me transforme automatiquement en boulet.

 

·         Est-il facile de vivre de sa plume ? Exerces-tu un autre métier ?

 

Presque impossible. Les droits sont ridicules, les ventes souvent anémiques et la durée de vie des livres de plus en plus courte. Si j'ai un jour caressé l'espoir d'y parvenir, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Je suis donc toujours enseignant (métier que j'adore aussi, heureusement).

 

·         Qualités et défauts de l‘Homme ? qui rejaillissent sur l’écrivain ?

 

Je ne me sens pas de répondre à cette question. Il faudrait la poser à mes proches, auteurs et éditeurs. Celui qui explique de ce qu'il est se trompe.

 

  

Tes personnages :

 

·         Comment crées-tu tes personnages ?

 

D'abord avec de simples prénoms, un vague profil, et j'attends que sous ma plume, parce que l'histoire va les embarquer, ils prennent de l'épaisseur, qu'ils se mettent à exister. 
 

·         Est-ce que ce sont tes personnages qui te mènent ? Par exemple, peuvent-ils te faire changer de voie en cours d’écriture ?

 

Oui, ça arrive, à cause de la réponse précédente. Les marionnettes, on peut les manipuler de l'intérieur, mais les gens, c'est autre chose. Les personnages deviennent des gens et ils peuvent se révolter contre ce que j'avais prévu de leur faire dire ou faire.

 

·         Qu’aimes-tu le plus dans la création du personnage ? L’aspect psychologique ?

 

Oui. La façon dont, en se frottant aux autres, ils vont devenir eux-mêmes.

 

 ·         Quel est le personnage que tu as crée et qui t’a posé le plus de souci Pourquoi ?

 

Alvaro Kemp, le père de Fabien dans "Avant qu'il soit trop tard". Parce que, dans une scène, je l'oblige à abandonner son fils aux prises avec des racketteurs. Ce fut une scène difficile à écrire.

 

 ·         Quel personnage de papier que tu as inventé aimes-tu le plus ?

 

Gaspard Corbin, le héros de "Si par hasard c'était l'amour" et "L'amour frappe toujours deux fois".

 

 

Les lieux :

 

·         Comment t’inspires-tu pour créer un lieu ? Une atmosphère ?

 

Je situe très souvent l'action de mes livres dans des endroits que je connais. 

 

·         Te rends-tu sur place ? Visites-tu beaucoup ?

 

Pendant l'écriture, en fonction des passages, je me promène, un carnet en main, pour noter des détails qui me serviront à rendre le plus fidèlement possible l'atmosphère des lieux.

 

·         Est-il facile de partir de rien ou de ce que l’on connaît ?

 

Pour ce qui me concerne, quand je connais, c'est mieux.

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 10:32

 

Le style, la phrase, le mot…

 

·         Quelle est la phrase qui te pose le plus de souci dans l’écriture ? L’incipit ?

 

Aucune en particulier. Toutes en général.

 

 ·         Quel style préfères-tu ? style indirect libre… « je » ou « il »…

 

Le "je" est mon autre. Je l'utilise beaucoup, surtout quand je m'adresse à de jeunes lecteurs. Ce procédé me permet de raconter à hauteur de personnage le monde tel qu'il le perçoit. Mais le style indirect libre a aussi mes faveurs. Je n'ai pas de règles.

 

·         As-tu la plume facile ? Où est-ce laborieux ? Te faut-il raturer beaucoup ?

 

Oui, j'écris très facilement, sans aucune difficulté. Réécrire consiste pour beaucoup à faucher les hautes herbes de mon récit foisonnant, et à alléger le style qui est souvent gorgé d'images.

 

·         Comment définirais-tu ton style ?

 

Imagé.

 ·         Combien dure la phase avant l’écriture (recherches…) ? Et la phase d’écriture ? Combien écris-tu de livres par an ?

 

Difficile à dire, cela dépend de l'ampleur du projet. Mais un roman me demande entre une semaine et trois mois d'écriture. Je publie en moyenne deux à trois textes par an.
 

·         Quelle phase préfères-tu ? La recherche des idées ? l’écriture ?

 

La réécriture. Quand l'histoire est là, posée, installée, et que je la regarde avec des yeux neufs. Parce que je n'ai plus peur d'être incapable de la finir, qu'elle est prisonnière d'une pierre dégrossie qu'il ne me reste plus qu'à tailler.

 

 ·         Quel place a le mot dans tes romans ? Le vocabulaire est-il très important pour toi ?

 

Essentiel. Ce sont les mots qui me procurent les plus grandes joies d'écriture, ce sont eux que je traque, que je sollicite, que j'ausculte, que j'ouvre et eux qui me transportent. Il arrive qu'en se rencontrant, ils fassent naître des images que le lecteur n'a jamais vues nulle-part, où disent des émotions qu'il ignorait ressentir.

 

·         Fais-tu attention à la longueur de tes phrases ? Pierre Bottero faisait des phrases courtes ; parfois, il ne les finissait pas pour laisser le soin au lecteur d’imaginer, de rêver et donc de les terminer lui-même.

 

Non, je n'y fais pas attention. D'abord le style adopté varie en fonction des histoires que je raconte, ou des passages de cette histoire. Parfois, les courtes s'imposent, en rafales, sèches, pour siffler aux oreilles des lecteurs, parfois elles s'installent dans un sofa et goûtent la chaleur du feu. D'ailleurs, Pierre ne faisait pas toujours des phrases courtes non plus.

Il y a aussi une jouissance à construire une phrase que la longueur ne déséquilibre en rien.

 

·         Qu’est-ce qui fait que pour toi, une phrase est bonne ?

 

Quand elle dit ce qu'elle a à dire, au bon moment.

 

·         Utilises-tu beaucoup de documentation ?

Pour les polars, oui, parfois. Essentiellement des coupures de presse (je me constitue des dossiers sur les sujets qui m'intéressent). Sinon, il m'arrive de passer quelques heures en bibliothèque, ou sur Internet, pour vérifier une information.

 

 

La littérature :

·         La littérature c’est quoi ? Cela sous entend que tout ne serait pas littérature…

 

La littérature, c'est l'étagère des livres qui m'ont changé. Chacun a son rayon. Certains livres se trouvent nécessairement sur plusieurs étagères, et deviennent des classiques. Bien sûr que tout n'est pas littérature, les livres qui vous tombent des mains ou qui dégagent un ennui mortel sont exclus d'entrée. Je pense que la littérature commence au désir de relire. La littérature, c'est ce qui ne s'épuise pas à la première lecture, ni même aux suivantes. Ce sont des phrases qui résistent à se laisser comprendre au premier rendez-vous.

 

·         Qu’est-ce ce que la littérature jeunesse ? Une littérature à part entière ?

 

Pour les auteurs que nous sommes, il est choquant d'avoir à répondre à cette question. Exactement comme si on exigeait la même chose des auteurs de littérature dite générale. Une littérature, c'est une somme d'ouvrages. Chez les adultes, on a tendance à considérer que les ratés sont l'exception de l'excellence. En jeunesse, c'est à peine si on imagine l'inverse. Que les gens lisent les livres  et on en reparlera.
 

·         Faut-il lire les classiques ? Pourquoi ?

 

Pourquoi ne faudrait-il pas les lire ? La promotion d'une littérature d'aujourd'hui, moderne, vivante, n'est pas contradictoire avec la fidélité à un patrimoine. Les classiques sont des bornes qui jalonnent le chemin menant d'hier à aujourd'hui. Je continue de penser qu'il est illusoire de croire, un qu'on peut directement se repaître des classiques sans passer par la case littérature jeunesse, deux qu'on peut se contenter de cette dernière.

 

 

L’avenir du livre ?

 

·         As-tu un avis dessus ?

