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  • : Le blog de CHRISTOPHE BOUTIER, professeur documentaliste au collège de St Germain-des-Fossés, dans l'Allier
  • : Blog qui a pour objectif de parler de la littérature jeunesse, des écrivains jeunesse... pour donner le goût de lire aux adolescents. L'objectif est également d'intéresser à la culture. Il s'agit aussi de faire découvrir cette littérature à part entière aux adultes.
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Le Vampire Du Cdi

  • Le cédéiste
  • Je suis le "VAMPIRE d'un CDI" auvergnat !

ANECDOTES

Pierre BOTTERO,

le Seigneur des ados !

 

Pierre Bottero était fier d’être un auteur jeunesse - une littérature qui n’a rien à envier en qualité à la littérature « vieillesse. » S’il n’était pas qu’un auteur de fantasy, il faut bien reconnaître que c’est à cette littérature de l’Imaginaire qu’il dût son incroyable succès !

Dès l’enfance, il tombait dans la marmite de la fantasy. Il dévorait Tolkien (Un choc ! S’en suivi, plus tard, l’idée que la fantasy ne pouvait s’écrire que sous la forme d’une trilogie), Zelasny, Farmer, Moorcock, Vinge, Howard… Les grands noms qui allaient lui permettre de devenir l’auteur que nous connaissons. Plus tard, il appréciera les auteurs « jeunesse » tels que Erik L’homme, Hervé Jubert, Fabrice Colin ou Philip Pullman, Eoin Colfer pour ne citer qu’eux. Il n’y a pas de concurrence en littérature jeunesse, les auteurs s’apprécient, se côtoient, se téléphonent, se rencontrent, se parlent, rêvent ensemble d’histoires communes. Ainsi Erik L’Homme et Pierre imaginaient ensemble, « A comme assassins »…

De ses lectures, Pierre Bottero ne devait pas ressortir indemne.

C’est par hasard qu’il se lançait dans l’écriture, pour aider sa fille qui séchait devant un concours d'écriture : il rédigeait quelques pages sur son ordinateur, se piquait au jeu, poursuivait (son épouse réclamait la suite), envoyait le texte à un éditeur qui le publiait... Il était dit qu’il n’arrêterait plu. Marqué à tout jamais par Tolkien, il était évident qu’un jour, il s’essaierait à la fantasy. C’est ainsi que naquirent « La quête d’Ewilan », « Les mondes d’Ewilan » et « Le pacte des Machombres. »

 

 

 

Pierre Bottero se fichait éperdument du cadre dans lequel on allait placer ses romans. Mais pour les « techniciens, l’auteur lui-même évoquait la Low Fantasy. Il s’agit d’une low fantasy - inspirée par ses jeux d'enfant, ses rêves d'adulte, ses lectures et les émotions ressenties au quotidien - dans laquelle existe un équilibre entre le bien et le mal, le courage, la volonté et la détermination où domine le désir de tout ramener à des intérêts individuels (égoïsme forcené, aveuglement quant à la mise en danger des équilibres…). Un parallèle pourrait d’ailleurs être établi entre le chaos décrit et notre monde réel. Mais attention. Les propos de Pierre ne demeurent pas sombres, ils restent optimistes. Pour avancer ! Avec pour personnages principaux des… femmes. Pierre était fondamentalement féministe. Il aimait à dire qu’il y avait moins de « cons » chez elles que chez les hommes. Toutefois, Pierer Bottero n’a jamais cherché à donner des leçons, il se méfiait trop pour cela des « transmetteurs » de valeurs et des donneurs de leçons. Le livre était pour lui un objet de partage.

Ce partage, il l’avait avec sa famille qui appréciait ce qu’il écrivait et qui le rassurait : Claudine, son épouse, ses deux filles lisaient ce qu’il écrivait avant publication.

 

 

 

Lorsque Pierre Bottero était invité dans un salon du livre pour une dédicace, il faisait partie des auteurs les plus demandés (il ne faisait pas bon signer à côté de lui !) : les impressionnantes files d’attentes composées de lecteurs (jeunes et moins… jeunes !) en témoignaient. C’est avec émotion qu’ils recevaient tous les messages de sympathie et… d’amour. Ses livres touchaient, ses histoires permettaient le partage et faisaient rêver, Pierre vivait alors une aventure … magique.

Il avait beau affolé le compteur des ventes, ce qui avait un réel impact sur lui, c’était :  de percevoir la flamme dans les yeux de ses « fans » (euh ! il n’aimait pas le mot), de recevoir leurs avis, de parler avec eux.

Tant d’amour le gonflait à bloc et lui transmettait une énergie positive.

C’est pourquoi, ce succès (qui lui permit d’abandonner son métier d’instituteur) qu’il percevait intensément, à la fois avec bonheur (évidemment !) et tranquillité, lui donnait également un sentiment de responsabilité. Ainsi, s’il savait se montrer reconnaissant envers ceux qui l’avaient aidé à améliorer son écriture (Caroline Westberg, son éditrice chez Rageot), il avait également de la considération pour ce public à qui il devait tant. Quand vous rencontriez Pierre, assis derrière sa table de dédicace, vous aviez le sentiment qu’il n’attendait que vous ! Pierre veillait soigneusement à être proche de son « public », un de ses… bonheurs. Il respectait humainement ses visiteurs et ses lecteurs en leur offrant des histoires dont il voulait qu’elles évitent facilité et démagogie. Il apportait ainsi beaucoup de soin et d’exigences aux corrections, un travail exigeant, vorace en temps et en énergie.

 

L’écriture de Pierre Bottero avec « Le pacte des marchombres » avait atteint une belle maturité. C’est ce que Pierre lui-même soulignait quand il affirmait que « c’est en écrivant qu’on apprend à écrire. » En effet, cette dernière trilogie qui met en scène le personnage d’Ellana est moins légère, plus complexe, que celle de « La quête d’Ewilan » : l’auteur avait eu le sentiment d’avoir grandi, évolué et de s’être trouvé, un sentiment accompagné par le désir de partager encore davantage avec le lecteur. Pierre Bottero était un homme intègre, voilà pourquoi il continue d’être autant aimé. A la lecture de ses trilogies, cette sincérité transpire. Pierre prenait un immense plaisir à écrire, à « rêver », à imaginer le monde (issu d’un vieux rêve de liberté absolue) d’Ewilan, d'Ellana. Il prenait un immense plaisir lorsque d’autres que lui se baladaient dans "ses" mondes. Pierre Bottero écrivait pour être lu mais aussi pour explorer des contrées inconnues (se connaître lui-même ?) et entraîner à sa suite tous ceux qui étaient tentés par l'aventure... Quand il mettait le point final, c’était à la fois une joie (celle d’avoir terminée et d’être satisfait du résultat) et une déchirure (celle de quitter l’univers crée)… Un sentiment d'être coupé d'une part de soi-même avec l’irrésistible envie de replonger très vite.

 

Pierre le « poète » accordait beaucoup d’importance au travail de réflexion qui précède l’écriture. Lorsqu’il attaquait le premier chapitre d’un roman, la trame générale était dans son esprit, il connaissait très bien ses personnages. Ensuite, plongé dans le cœur du roman, il écrivait sans arrêt, du matin au soir, parfois pendant la nuit. Puis, il pouvait ne plus écrire pendant des semaines Enfin, presque car il écrivait toujours… dans sa tête. Quand il n’écrivait pas, il écrivait sans écrire. Pierre était un homme normal qui aimait lire, courir, menuiser, bucheronner, voyager, rencontrer, parler, rêver… et sourire ! Ah, ce sourire !I

L’écriture de Pierre était une écriture « vraie », sans complaisance, une écriture qui venait des tripes, un cadeau offert au lecteur. Il n’était satisfait que si les mots qu’il employait correspondaient réellement à ce qu’il souhaitait écrire. Cette honnêteté, il la devait à ses lecteurs. Pierre était un travailleur qui reprenait, sans cesse, son récit, la cohérence, le fond, la forme… C’est pourquoi il prenait grand soin, malgré les pressions des lecteurs, de ne pas chercher à publier, à tout prix, trop rapidement. Il était persuadé qu’il valait mieux patienter et faire patienter plutôt que de se décevoir et décevoir. Il pendait qu’il fallait laisser le temps à l’histoire de pousser, à son rythme...