Du livre ou de la lecture ? Le livre en tant que support peut évoluer. A titre personnel, je resterai à jamais attaché aux objets de papier, aux reliures, à cette odeur de papier et de colle, mais que la technologie nous apporte de nouveaux lecteurs, pourquoi pas. Cela étant, je crois que le livre tel que nous l'avons toujours connu va rester. Il n'a pas d'équivalent.

 

·         Les nouvelles technologies vont-elles le tuer ?

 

Non, pas le tuer. Les supports s'ajoutent sans se remplacer.

 

 

Le fruit de ton imagination :

 

·         Comment définis-tu tes écrits ? qu’est-ce qui te guide ? te pousse ? te fait avancer ?

 

Le besoin de découvrir ce que j'ai encore à dire. Je traque l'émotion, et c'est un sujet inépuisable.
 

·         Quel est le livre que tu as écrit pour lequel tu gardes une affection particulière ?

 

Deux exemples. D'abord le seul livre écrit pour les adultes. Il s'intitule Au bonheur des pères (Bayard Editions). J'y raconte les moments qui ont fait de moi un père. Les révélations que je décris sont prises dans ce livre comme des battements de coeur dans la glace. Ensuite, les Gaspard Corbin. Je ne sais pas si je suis unique, mais ce que j'ai d'unique est peut-être dans ces livres-là. Je les espère drôles et touchants, le plus délicat des cocktails.

 

·         Pourquoi vas-tu dans les salons du livre ? Cela n’est-il pas trop ennuyeux ?

 

J'y vais peu mais j'aime beaucoup pour deux raisons. La première, c'est qu'ils me permettent de retrouver mes amis auteurs et de partager avec eux des moments toujours précieux. Un des plus grands bonheurs que m'aura apporté le fait d'être auteur restera de m'avoir permis d'en rencontrer d'autres. La littérature jeunesse est un petit monde rempli de gens exceptionnels de talent et de simplicité (pour la grand majorité). J'y ai des amis avec qui je partage des moments rares. La seconde, c'est que sur les salons, je suis écrivain. C'est le seul endroit où  c'est le cas. Sinon, je ne le suis jamais. A l'école, je suis enseignant, chez moi, je suis un mari, un père. Avec mes amis de toujours, je suis celui qu'ils connaissent d'avant. Pendant les quelques jours que durent le salon, on me regarde comme celui que j'ai du mal à d'être ailleurs, sauf que le cadre l'imposant, je me nourris pour longtemps de cette contrainte salutaire. En outre, on y rencontre des lecteurs. C'est bien. L'écrivain ne voit jamais personne lire son livre, ne voit jamais les effets qu'il a sur lui. Certains sur les salons vous le confient. C'est une bouffée d'oxygène.

 

 

·         Ecrire c’est s’exposer aux regards des autres ? Est-ce compliqué ?

Beaucoup moins dans les romans que dans les interviews. Mes romans n'explorent pas le domaine de l'intime, j'y tiens ma vie à distance, je ne me sens donc pas menacé par une quelconque exposition. J'ai plus de mal avec les interviews.
 

·         Quel est le plus beau compliment reçu ?

 

C'est un mail que Pierre Bottero m' envoyé à la sortie de Gaspard in love, la première version de "Si par hasard c'était l'amour". Son éloge, pleine de tact et de générosité, a trouvé les mots que je rêvais d'entendre, précisément sur un texte qui revêtait pour moi une importance particulière. Mais cela reste personnel.

 

·         La réflexion la plus dure ?

 

Je n'en ai pas gardé le souvenir.

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 10:30

L’écriture engagée :

 

·         Peut-on tout écrire quand on sait qu’on est lu par des ados ? Evoquer le affres de notre société n’est-il pas périlleux pour le moral de notre jeunesse ?

 

On peut tout écrire, mais pas n'importe comment. Il y a une mode, un courant dans la littérature ado qui fait la part belle aux problématiques les plus variées, comme si les ados étaient avant tout des êtres en souffrance, et que la littérature qui s'adresse à eux devait forcément, pour acquérir une légitimité, présenter une fonction thérapeutique. Un problème, un livre. Le roman comme un pansement à poser sur leur vie. Dans certains de mes polars, je creuse aussi ces thématiques, mais le genre m'y conduit. Il n'empêche qu'au plus noir de mes histoires, je tracerai un rayon de lumière. C'est la seule contrainte que je m'impose dans mes textes pour les ados, la note d'espoir. Avec le souci de ne jamais me montrer complaisant avec la violence, la perversion, la cruauté. Il n'en reste pas moins vrai qu'aucun sujet ne sera écarté à cause du lectorat concerné. Le moral de notre jeunesse  besoin de bons livres pour être remonté, parce que les bons livres posent des questions, les mauvais proposent des réponses.

 

·         Est-il facile d’être engagé et publié ? L’écriture engagée intéresse-t-elle  aujourd’hui ?

 

Le talent permet tout. Mais l'engagement ne fera jamais office de talent. Je crois qu'il existe une place pour une littérature engagée. Tous les éditeurs de sont pas en recherche d'histoires de vampires.

 

·         Comment l’auteur que tu es peut-il garder son indépendance, ses idéaux tout  en continuant d’exister sur le marché ?

 

Je ne sais pas si "j'existe sur le marché", mais cette notion d'indépendance suppose qu'elle soit mise en balance avec une autre indépendance, la matérielle. Or cette dernière n'est que rarement garantie. Si on me refuse un livre parce que j'y expose mes idéaux et qu'ils ne plaisent pas, ma situation ne va pas radicalement changer. Du reste, je ne crois pas être porté plus que ça sur les livres dérangeants. Pour le moment.

 Les éditeurs, l’édition :

 

·         Les éditeurs mènent des études pour connaître les goûts des lecteurs (en matière d’histoires, de personnages,…)… Comment fais-tu pour résister aux modes et toujours être un auteur apprécié  ?

 

Je ne sais pas si je suis un auteur apprécié (sinon par d'autres auteurs...). Je n'ai jamais entendu parler de ces études, et jamais un éditeur ne m'a soufflé une direction à prendre pour écrire un livre qui se vendra mieux. J'essaye de creuser mon sillon, à être moi en mieux, avec l'espoir qu'un jour les lecteurs seront en nombre au rendez-vous.
 

·         Te sens-tu libre comme écrivain ? As-tu eu à souffrir de la censure ?

 

Oui, complètement libre, et on ne m'a jamais censuré. Je n'ai peut-être offert à personne l'opportunité de le faire...

 

 ·         T’interdis-tu des choses dans l’écriture ? L’éditeur te « dirige »-t-il beaucoup ?

 

Non, je ne m'interdis rien, mais j'essaye de ne pas écrire n'importe quoi. Au risque de me répéter, je m'efforce aussi de ne pas verser dans la complaisance, qui est la pire des boursouflures du style. Quant à l'éditeur, il ne me dirige pas du tout. Je n'écris pas de texte de commande, je ne soumets jamais de synopsis avant d'écrire, j'envoie mes textes quand ils sont achevés à des éditeurs qui ignoraient que je les écrivais.
 

·         Comment s’opère la collaboration avec ton éditeur au niveau de la correction des textes ? Un auteur libre, cela existe-t-il ?

 

Que signifie être libre ? Libre d'écrire n'importe quoi en étant convaincu que c'est génial parce que c'est MOI qui l'ai écrit ? Mon éditrice chez Rageot intervient beaucoup sur les textes, et je corrige beaucoup derrière. Mais ses remarques sont justifiées, expliquées, à charge pour moi de décider si oui ou non j'ai envie d'en tenir compte. Si je garde mon texte initial, elle ne reviendra pas sur ma décision. C'est en cela que je me sens libre. Un éditeur, c'est quelqu'un qui vous aide à aboutir au texte que vous voulez écrire, pas quelqu'un qui vous regarde vous embourber ou quelqu'un qui l'écrit à votre place. Il faut aussi du talent pour être éditeur, pas seulement de la technique. Quand je regarde le texte qui part à l'impression, c'est encore moi que je vois dedans. 

Par ailleurs, un texte, ça se défend si on y croit. La liberté se conquiert toujours. Enfin, je ne sacralise pas mes écrits. Je suis convaincu que je peux m'améliorer, et le regard de l'autre n'est pas mon ennemi. Je trouve frappant qu'on perçoive très souvent les éditeurs comme des empêcheurs d'écrire en rond. N'oublions pas qu'ils vous permettent aussi de comprendre ce qui manque à votre texte pour qu'il soit  vraiment le vôtre.



 

 La lecture et ta bibliothèque :

 

·         Est-ce que lecture et écriture vont de pair ? Faut-il aimer lire pour écrire ?

 

On peut aimer lire sans aimer écrire, mais le contraire me semble impensable.

 

 ·         Pour toi, lire c’est quoi ?

 

Essayer d'autres vies sans mourir.

 

·         Quels sont tes auteurs préférés ? tes lectures préférées ?

 

Ils sont nombreux... En vrac... Luc Dietrich, André de Richaud, Joseph Delteil, Barbey D'Aurevilly, Victor Hugo, Don Winslow, Donald Westlake, Pascal Garnier, Dennis Lehane, Frédéric Dard, Gustave Flaubert,  Villiers de l'Isle Adam, Jean-Paul Dubois, Eric Chevillard, Sylvain Trudel, Elmore Léonard, Stephen King, Olivier Adam, Claude Klotz, Alain Puiseux, Maurice Pons...

 

Et en jeunesse, jean-Claude Mourlevat, Louis Sachar, Jean-Paul Nozière...

 

 

·         Les livres jeunesse qui t’ont marqués chez les autres ? Un livre de chevet ?

 

Quelques titres. "La rivière à l'envers" de Mourlevat, "Le passage"  et "Y a-t-il un garçon dans les toilettes des filles"de Sachar, "Robert" de Niklas Radstrom, "Skellig" de David Almond, "Aerkaos" de Jean-Michel Payet, "Des pas dans la neige" de Erik L'Homme, "Les larmes de l'assassin" d'Anne-Laure Bondoux, "Traqués" de Pascal Garnier, "Ippon" de Jean-Hugues Oppel, "Talents cachés" de David Lubar, "Lettres d'amour de 0 à 10" de Suzie Morgenstern, "Ellana" de Pierre Bottero, "Pierre et Jeanne" de Christian Grenier, "Sables émouvants" de Thomas Scotto et bien d'autres...
 

·         Ta bibliothèque, quelle est-elle ? Comment sont ces livres, Beaux livres, poches… genres ?

 

Je suis un malade des livres, j'en possède des milliers et nombreux sont ceux qui, faute de place dans mon appartement, attendent des jours meilleurs dans des cartons. J'aime beaucoup les poches, je possède presque toute la collection des premières éditions du Livre de Poche, et tous les genres sont représentés, du classique au policier, de la Sf au Fantastique. J'ai aussi longtemps fréquenté les bouquinistes en quête des ouvrages épuisés des auteurs que je chérissais (et si j'avais encore le temps, je passerais MES JOURNEES ENTIERES chez les bouquinistes !). Maintenant, je suis friand des livres clubs des années 50. J'adore les livres...

 

·         Où sont-ils rangés ? Comment sont-ils classés ?

Dans mon bureau, et j'ai une bibliothèque de beaux livres club dans mon salon. La bibliothèque de mon bureau compte deux profondeurs de livres, faute de place. Ils sont regroupés par auteurs mais pas classés. J'aime ce désordre qui crée la surprise.
 

·         Comment les achètes-tu ?

 

La plupart ont été achetés chez les bouquinistes. Sinon, en librairie.

 

·         Quel est le livre sur table de chevet ?

 

"La griffe du chien" de Don Winslow

 

 ·         Quels sont les auteurs qui t’ont influencé? Pourquoi ? Que leur as-tu empruntés ?

 

Tous les auteurs que je vénérais (Villiers, Hugo, Verlaine, Aragon, Baudelaire, Giono, Delteil, Flaubert...) m'ont influencé jeune. Je les singeais pour les comprendre de l'intérieur. Je n'ai absolument aucune idée de ce que je peux avoir, dans mon écriture, gardé de ces voyages. Des traces de souvenirs...
 

·         Si tu avais un auteur à qui écrire, lequel serait-ce ? Et que lui écrirais-tu ?

 

Frédéric Dard. je lui dirais : "Merci".

 

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 10:38

Je propose aujourd'hui, une interview d'Eric Boisset, auteur sympathique et attachant, auquel j'en ai fait voir de toutes les couleurs un jour de mai... en lui faisant jouer la comédie.

 

 

Interview réalisée par : Laurence Olier.

 

  

Où écrivez-vous ? Quand ? Sur quel support ?

J’écris chez moi, le soir de neuf heures à minuit. J’habite une ferme rénovée, en plein cœur du massif des Bauges. Tandis que les loups hurlent sous mes fenêtres, je tapote laborieusement sur le clavier d’un antique ordinateur à lampes. Ma frappe, très lente, s’accorde à merveille avec mon inspiration, qui n’est rien moins que jaillissante. Je progresse à petits pas cassés, comme l’âne de Francis Jammes, broutant des chardons au bord du chemin et testant mille et une combinaisons de mots.

Pourquoi écrivez-vous ? Selon vous, l’écriture est-elle compatible avec une autre occupation ?

 J’écris pour égaler les Maîtres que j’ai admirés ! C’est pourquoi je ne me relis jamais sans tomber de haut. L’écriture n’est pas l’art d’exprimer des idées, mais l’art d’assembler des mots en vue de créer l’émotion. Il ne faut pas chercher la joliesse, mais construire une prose solide et efficace d’un point de vue narratif. « La prose est architecture, et non pas décoration d’intérieur », a dit Hemingway. Je souscris entièrement à ce point de vue. Quant aux autres occupations, elles constituent bien évidemment un mal nécessaire : écrire ne nourrit pas son homme, il faut aller au charbon !

Quelle est la source d’inspiration de votre œuvre Le Grimoire d’Arkandias ?

Deux lignes de Stendhal, trouvées dans le carnet qu’il portait au revers de son uniforme d’officier de dragons. Il y exprimait le désir de posséder un anneau magique d’invisibilité. À cette époque, j’ignorais tout de l’œuvre de Chrétien de Troyes ! J’ai cru naïvement que Stendhal était l’inventeur du concept. J’ai bien éprouvé quelque remords en lui piquant l’idée. Mais comme lui-même ne s’était pas gêné...

Vous documentez-vous avant d’écrire ?

Le moins possible, pour ne pas brider mon imaginaire, et aussi parce que je suis d’un naturel paresseux ! Disons que j’essaie d’éclairer avec art les trois bouts de décor que je place dans mes romans. Peu importe que tout soit faux, si au bout du compte, tout paraît vrai ! J’invente, je brode, je développe. Je procède par analogies et par déductions. Et au final, j’obtiens du « plus que vrai », c’est-à-dire du « surnaturel », au sens propre du mot.

Pour qui écrivez-vous ? Quelle place occupe le lecteur dans l’écriture de vos romans ?

J’écris pour un lecteur idéal, qui aurait la même sensibilité que moi. Je ne cherche pas particulièrement à flatter le goût du public. D’ailleurs, j’ignore ce qu’il aime ! J’écris ce que je voudrais lire, tout simplement.

Avez-vous des messages à transmettre aux lecteurs (notamment au sujet de la lecture, de la tolérance) ?