 

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   "Le Loup à la voix de miel"
Marc SEASSAU (Grasset jeunesse)

J’ai fait venir dans le collège où je travaillais alors, l’écrivain Marc Séassau.  La journée fut belle et pleine d’émotion notamment lorsque Marc anima une rencontre à deux voix (j’adore organiser ce genre de rencontres : 2 auteurs face à une classe en même temps !) avec Jean-Côme NOGUES qu’il avait adoré lire lorsqu’il était ado.

Marc Séassau a écrit ce roman « Le loup à la voix de miel » parce qu’il a été marqué par sa convocation comme juré dans une affaire de viol. Dans son récit, il narre l’entrée en 6ème d’une petite fille qui, anonymement, dépose des extraits de « Peau d’âne » dans les poches, de sa « marraine », une élève de 3ème.  L’appel au secours était évident !

Cette rencontre a déclenché un phénomène pour le moins inattendu dont j'ai été le témoin, involontaire : il m'a fallu trois semaines pour comprendre ce qui m’arrivais !

Je trouvais régulièrement par terre, dans le CDI, toujours disposées par deux, des photos représentants des scènes classiques de la vie d'une famille avec une de nos élèves de 6ème (anniversaires...). J'ai évidemment rendu ces photos à l'élève qui, agressive, semblait ne pas comprendre pourquoi je détenais son bien. C'est tout juste si elle acceptait de reconnaître qu'il s'agissait d'elle sur les clichés ! Ces scènes se sont régulièrement reproduites ( trois, quatre fois pendant trois semaines) jusqu'au jour où j'ai eu un déclic  : une seule photo sur le sol évoquant la petite sur les genoux d'un homme. J'ai de suite compris (Peau d’âne !), j'ai alerté l'infirmière, la Principale du collège... Cette élève avait eu l’idée de reproduire ce que l’héroïne du roman faisait.
Voilà ce qu'uns simple rencontre d'écrivain peut entraîner en dehors du plaisir de lire.
Le roman avait libéré la parole de l’élève !


Nous en avons évidemment parlé avec Marc Séassau qui était évidemment KO : comment ne pas l'être ? Il avait écrit ce roman un peu dans un but pédagogique mais quand la réalité dépasse la fiction...

Recherche

PERLES de LECTURE

 Le collège de Gannat

 a voyagé dans le temps !

 

 Après la lecture des romans historiques jeunesse de Béatrice Nicodème....

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« Oyez ! Oyez gente dames et damoiseaux ! Entrez dans le Moyen Age ! » Ainsi s’est écrié le troubadour, jeudi 9 juin 2011, dans la plaine gannatoise : deux cent élèves de 5ème du collège Hennequin et CM2 des écoles du Malcourlet, de Pasteur et de Jean Jaurès ont bravement et « prestement » effectué le « pas sur le côté » pour revêtir leur cotte de maille et ainsi plonger en plein XIVème siècle.

  

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  Pour rendre vivant et attractif le Moyen Age, période étudiée en classe et encore largement visible dans la cité des portes occitanes, Gannat, douze comédiens et cascadeurs professionnels de la compagnie toulousaine ARMUTAN, ont chevauché leurs destriers pour répondre à l’olifant de Christophe Boutier, professeur documentaliste, initiateur de cet imposant projet, « Cultures, loisirs et genres de vie au Moyen Age », un projet fédérateur d’énergie d’une année.

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Un campement faits de plusieurs tentes, de peaux de bêtes, de râteliers d’armes, de tonneaux… a été établi dans la partie herbeuse et arborée de l’établissement scolaire. Les écuyers – élèves, aux yeux brillant de plaisir, répartis en six « compagnies » de « routiers » qui répondaient au nom d’un  célèbre homme de guerre, du Guesclin, Prince noir ou bien d’un roi, Philippe Auguste…ont défilé avec leurs bannières dans les sept ateliers pédagogiques pendant six heures.  Ainsi, ils ont été initiés à l’archerie, au maniement des armes, au combat rapproché, à l’héraldique – l’art de faire son blason – à la danse, aux instruments et à la musique, à la jonglerie… Le capitaine « Barbepeste » et ses sbires ont alors conquis la « piétaille » qui après explications et démonstrations, devait mettre en pratique l’enseignement de leurs maîtres…  

   336.JPG

 Les corps fatigués furent réparés par le succulent banquet médiéval régional (tortillons gannatois, galichons d’Escurolles, fromages de chèvres de Bellenaves, Fraises bourbonnaises sur lit de fromage blanc de campagne de Cérilly étaient inscrits sur le très beau papier imprimé à l’ancienne par le moulin Richard de Bas ), pris en musique, et proposé par le chef, Sylvain Bruno. Une projection d’images, capturées dans la matinée, proposées par les élèves de l’atelier image du collège lors du repas, a également ravi les convives.