La lecture est un merveilleux tremplin pour le rêve. L’imaginaire pistonne à pleins tubes ! Chaque lecteur fait œuvre de création. Il imagine les décors, les visages des héros, le ton de leur voix, et ces représentations sont différentes pour chacun. L’identification est donc parfaire ! C’est toute la supériorité de la lecture sur les autres formes d’expression artistique. Au cinéma, par exemple, tout le monde voit le même acteur. Idem avec les bandes dessinées, qui ne sont la plupart du temps que l’interprétation d’une œuvre écrite : le scénario ! Pour ce qui concerne la tolérance, je dirai que je suis allergique à toutes les formes d’intolérance, ce qui est en soi une marque d’intolérance, que j’assume et que je revendique ! J’aime la différence, le brassage ethnique et culturel. « Là où se croise les races, jaillit la source de la culture ! »

Que pensez-vous des cadres socioculturels ? Les règles de l’édition, les médias, les prix littéraires influencent-ils votre activité ?

Je me soucie fort peu des règles de l’édition, dans la mesure où mon éditeur s’est toujours montré compréhensif avec moi. Le Grimoire d’Arkandias a été publié pour la première fois dans une collection dont tous les titres comptaient moitié moins de pages : on ne m’a pourtant pas imposé la moindre coupure, ni la plus petite retouche stylistique. Croyez-moi, ce respect du texte n’est pas monnaie courante dans le milieu de l’édition ! L’influence des prix littéraires est réelle, mais ne porte que sur les ventes, bien évidemment ! Quant à l’influence des médias, je suis mal placé pour en parler, n’ayant jamais été médiatisé moi-même. Mais je vois mal comment elle pourrait s’exercer sur les processus de création...

Quel rôle joue votre histoire personnelle dans l’écriture ?

Un rôle capital ! Mes jeunes héros sont le reflet fidèle de l’enfant que j’ai été. Leurs bêtises et leurs mensonges ont commencé par être les miens ! À présent, je ne mens plus du tout et ma conduite est irréprochable, bien entendu.

Théophile, l’amoureux des livres, est-ce un peu vous ? L’école vous a-t-elle ennuyé ? Partagez-vous le point de vue de vos personnages sur les professeurs ?

À la différence de Théophile, je lisais fort peu étant enfant. J’ai toujours eu davantage le goût des mots que celui des livres. J’ai grandi à la campagne, et ma prime jeunesse a eu pour décor les paysages rôtis de soleil du sud de la France. Je passais mes journées dans les bois. Chaque été, avec mes cousins, nous dormions dans une cabane que mon père nous avait construite dans la poutraison d’un vieux hangar. Nous attendions le soir pour nous échapper et gagner la rivière où nous jouions puis dormions à la belle étoile devant un feu de bois. Nous étions déguenillés, hirsutes, noirs comme des Cafres : le temps le plus heureux de ma vie ! L’école, c’était un autre monde. Je devenais un petit citadin aux cheveux pommadés et aux manières plus urbaines. Comme j’ai toujours eu une tendance naturelle à m’accommoder de toutes les situations, j’étais également à mon aise dans le cadre scolaire. Disons que je vivais en bonne intelligence avec mes professeurs : je les respectais, et en échange, ils me laissaient rêver à ma guise durant les cours.

Quel type de lecteur êtes-vous ? Quelle place occupe la lecture dans votre quotidien ?

La nouveauté littéraire n’est pas du tout mon fait. Je suis très sélectif, et je dois généralement ouvrir cinquante livres avant de tomber sur un style ou un univers qui m’accrochent. Alors, j’ai tendance à me tourner vers les classiques, en me disant qu’ils n’ont pas franchi sans raison le crible des siècles. Mais même là, il m’arrive d’essuyer de sérieuses déconvenues ! Je me force tout de même à lire quelques pages. Et si je me surprends tout à coup à songer au prix des endives ou à ma note de gaz tout en déchiffrant, je referme le bouquin et le flanque à la poubelle. Tout ce qui ne me passionne pas me tue d’ennui ! C’est vrai pour la lecture, mais aussi, de manière plus générale, pour tous les autres aspects de ma vie.

Quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ?

Un livre magique contenant toutes les bibliothèques du monde ! Car à relire sempiternellement le même bouquin, je deviendrais chèvre ! D’ailleurs, j’emporterais plutôt une chèvre. Tenez, oui : j’emporterais la petite chevrette Ivridichi, qui caracole dans mon roman Nicotratos en faisant tintinnabuler son grelot.

Quel est votre rêve de bonheur ?

Une rente annuelle de 500 000 francs. L’argent n’a pas d’odeur, mais passé un million, ça sent bon !

Que détestez-vous par-dessus tout ?

Faire de la peine aux gens que j’aime, et la fraise de veau.

Comment aimeriez-vous mourir ?

De rire.

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 10:19

 

Vu le nombre de questions, je ne m'étendrai pas à chaque fois !


 L’auteur aujourd’hui

     

      Johan, comment se situe l’auteur aujourd’hui par rapport à l’auteur des débuts ? Il y a-t-il une différence (style, pensée, méthode…)

 

Dix années seulement se sont écoulées entre mon premier et mon dernier (à ce jour !) livre. Pas assez pour que je puisse noter une différence fondamentale...


 Quelle est ta définition de l’auteur jeunesse ? En es-tu un ?

 

J'écris des romans, pour qui veut les lire, jeunes ou moins jeunes. Rien de moins, mais rien de plus ! Je ne me définis donc pas comme un auteur jeunesse. D'ailleurs, la moitié de ma productions est parue dans des collections "vieillesse", alors...

  

L’écriture :

 

     Pourquoi écris-tu ? Est-ce quelque chose de facile à expliquer ?

    Parce que c'est le métier le plus facile à exercer que j'aie trouvé !

 

      C’est quoi être écrivain ? Ecrire c’est quoi ?

Je ne sais pas ce qu'être écrivain signifie. Romancier, à la rigueur...


Que penses-tu des écoles américaines dans lesquelles on peut apprendre à écrire ? En France, elles n’existent pas. Quel écrivain es-tu ?

Aucun avis sur les écoles américaines, car je ne les connais pas. Tout le monde peut écrire un livre. Le publier, c'est une autre histoire...


 Arthur Ténor parle de lui comme étant un « explorateur de l’imaginaire. » As-tu une formule pour te caractériser ?

Non.

L’écriture a-t-elle toujours été en toi ou est-ce quelque chose qui est arrivé tardivement dans ta vie ? Il y a t-il eu un élément déclencheur ?

J'ai rencontré la science-fiction dès mon entrée au collège et je pense que l'envie d'écrire ce genre d'histoire m'est alors venue.


 Pour qui écris-tu ? A moins que ce ne soit pour un public ? Pour être lu ?

     Pour personne en particulier. Pas qui veut bien me donner un peu de son temps pour me lire.


Le public/l’éditeur t’ont-ils influencé à un moment donné ?

Non.


Cette fameuse imagination, d’où vient-elle ? De quoi t’inspires-tu ?

Du monde qui m'entoure. De la réalité, de l'actualité. L'inspiration, ça n'existe pas. Il y a la curiosité, et puis le travail.

 

Comment procèdes-tu pour écrire ? Un plan ? des carnets ?

Un court synopsis, de la documentation, et beaucoup de persévérance !


A quel moment de la journée écris-tu ? Avec quoi ? Une heure précise ?

As-tu besoin d’isolement ?

Un peu l'après-midi, un peu dans la soirée, sur mon ordinateur, et toujours isolé.


Qui te lis en 1er ? Un proche ? Pourquoi ?

Ma femme, le plus souvent. Parce qu'elle le veut bien !

 

    Qu’aimerais-tu écrire ? un sujet que tu n’as pas abordé et qui te taraude ? un genre ?

Pas encore, non. Ça viendra peut-être.

 

      Ecrire à 4 mains cela te tente-t-il ?

Déjà fait, avec Xavier Mauméjean. Super expérience. On devrait remettre ça.


Est-il facile de vivre de sa plume ? Exerces-tu un autre métier ?

Ni facile, ni difficile d'ailleurs. J'ai été prof cinq ans. Je ne fais plus qu'écrire depuis huit ans.

    

     Qualités et défauts de l‘Homme ? qui rejaillissent sur l’écrivain ?

Là, c'est vie privée !


 

Tes personnages :

 

Comment crées-tu tes personnages ?

Je pique des caractères ici ou là, dans la vraie vie ou la fiction, et je les triture à ma sauce.

 

Est-ce que ce sont tes personnages qui te mènent ? Par exemple, peuvent-ils te faire changer de voie en cours d’écriture ?

Bien sûr ! Ils ont leur vie propre et réussissent toujours à briser les frontières de mon synopsis. Ils doivent être plus forts que moi...


Qu’aimes-tu le plus dans la création du personnage ? L’aspect psychologique ?

La psychologie ne m'intéresse guère. Je veux voir vivre mon personnage.


Quel est le personnage que tu as crée et qui t’a posé le plus de souci Pourquoi ?

Pas d'exemple...


 Quel personnage de papier que tu as inventé aimes-tu le plus ?

 Aucune préférence.

 

Les lieux :

 

     Comment tinspires-tu pour créer un lieu ? Une atmosphère ?

A partir du réel. Ou alors j'invente tout. Aucune règle précise.

 

      Te rends-tu sur place ? Visites-tu beaucoup ?

Non, je suis très casanier. Mais j'ai Internet...


 Est-il facile de partir de rien ou de ce que l’on connaît ?

L'un comme l'autre me conviennent.

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 10:17

 

Le style, la phrase, le mot…

 

    Quelle est la phrase qui te pose le plus de souci dans l’écriture ? L’incipit ?

   Aucune en particulier. Et toutes à la fois !

 

    Quel style préfères-tu ? style indirect libre… « je » ou « il »…

Aucune préférence. Je suis polyvalent !

 

   As-tu la plume facile ? Où est-ce laborieux ? Te faut-il raturer beaucoup ?

Plutôt facile...

 

    Comment définirais-tu ton style ?

R.A.S.

 

    Combien dure la phase avant l’écriture (recherches…) ? Et la phase d’écriture ? Combien écris-tu de livres par an ?

Tout dépend du projet. J'écris quatre bouquins par an en moyenne.


Quelle phase préfères-tu ? La recherche des idées ? l’écriture ?

Les deux me plaisent... différemment.


Quel place a le mot dans tes romans ? Le vocabulaire est-il très important pour toi ?

 

J'aime employer le mot juste et une certaine richesse de vocabulaire. Je ne simplifie jamais pour soi-disant complaire au lecteur. Il existe des dictionnaires et c'est en lisant qu'on apprend des mots nouveaux !


Fais-tu attention à la longueur de tes phrases ? Pierre Bottero faisait des phrases courtes ; parfois, il ne les finissait pas pour laisser le soin au lecteur d’imaginer, de rêver et donc de les terminer lui-même.

J'ai tendance à faire des phrases longues. Je n'aime pas les phrases trop courtes...


Qu’est-ce qui fait que pour toi, une phrase est bonne ?

Aucune idée !


Utilises-tu beaucoup de documentation ?

Pas mal, mais j'évite de m'y noyer.

 

La littérature :

 

     La littérature c’est quoi ? Cela sous entend que tout ne serait pas littérature…

Je ne m'intéresse surtout pas à la littérature ! J'aime écrire et lire des histoires, point barre.

 

     Qu’est-ce ce que la littérature jeunesse ? Une littérature à part entière ?

Juste une étiquette pour certaines collections.

    

     Faut-il lire les classiques ? Pourquoi ?

Oui. Parce qu'il faut lire de tout.


 

L’avenir du livre ?

 

    As-tu un avis dessus ?

Pas vraiment...

 

    Les nouvelles technologies vont-elles le tuer ?

Meuh non, allons, quelle idée !


  

Le fruit de ton imagination :

 

 

     Comment définis-tu tes écrits ? qu’est-ce qui te guide ? te pousse ? te fait avancer ?

La date de remise figurant sur le contrat !


Quel est le livre que tu as écrit pour lequel tu gardes une affection particulière ?

Aucune préférence.

     

     Pourquoi vas-tu dans les salons du livre ? Cela n’est-il pas trop ennuyeux ?

 Ça dépend du salon. On s'éclate sur certains, on y retrouve les copains à défaut du public, tandis que sur d'autres on se tourne les pouces. Toujours un coup de poker...


Ecrire c’est s’exposer aux regards des autres ? Est-ce compliqué ?

Je me fiche du regard des autres. Ce n'est donc pas compliqué.


 Quel est le plus beau compliment reçu ?

Je cite de mémoire : "Votre livre est le premier que j'aie lu. C'était bien, je crois que je vais continuer" (et ce n'était pas un jeune lecteur !)

 

     La réflexion la plus dure ?

Pas encore entendue... J'attends de pied ferme !

 

 

L’écriture engagée :

 

      Peut-on tout écrire quand on sait qu’on est lu par des ados ? Evoquer le affres de notre société n’est-il pas périlleux pour le moral de notre jeunesse ?

 

Oui, on peut et on doit tout écrire si ça sert le roman. Sinon, ce n'est que de l'étalage du niveau d'un tabloïd. Quant au moral de la jeunesse, jetons un coup d'oeil dans la rue pour nous rendre compte de sa réalité !

 

 Est-il facile d’être engagé et publié ? L’écriture engagée intéresse-t-elle  aujourd’hui ?

Je n'en sais rien. Je ne suis pas engagé. Mais j'ai toujours pu dire ce que j'ai voulu.

 

 Comment l’auteur que tu es peut-il garder son indépendance, ses idéaux tout  en continuant d’exister sur le marché ?

 

Je ne comprends pas l'apparente contradiction que tu sembles évoquer. Le marché (ouh, le méchant...) existe de tout temps et existera toujours. Il est ce qu'on en fait. Il ne m'empêche pas d'avoir des idéaux.

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 10:14

Les éditeurs, l’édition :

 

      Les éditeurs mènent des études pour connaître les goûts des lecteurs (en matière d’histoires, de personnages,…)… Comment fais-tu pour résister aux modes et toujours être un auteur apprécié  ?

J'ignorais qu'il existât des modes autre que l'indicatif ou le subjonctif... Je ne crois pas aux études des éditeurs, en tout cas je n'en ai jamais entendu parler !


Te sens-tu libre comme écrivain ? As-tu eu à souffrir de la censure ?

On ne m'a jamais rien imposé. Ça me fait rire d'entendre parler de censure en France dans notre boulot. Allons en parler en Chine, en Russie, de l'autre côté de la Méditerranée, et reparlons-en !


 T’interdis-tu des choses dans l’écriture ? L’éditeur te « dirige »-t-il beaucoup ?

Je ne m'interdis rien consciemment, du moins. Les éditeurs ne sont pas "dirigistes" (enfin, pas avec moi !).


Comment s’opère la collaboration avec ton éditeur au niveau de la correction des textes ? Un auteur libre, cela existe-t-il ?

Autant d'expériences que de directeurs / directrices de collection. Globalement, on ne m'embête pas. Juste des retouches ici ou là.

 

 

La lecture et ta bibliothèque :

 

     Est-ce que lecture et écriture vont de pair ? Faut-il aimer lire pour écrire ?

Je pense qu'on aime d'abord lire avant de vouloir écrire (exceptons les récits de témoignages, qui relèvent de l'impératif vital).

 

     Pour toi, lire c’est quoi ?

Du plaisir avant tout. De l'information parfois. Un coup de poing en pleine gu... plus rarement. Un gros bâillement de plus en plus souvent.

 

     Quels sont tes auteurs préférés ? tes lectures préférées ?

En ce moment : R.J. Ellory, Joe Lansdale, Stephen Hunter, Don Winslow, Jason Starr, Ken bruen et quelques autres auteurs de romans noirs contemporains.