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En fin d'après-midi, les petits occitans, tout sourire, étaient regroupés pour assister à un spectacle de jongleries burlesques proposées par « Grand mètres Yann »,  à de la poésie lyrique, et à une impressionnante saynète de combats à l’épée accompagnée par la musique du groupe DAYAZELL.

 

Quel bonheur ! Quelle joie d'avoir vu les yeux des enfants pétiller de plaisir ! Quel  moment de vie ! Il ne fait aucun doute que cette journée unanimement saluée comme étant extraordinaire restera gravée dans les mémoires.

  351.JPG Alors, un grand MERCI à tous ceux qui ont participé à la réussite du projet ! Les personnels du collège Hennequin, la mairie de Gannat, les mécènes, les comédiens si sympathiques et bien sûr…les élèves !

 

Pour en savoir davantage :

 

RV sur le blog du collège de Gannat (03),

une 100e de photos...

 

http://cdi.gannat.over-blog.com/

 

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A propos de ce blog !

 

Lu dans « La nouvelle encyclopédie des filles 2011 » de Sonia Feertchak ((Plon)

 

« Le blog passionné et passionnant d’un professeur documentaliste  fou de littérature jeunesse, pour « sourire, rêver, aimer ». Des articles vivants sur la lecture, qui donnent envie de découvrir plein de livres et autant d’auteurs

 

 

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A lire, vraiment !




 

 

 

 

 

 

 

 

   

A travers de nombreuses anecdotes Christian Grenier évoque son enfance placée sous le signe du théâtre et de la lecture, son adolescence marquée par l'écriture et la passion. Il relate son parcours d'enseignant, d'auteur mais aussi de lecteur-correcteur, journaliste, scénariste et directeur de collection. Il se penche également sur les mécanismes intimes de l'imaginaire, détaille la genèse de ses oeuvres et fait pénétrer le lecteur dans les coulisses de l'écriture et de l'édition. Enfin il s'interroge sur les principes qui font d'une fiction un récit pour la jeunesse. Regorgeant de confessions, de convictions et de passion, ce témoignage d'une vie consacrée à la littérature jeunesse se lit comme un roman.
 

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Le MOT du JOUR : ......

    "Des millions de gens vivent sans lire, mais ce qu'ils ignorent,

c'est qu'on vit infiniment plus en lisant."

Xavier-Laurent PETIT

  

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Je vous livre l'adresse du blog de mon nouveau cdi et collège : http://colllafontaine.over-blog.com/

 

depuis octobre 2009

 

 

9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 10:52

 

Alors, Christophe, pourquoi écris-tu ? Est-ce quelque chose de facile à expliquer ?

Quand on me pose cette question, je réponds que je peux m'arrêter de respirer
mais pas d'écrire. J'ai toujours écrit, même quand j'étais gamin et je ne me
suis jamais arrêté. C'est plus fort que moi. Je dois écrire.

C’est quoi être écrivain ? Ecrire c’est quoi ?

C'est l'envie de partager son imaginaire avec d'autres et rester stupéfait que
ses récits trouvent un écho chez les autres. C'est aussi avoir l'esprit ouvert
au monde extérieur, et repérer, entendre, voir des choses insignifiantes pour la
plupart des personnes mais qui sous ta plume donnent naissance à un récit.
Ecrire, c'est... une thérapie ??

Que penses-tu des écoles américaines dans lesquelles on peut
apprendre à écrire ?

En France, elles n’existent pas.

Quel écrivain es-tu ?

J'aurais trouvé formidable d'aller dans une telle école. Je me suis "fabriqué"
seul et il m'a fallu 10 longues années avant qu'un 1er texte trouve preneur.
J'ai travaillé seul mon écriture, mon style et j'aurais certainement gagné du
temps si on m'avait appris le B.A BA de l'écriture.

Arthur Ténor parle de lui comme étant un « explorateur de
l’imaginaire. As-tu une formule pour te caractériser ?

Une autre formule que j'aime bien: écrire, c'est mentir vrai. Je suis donc un
menteur.