 

Les livres jeunesse qui t’ont marqués chez les autres ? Un livre de chevet ?

 

Récemment : "Créature de la nuit" de Kate Thompson, chez Baam! Et la plupart des bouquins de Fabrice Colin. Pas de livre de chevet, non.

 

    Ta bibliothèque, quelle est-elle ? Comment sont ces livres, Beaux livres, poches… genres ?

 

Toutes sortes de livres, d'un peu tous les genres, surtout achetés d'occase parce que le livre est cher, autant de fictions que d'essais, de toutes les époques.


 Où sont-ils rangés ? Comment sont-ils classés ?

Dans mon bureau, qui est aussi celui de ma femme, classés soit par genres, soit par collection, soit par auteur, mais j'arrive à peu près à m'y retrouver.


Comment les achètes-tu ?

Liquide, carte bleue ou chèque... Euh, il y a d'autres moyens ?


Quel est le livre sur table de chevet ?

En ce moment, je lis "Chemins de croix" de Ken Bruen (Série Noire) et "La chute de la CIA" de Robert Baer (un témoignage édifiant).


Quels sont les auteurs qui t’ont influencé? Pourquoi ? Que leur as-tu empruntés ?

Jean Meckert / Amila, pour le style, l'engagement, la vie menée - on admire toujours ses contraires !

John Fante, Charles Bukowski. Donald Westlake.


Si tu avais un auteur à qui écrire, lequel serait-ce ? Et que lui écrirais-tu ?

Le rédacteur des blagues Carambar : "Chapeau, l'artiste !"

 

Photo : http://www.bibliosurf.com/Portrait-de-Johan-Heliot

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 10:37

L’auteur aujourd’hui

·         Comment se situe l’auteur aujourd’hui par rapport à l’auteur des débuts ? Il y a-t-il une différence (style, pensée, méthode…)

 

    A l'exception d'auteurs de grands talents, maîtres de l'écriture dès leurs débuts, l'écriture littéraire est comme d'autres activités susceptible de constantes améliorations sur beaucoup de plans : épurations des "scories" et autres fioritures, confiance dans la simplicité, maîtrise du genre littéraire (ne pas insérer sa vison économique du monde dans un roman de fantasy)... Il y a donc une différence d'écriture, j'hésite à parler de style, car peu d'auteurs ont un style (du minimalisme de Delerm à l'hyperbolisme de Lobo Antunes...). Je peux attester de ces progrès au travers de ma vie d'auteur, mais aussi de près de 20 ans de vie d'éditeur (Magnard, Plon). 

 

 

·         Quelle est ta définition de l’auteur jeunesse ? En es-tu un ?

 

l'auteur contemporain pour la jeunesse est un grand ignoré de l'intelligentsia en France, qui s'arrête généralement au Club des cinq et Fantômette, aux oeuvres classiques adaptées, ou aux auteurs de littérature générale qui "commettent" des livres pour la jeunesse (Pennac, Honoré, Desplechin...), qui connaît Marie-Aude Murail en dehors des spécialistes jeunesse ?

En fait, cette ignorance est telle que "la jeunesse" est traitée comme un genre littéraire, au même titre que la fantasy ou le polar. Or, la littérature jeunesse comprend tous les genres : sociaux, intimistes, polar, SF, fantasy...

 

On ne peut nier que certains auteurs de jeunesse, par opportunisme ou manque d'imagination, écrivent des ouvrages basiques, prêts à l'emploi pour le monde scolaire. Mais si je peux donner une définition de l'écrivain pour la jeunesse de talent, je dirais : qu'il écrit dans une langue aussi belle que celle des bons auteurs pour adultes (et en tout cas mieux que Lévy, Werber ou Musso), mais qu'il a certaines contraintes : pas trop de références littéraires, pas de structure de narration torturée, une limite à l'érotisme ou la violence... et quel que soit le genre abordé, laisser une porte ouverte à l'enfant ou à l'adolescent. Je ne parle ici que de romans, les albums ou ouvrages de première lecture répondent à d'autres critères.

Comme l'a écrit Christian  Grenier dans un de ses ouvrages "Je suis un écrivain jeunesse". Je connais ce monde littéraire, le respecte, l'admire souvent, mais à la différence de Christian, j'écris en littérature générale, en policier adulte, des aphorismes et autres livres sur la Franc-maçonnerie. Mais à la différence de certains écrivains intervenant dans les deux mondes, qui prétendent que souvent "ils ne savent pas pour qui ils écrivent", moi je le sais très bien (références littéraires, jeux littéraires, problématiques adultes ...) En réalité, quand un livre est peu accessible à un jeune, c'est qu'il ne l'est pas plus à nombre de lecteurs adultes.

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 10:35

 

L’écriture :

 

·         Pourquoi écris-tu ? Est-ce quelque chose de facile à expliquer ?

 

Pour moi, c'est quelque chose de très, très difficile à expliquer, presque de l'ordre de l'indicible, en tout cas d'un intime profondément enfoui. Aux jeunes que je rencontre, je réponds par une pirouette. J'ai un parcours assez particulier : manager dans le pétrole américain, si, à 30 ans, on m'avait dit que je serai écrivain un jour, j'aurais hurlé de rire. Ecrire et avoir des responsabilités pétrolière, quand, peu à peu, le  besoin d'écrire est né, puis m'a submergé, j'ai quitté mon job, avec des conséquences économiques et sociales importantes.   Ecrire, c'est donc pour moi répondre à une irrépressible pulsion venue de mon magma, donc à la fois une affaire intérieure traduite par une capacité particulière, l'écriture. C'est aussi l'expression  d'un bonheur, d'une douleur, d'une vanité.

 

·         C’est quoi être écrivain ? Ecrire c’est quoi ?

 

Etre écrivain, c'est ne pas tricher, ne pas être un producteur de l'écrit, suivre sa voie, accepter le regard des autres sur son écriture, c'est aussi avoir le courage de n'être qu'écrivain socio-professionnellement (statut agessa). 

Ecrire, je l'ai développé ci-dessus.

 

 

·         Que penses-tu des écoles américaines dans lesquelles on peut apprendre à écrire ? En France, elles n’existent pas. Quel écrivain es-tu ?

 

Un de mes amis, médecin et afghan, Khaled Hosseini, best seller mondial  (Les cerfs-volants de Kaboul), est issu d'une "writing school", son  exemple n'est pas bon, car, non anglophone, il a été y apprendre la maitrise de l'écriture en langue anglaise. Beaucoup d'écrivains américains ont fait ce chemin, mais peut-être est ce dû au fait qu'ils viennent d'horizons différents, pas forcément littéraire. La plupart des écrivains en France sont des lettrés, avec une dominante d'enseignants. En ce qui me concerne, je ne vois pas ce qu'aurait pu m'apporter et ce que m'apporterais une école d'écriture : elle ne peut donner ni le talent ni le style. Des conseils pour les débutants sans doute, entre autre comment ne pas mélanger les genres, et surtout se guider dans la jungle de l'édition.

 

 

·         Arthur Ténor parle de lui comme étant un « explorateur de l’imaginaire. » As-tu une formule pour te caractériser ?

 

J’ai été le premier éditeur d'Arthur (après sa première tentative ratée), il est l'exemple d'un auteur que j'ai vu formidablement progresser Non seulement il est capable d'explorer l'imaginaire au sens propre et figuré, car lorsqu'il pénètre dans les territoires du fantastique ou de la fantasy, certains de ses héros visitent des mondes imaginaires.


Comme lui, dans le domaine jeunesse, je me représente comme un visiteur des genres du "grand imaginaire", mais dans d'autres types d'ouvrage, je reviens dans un réalisme terrestre.

 

·         L’écriture a-t-elle toujours été en toi ou est-ce quelque chose qui est arrivé tardivement dans ta vie ? Il y a t-il eu un élément déclencheur ?

 

La réponse figure ci-dessus. Je cherche encore s'il y a eu un mécanisme déclencheur. Je dirai que, par la passion constante et précoce de la lecture, par la capacité d'évasion du réel, j'étais prêt. Philippe Delerm écrit actuellement un ouvrage sur "en quoi était-il écrivain quand il n'était pas écrivain", il y aura peut-être un élément de réponse pour moi aussi.

 

·         Pour qui écris-tu ? A moins que ce ne soit pour un public ? Pour être lu ?

 

Je ne suis pas comme Kafka, j'écris pour être lu, j'ai besoin d'une existence de ce que j'écris. Comme je l'ai dit, j'écris pour des publics, et différents : enfants, adolescents, adultes lettrés, adultes. Mes 8 ouvrages sur la Franc-maçonnerie, destinés à des non maçons, sont tous des commandes.

 

·         Le public/l’éditeur t’ont-ils influencé à un moment donné ?

 

La rencontre avec de bons éditeurs, au sens littéraire, m'a beaucoup apporté, c'est une violence salvatrice, je rencontre, en tant qu'éditeur, beaucoup d'auteurs sans talent, qui refusent la remise en cause de leurs écrits. C'est donc au niveau de l'écriture que l'on m'a influencé, mais pas dans mes choix d'écriture, ce qui est ma faiblesse car je suis un auteur "explosé" entre ses tentations.

 

 

·         Cette fameuse imagination, d’où vient-elle ? De quoi t’inspires-tu ?

 

D'abord l'imagination ne fait pas l'auteur, je reçois tant de manuscrits à l'imagination débordante, mais sans écriture, sans écriture, sans remise en cause des influences. Philippe Delerm (encore lui, c'est un ami), n'a guère d'imagination, mais un grand talent pour traduire le quotidien, la mémoire, par son style.

L'imagination a certainement une origine dans un coin de notre cerveau non exploré par les neurologues, mais elle repose aussi sur la mémoire, la sensibilité, le regard et les influences (livres, cinéma, peinture et toutes formes de création).

 

Je m'inspire souvent d'un puzzle qui contient : des souvenirs de vie, de voyages,  d'oeuvres de diverses formes de création, de ce "nowhere" dans mon cerveau, et du mixage de ces éléments.

 

 

·         Comment procèdes-tu pour écrire ? Un plan ? des carnets ?

 

De moins en moins de plan, de moins en moins d'écriture préalable à la main. Mais très souvent, je stocke des idées, des synopsis, des notes... qui peuvent dormir des mois et même de longues années. En fait, ces histoires sont également stockées dans ma mémoire et y poursuivent une vie autonome, pour ressurgir, ou disparaître.

 

 

·         A quel moment de la journée écris-tu ? Avec quoi ? Une heure précise ?

 

Mon meilleur créneau est 14 à 20 heures. Ordinateur maintenant.



As-t besoin d’isolement ?

 

Oui, mais pas dans un lieu précis.

 

 

��         Qui te lis en 1er ? Un proche ? Pourquoi ?

 

En tant qu'éditeur, je déconseille la lecture par des proches, combien de fois ai-je reçu des lettres du genre "ce manuscrit a été lu autour de moi" sous-entendu "par des lettrés aussi valables que vous, il ne vous reste plus qu'à m'éditer". Autrefois, il m'arrivait de lire mes manuscrits pour les petits à mes enfants. Aujourd'hui, il m'arrive de lire, pour des raisons précises, un épisode particulier, mais jamais l'ouvrage. Mon premier lecteur, c'est l'éditeur, seul compétent pour juger mon texte.

 

 

·         Qu’aimerais-tu écrire ? un sujet que tu n’as pas abordé et qui te taraude ? un genre ?

 

Je publie en 2011 mon premier roman fantastique pour adulte, ça me taraudait. Comme j'ai visité beaucoup de pistes littéraires, je ne vois pas ce qui me manque, ou plutôt si : des ouvrages très difficiles à publier car jouant sur écriture et image par exemple.

 

 

·         Ecrire à 4 mains cela te tente-t-il ?

 

Déjà fait en jeunesse avec Alain Surget, ça c'est très bien passé. J'ai aussi coordonné deux recueils de nouvelles de 8 auteurs en adulte déclinant un même thème (un objet/un souvenir, un lieu/un souvenir).

 

 

·         Est-il facile de vivre de sa plume ? Exerces-tu un autre métier ?

 

Après avoir quitté le pétrole, je n'ai plus connu le salariat, j'ai connu une courte période de transition (presse, communication...) , mais j'ai pu très vite vivre uniquement du droit d'auteur, du fait de mes directions de collections.

 

·         Qualités et défauts de l’Homme ? qui rejaillissent sur l’écrivain ?

 

Je ne peux répondre de mes qualités et défaut, je suis un  vaniteux tempéré, mais pas un égotiste.

 

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POURQUOI ce BLOG ?

 Le BLOG consacré
aux AUTEURS,
à la LITTERATURE JEUNESSE
et à L'ECRITURE
.

Enfants 1 199La lecture est une nécessité dans le monde moderne. Elle permet de maîtriser la langue, de développer l’imaginaire, de structurer la pensée, d’accéder au savoir, d'acquérir du vocabulaire... C’est pourquoi parents et enseignants se lamentent lorsque les enfants ne lisent pas et les ados encore moins. Pourtant, ils prendront PLAISIR à lire... pur cela, il suffit de les juindécembre2010 225aider à ouvrir la porte.

 

 

 

 

 

 

  

 

 

  

 

 Avec ce blog, j'aimerais :
 * faire découvrir la littérature jeunesse,l'écriture et les auteurs pour la jeunesse
partager une passion et pourquoi pas donner envie de lire et de rêver entre les pages.  

juindécembre2010 260Le livre est une véritable source de plaisir, de joie et d'émotion. Beaucoup d’élèves disent ne pas aimer lire. Je ne suis pas loin de penser que TOUS aiment lire, sans exception ! Le plus difficile pour eux est de parvenir à trouver dans la masse, LE livre, celui qui ne va pas les endormir… juindécembre2010 227LE LIVRE, celui qui va leur "parler", le livre qui leur correspond, le livre qui va leur remuer les tripes, les boyaux, les neurones, la tête !!!  

Enfants 1 178-copie-1Personne n'aime lire toutes les histoires, tous les livres. Evidemment. Il existe donc des "critères" à appliquer pour trouver et emprunter la perle, le livre qui va faire définitivement plonger dans le plaisir de lire !

Dans le livre on fait de merveilleuses rencontres, on découvre plein d'amis, on voyage, on s'ouvre sur le monde, on vit des aventures que l'on ne connaîtra jamais dans la vie de tous les jours : on embrasse des princesses, on escalade des rochers, on "zigouille" les méchants, on galope sur des chevaux lancés à la poursuite de terribles bandits ... bref, on fait de fabuleux voyages pour... "sourire, rêver et aimer" (Lisez "Le type" de Philippe Barbeau.) !!

Enfants 1 258Dans ce blog, il sera question des hommes et des femmes qui écrivent : les écrivains pour la jeunesse. Les ouvrages de littérature jeunesse de qualité seront présentés, racontés, "décortiqués"...
Vous lirez des interviews de professionnels, vous découvrirez des portraits, le monde de la chaîne du livre (éditeurs, imprimeurs, libraires...), vous trouverez également des conseils, vous ferez des rencontres, participerez à des débats, vous lirez des expériences d'animations pédagogiques autour des livres, vous découvrirez des "paroles" d'élèves, d'enseignants, des textes et.... plein d'autres choses encore !

juindécembre2010 224

 Brigitte Coppin 015
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    "Les gens qui aiment lire sont rarement des salauds !"
Xavier-Laurent PETIT
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  SPECTACLES

   

  "Salomon, vous vous rendez-compte ?"

de Christophe Boutier

 

spectacle radeau 010 

 

Sa majesté des couches"

de Christophe Boutier  

 

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  Une comédie en V actes écrite et mise en scène par Christophe Boutier

L’histoire de la séduction, de l’enfant et de sa famille depuis la préhistoire jusqu’à l’enfant-roi du XXIème siècle.