L’écriture a-t-elle toujours été en toi ou est-ce quelque
chose qui est arrivé tardivement dans ta vie ? Il y a t-il eu un élément
déclencheur ?

J'ai toujours écrit. Quand j'avais 10-11 ans, je participais à des concours
d'écriture, pour être publié.

Pour qui écris-tu ? A moins que ce ne soit pour un public ? Pour
être lu ?

Forcément pour être lu. Sinon, j'aurais gardé mes histoires pour ma famille.
D'ailleurs, pendant les 10 ans de "désertitude", je n'ai jamais cherché à me
faire éditer à compte d'auteur. Si mes textes étaient intéressants, alors un
éditeur les remarquerait, un jour.

Le public, l’éditeur t’ont-ils influencé à un moment donné ?

Non, pas du tout. J'ai écrit les livres que j'avais envie d'écrire. Et par
chance, mes thèmes ont rencontré un public. Je crois que si on aime quelque
chose, on le fait partager et ça fonctionne.

Cette fameuse imagination, d’où vient-elle ? De quoi
 t’inspires-tu ?

Elle vient de tout ce qui m'entoure: une phrase, un paysage, une photo, un mot,
une situation. Tout est prétexte à démarrer un nouveau récit.

Comment procèdes-tu pour écrire ? Un plan ? des carnets ?

J'ai une pochette par histoire en cours. J'y glisse les idées, les phrases, les
personnages qui veulent bien faire partie de ces récits. Je fais un découpage
par chapitre avec un petit résumé de ce que je vais y mettre et surtout,
surtout, j'ai besoin de connaitre la fin pour écrire.

A quel moment de la journée écris-tu ? Avec quoi ? Une heure
précise ? As-tu besoin d’isolement ?

Je n'ai pas spécialement de rite pour me mettre à écrire. Mais les idées
viennent beaucoup plus facilement quand je suis en vacances et ailleurs que chez
moi. Le dépaysement semble avoir une très bonne influence sur moi!
Et je peux écrire avec du monde autour. De toute façon, quand j'écris, je
n'entends rien.

Qui te lis en 1er ? Un proche ? Pourquoi ?

Ma femme! Elle n'hésite pas à me dire ce qui ne lui plait pas. Et les rares fois
où je n'ai pas suivi ses conseils, l'éditeur me faisait les mêmes commentaires!

Qu’aimerais-tu écrire ? un sujet que tu n’as pas abordé et
qui te taraude ? un genre ?

J'aimerais écrire pour une nouvelle tranche d'âge qui est celle des adolescents.
D'ailleurs, j'ai ouvert une nouvelle pochette et j'établis le casting de mes
personnages et de différentes situations. Pour moi c'est un vrai challenge,
parce que mes histoires concernent plutôt les 6/10 ans.

Ecrire à  4 mains cela te tente-t-il ?

Pourquoi pas, mais j'ai un complexe d'infériorité: je pense ne pas avoir assez
de talent pour que des auteurs que j'admire en aient envie.
Bon et puis évidemment, il faut un sujet qui s'y prête.

Est-il facile de vivre de sa plume ? Exerces-tu un autre métier ?

La question qui fait pleurer! Non, je ne peux pas en vivre. Il faudrait que
j'écrive davantage ou que mes livres connaissent un plus grand succès, mais
actuellement, ce n'est pas le cas. C'est pourquoi je suis instituteur. Et plus
précisément enseignant spécialisé (maître E pour les intimes). Je ne travaille
qu'avec des élèves en difficulté scolaire. Et comme ce travail prend beaucoup de temps, je n'en ai plus pour écrire. Ce qui
explique que j'écrive surtout pendant les vacances.

Qualités et défauts de l’Homme ? qui rejaillissent sur
l’écrivain ?

La paresse! Je me laisse facilement tenter par un feuilleton débile ou encore un
bon livre. (Oui parce que le mauvais je le referme).
Du coup, quand je dois - je veux écrire, je débranche la télé et je n'achète
aucun livre. Une qualité: de l'humour, qui je crois, se retrouve dans mes livres.

 

L’auteur aujourd’hui


Comment se situe l’auteur aujourd’hui par rapport à l’auteur des débuts ? Il y a-t-il une différence (style, pensée, méthode…)

L'auteur aujourd'hui a plus de recul sur son travail. Je sais construire un
récit qui se tienne, j'ai une idée assez précise de mon style et je sais aussi
comment je fonctionne quand j'écris.


Quelle est ta définition de l’auteur jeunesse ? En es-tu un ?

Un peu basique, ma définition: un auteur dont les textes sont faits pour être
lus par des enfants (ou adolescents)Le choix des thèmes, le vocabulaire est
spécifiquement adapté à l'âge des lecteurs. N'ayant jamais publié pour adultes,
je me considère donc comme un auteur jeunesse.


Tes personnages

Comment crées-tu tes personnages ?

Pas vraiment de démarche. Souvent un caractère d'élève qui me semble avoir un
intérêt pour un personnage.

Est-ce que ce sont tes personnages qui te mènent ? Par exemple,
peuvent-ils te faire changer de voie en cours d’écriture ?

Comme je connais la fin de mes récits, ils peuvent, à l'intérieur du livre,
vivre leur vie. Il faut que leurs actes soient cohérents avec leur personnalité.
Alors parfois, oui, ils m'échappent un peu.

Qu’aimes-tu le plus dans la création du personnage ? L’aspect
psychologique ?

En fait, le format et les thèmes de mes livres ne se sont pas trop au développement
psychologique de mes personnages. C'est plus à travers leurs actes qu'on peut en
déduite les traits de leur personnalité.

Quel est le personnage que tu as crée et qui ta posé le plus
de souci. Pourquoi ?

Là, je sèche. Je n'ai pas l'impression d'avoir eu d réelle difficulté de ce côté
là. Si mon personnage n'a pas de consistance, je ne lui écris pas d'histoire.

Quel personnage de papier que tu as inventé aimes-tu le plus ?

Ca c'est une question difficile. J'ai envie de répondre "Anaïs" qui est un
garçon manqué, dans "Vacances surprise". Christophe Besse, l'illustrateur, lui a
donné tellement d'énergie, qu'elle est devenue familière.

Les lieux

Comment t’inspires-tu pour créer un lieu ? Une atmosphère ?


Oui, c'est ça, une atmosphère. Quand il m'arrive de partir à l'étranger,
j'essaie de capter l'atmosphère du lieu et je me demande comment je traduirais
ça si j'avais à l'écrire.

Te rends-tu sur place ? Visites-tu beaucoup ?

Oui mais pas dans le but d'enrichir un récit. je fais l'inverse. Je vais quelque
part et si l'endroit me touche, je l'utilise.

Est-il facile de partir de rien ou de ce que ce qu’on connaît ?

Pour moi de ce que je connais. Mais en même temps, ça dépend de ce que tu
écris. Si ton roman est vraiment ancré dans la réalité, c'est mieux si tu
décris correctement l'environnement du paysage. Si tu es dans l'imaginaire le
plus total, alors là...

Le style, la phrase, le mot :

Quelle est la phrase qui te pose le plus de souci dans
l’écriture ? L’incipit ?

Oui, l'incipit, souvent. C'est vraiment ce qui va donner le ton à ton livre et
je recommence souvent le début de mes histoires. Encore tout récemment, pour un
texte destiné à la presse, je butais à peu près à la moitié de l'histoire.
J'avais beau me creuser la tête, impossible de dépasser ce passage.
Jusqu'à ce que je reprenne complètement le début (le fond et la forme) et
l'histoire s'est écrite facilement.

Quel style préfères-tu ? style indirect libre, « je » ou « il » ?

Le travail pour la presse m'a beaucoup habitué au "je".

As-tu la plume facile ? Est-ce laborieux ? Te faut-il raturer
beaucoup ?

C'est laborieux, difficile. Je fais 40 brouillons avant d'être à peu près
satisfait. Je dois d'abord écrire à la main avant de taper mon texte à l'ordi.

Comment définirais-tu ton style ?


Des phrases courtes, de l'humour, parfois un peu de poésie (disons quelques mots
qui riment), un vocabulaire assez simple, des comparaisons amusantes pour que le
lecteur adhère à mon propos.

Combien dure la phase avant l’écriture (recherches) ? Et la
phase d’écriture ? Combien écris-tu de livres par an ?