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Sur scène, il y avait :

- 14 comédiens 

- Six musiciens professionnels dont Michel Léger, accompagnateur de vedettes de la chanson et du cabaret, telles que La Bande à Basile, Daniel Guichard, Zanini, Jean Constantin, André Aubert (Don Patillo)...

- la chorale du collège de Xavier Bélanger (professeur d'éducation musicale qui a mis en musique le spectacle) qui a interprété des chansons de variété en rapport avec l'enfance.

- des projections murales assurées par les élèves de l'option image (Eddy Dabrigeon...) du collège, option dirigée par Cécile Cotten,  professeur d’Arts plastiques.

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Les spectacles précédents

 

2013- Le temps du maquis"

2012 - "Salomon, vous vous rendez compte ?"

2011 - "Sa majesté des couches"(Gannat)

2010 - "Hommes-Femmes, nos amis les bêtes"  : 2ème épisode (Gannat)

2010 - "Un zèbre sur la banquise" (Gannat)

2009 - "Hommes-Femmes, nos amis les bêtes " : 1er épisode (Lapalisse)

2008 - "La farce vaudevillesquement tragique de la chambre forte du jugement dernier. " (Lapalisse)

2007 - "Le terrier zeixcoussois en Zinzinmouli ou la complainte des comédiens en danger" (Saint- Prix)

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    Un grand MERCI donc à tous les écrivains jeunesse
 que j'épuise et à qui je donne mal à la tête !!!
Ah ! Ah !!

Enfants 1 224Christian Grenier, Eric Boisset, Alain Grousset, Alain Surget, Béatrice Nicodème, Anne-Marie Desplat-Duc, Susie Morgenstern, Arthur Ténor, Hubert Ben Kemoun, Jean-Côme Noguès, Marc Séassau, Fabrice Colin,  Lorris Murail, Roger Judenne, Philippe Barbeau, Anne Ferrier, Evelyne Brisou-Pellen, Eric Sanvoisin, Christophe Léon, Jean-Luc Luciani, Béatrice Egémar, Magali Herbert, Guy Jimenes, Jean-Claude Mourlevat, Raymond Perrin, Jean-Baptiste Evette, Marc Cantin, Claire Gratias, Christophe Miraucourt, Xavier Bascour, François Librini, René Gouichoux, Yaël Hassan, Jean-Marc Ligny, Marie-Aude Murail, Cécile Roumiguière, Brigitte Coppin, Dorothée Piatek, Sophie Audouin-Mamikonian, Fanny Joly, Johan Héliot, Jack Chaboud, Jean-Luc Marcastel, Stéphane Daniel, Emmanuelle et Benoît de Saint Chamas, Jean-Paul Gourévitch, Michèle Laframboise., Florence Hinckel, Christophe Loupy, Lénia Major, Viviane Koenig, Marie Mélisou..

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
     

... évoque le BLOG sur la littérature jeunesse.

 

"Des conseils pratiques de pro à pro, des interviews délicieuses et des
articles écrits par des écrivains ou des éditeurs, des bibliographies,
des réflexions sur la littérature jeunesse, des coups de coeur et
 des anecdotes...On trouvera tout cela (!) sur le blog de C
hristophe
Boutier, professeur documentaliste  au collège de Gannat (Allier).

Les petits articles de réflexion sur certains aspects de la littérature
jeunesse sont parmi les plus intéressants, d'autant plus qu'ils soulèvent
parfois des points souvent peu vus : les genres relevant de l'imaginaire
et les critères de classification (science fiction, fantasy...), les styles
d'écriture (classique, moderne…), ou encore le souci de la véracité dans
les romans historiques jeunesse.

En plus de cela, on trouvera une liste impressionnante de sites
d'écrivains  et des ressources diverses et variées qui émaillent les
articles (liens vers des  sites de séries jeunesse, des conférences
en ligne...), des « trucs et astuces » de Doc pour aimer et faire
aimer la lecture, des bibliographies...

Si la mise en page gagnerait à être un peu plus claire et lisible, le côté
bric-à-brac (où on flâne volontiers de longs moments) perdrait de son
charme...

Par un prof-doc amoureux et défenseur acharné de la littérature
jeunesse.
"

 

Rubriques

CULTURE au CDI de Gannat

Collège de Gannat (03)

" Fête de la culture, de la lecture et de l'écriture"

  Mai 2013 - 4ème édition

Eric Boisset 

Mai 2013 145

ArthuArthur Ténor 024r Ténor

Alain Surget 

Alain Surget 053

 

Mai 2012 - 3ème édition

 Jean-Luc Marcastel

jean-luc-MARCASTEL-010.jpg

Brigitte Coppin 

      Brigitte-Coppin-013.jpg

 

Mai 2011 - 2ème édition

Philippe Barbeau, Christian Couty

juindécembre2010 236

Béatrice Nicodème

 

juindecembre2010-245.jpg

 

Juin 2010 - la 1ère édition :

 

Alain GROUSSETet Christian GRENIERétaient parmi nous pour évoquer la Science-Fiction (SF) etpour débattre des nouvelles technologiesqui pourraient "tuer » les livres...

 Enfants 1 196

  -----------------

Le nouveau spectacle du collège

Joseph Hennequin de Gannat, dans l’Allier.

 

 

La troupe de théâtre du collège Hennequin, composée cette année de 30 comédiens issus des quatre niveaux de classes, a réalisé un film (un vrai ! en noir et blanc)écrit par Christophe Boutier, professeur documentaliste, « Le temps du maquis» (vendredi 14 juin 2013, centre socio culturel de Gannat). Xavier Bélanger, professeur d’Education musicale, assurera la mise en musique.

Ce film présente la dure réalité de la vie quotidienne et clandestine, au milieu de la forêt,d’hommes et de femmes – les maquisards - remarquablement courageux qui recoururent, au péril de leur vie, à la guérilla pour s’attaquer à la milice du Maréchal Pétain et aux troupes d’occupation allemande.

Ce spectacle entre dans le cadre du projet « Devoir de mémoire », une option du collège menée en classe de 3ème. Les 16 élèves de cette option dirigée par M. Bellet, professeur d'Histoire, présenteront la soirée :

En 1ère partie, un court métrage : Roger VENUAT, résistant dans le maquis de Hérisson (Allier, 03), au collège Joseph Hennequin.

En 2ème partie, la pièce de théâtre, « Le temps du maquis »

ENTREE GRATUITE

  

QUI SUIS-JE ?

Je suis Christophe BOUTIER, professeur documentaliste au collège de Gannat (1 rue Joseph Hennequin. 03800 GANNAT) , dans l’Allier, en Auvergne.

Passionné par la littérature jeunesse, l'écriture, la lecture... j'ai découvert, grâce à ma profession cette littérature - une vraie littérature ! - qui comporte de magnifiques textes. Et derrière des mots adressés, peut-être davantage aux enfants, aux adolescents - quoi qu'un bon texte doit pouvoir être lu par tous sans aucune histoire d'âge ! - se cachent des écrivains adorables, des personnes d'une incroyable richesse humaine, intellectuelle et culturelle, des gens de talent que j'ai/j'ai eu la chance pour certains de côtoyer !

Aujourd'hui, j'éprouve le besoin de partager mon amour des auteurs jeunesse et de leur oeuvre ! je compte également sur vous lecteurs pour faire vivre ce blog, mutualiser nos expériences, nos connaissances, nos réflexions et... débattre.

 
Mon autre BLOG, celui du CDI du collège de GANNAT :
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