Tout ça est très variable. La phase de recherche varie de quelques semaines à
plusieurs années. La phase d'écriture: selon le temps dont je dispose et
l'épaisseur du livre: quelques semaines à de nombreux mois; Voire plus si pas
d'affinités.Je suis satisfait quand j'ai 4 parutions par an, en presse ou en édition. Je
n'ai pas le temps d'écrire plus et encore moins depuis que je me suis mis à
créer des jeux de société à usage pédagogique.

Quelle phase préfères-tu ? La recherche des idées ? l’écriture ?

L'écriture, parce que c'est le moment où tout ce que tu as imaginé prend forme.

Quel place a le mot dans tes romans ? Le vocabulaire est-il très
important pour toi ?

Le vocabulaire est très important parce que c'est une des raisons pour
lesquelles mes textes n'étaient jamais retenus. En tant que lecteur et instit,
j'avais une idée assez précise du vocabulaire à mettre et sans m'en rendre
compte, j'utilisais des expressions passées de mode ou "cliché". (Opiner du chef
...). J'ai donc fait le ménage et dépoussiéré tout ça!

Fais-tu attention à la longueur de tes phrases ? Pierre Bottero
faisait des phrases courtes ; parfois, il ne les finissait pas pour laisser
le soin au lecteur d’imaginer, de rêver et donc de les terminer lui-même.


Oui, des phrases courtes à chaque fois! Parfois sans verbe pour les rendre
percutantes.

 

 

 

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Published by Le cédéiste - dans INTERVIEWS du Cédéiste
commenter cet article
9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 10:51


Qu’est-ce qui fait que pour toi, une phrase est bonne ?

Quand je me relis à voix haute, elle doit couler comme un verre de bon vin.

Utilises-tu beaucoup de documentation ?

Uniquement si je situe mon récit dans un endroit qui ne m'est pas très familier,
ou pour enrichir mon vocabulaire dans un domaine précis.

La littérature


La littérature c’est quoi ? Cela sous entend que tout ne serait
pas littérature.


Un livre qu'on a envie de partager avec d'autres. Qui provoque des émotions (du
rire aux larmes).

Qu’est-ce ce que la littérature jeunesse ? Une littérature à
part entière ?

Je ne peux répondre qu'affirmativement! Une littérature qui n'est pas faite pour
les vieux (!). (Bien que ce soient souvent les adultes qui choisissent les
livres lus par leurs enfants).

Faut-il lire les classiques ? Pourquoi ?

Certainement, même si je ne suis pas un bon exemple. Des classiques, j'en ai lu
pendant mes années lycée. On ne peut que s'enrichir en les lisant.

L’avenir du livre ? As-tu un avis dessus ? Les nouvelles technologies vont-elles le tuer ?


C'est une autre façon de lire, mais elle ne m'inquiète pas. Elle s'adresse
surtout aux passionnés de nouvelles technologies. Je pense même que ça peut
rendre service. Tu pars en vacances avec plusieurs milliers de livres. C'est pas
mal comme choix.

Le fruit de ton imagination :

Comment définis-tu tes écrits ? Qu’est-ce qui te guide ? te pousse ? te fait avancer ?

Désolé, je sèche. Ce qui me fait avancer, c'est l'envie d'écrire, d'écrire de
nouvelles choses, d'entrer dans de nouveaux univers.

Quel est le livre que tu as écrit pour lequel tu gardes une
affection particulière ?

Ce n'est pas un livre mais une histoire publiée en presse, qui est mon 1er texte
publié (La société Malin l'Enchanteur). Ca ne s'oublie pas!

Pourquoi vas-tu dans les salons du livre ? Cela n’est-il pas
trop ennuyeux ?

Je suppose que tu parles des dédicaces. J'adore ça! Je fais volontairement peu
de salons pour ne me déplacer que dans les lieux où je suis vraiment attendu. Si
la personne au bout du fil trouve les arguments, j'accepte. Mais souvent je
refuse et n'accepte que l'année suivante, si la même personne prend la peine de
me recontacter. Mais vraiment, j'adore participer à un salon bien organisé, où je peux enfin rencontrer mes lecteurs, mon fameux public! (Enfin souvent ils ne me connaissent pas et achètent mon livre parce que je suis là...). Un des derniers salons du livre que j'ai fait est celui de Paris, l'année
dernière. (C'est là, d'ailleurs, que j'ai rencontré Pierre Bottero, pour la 1ère
et unique fois. Quelqu'un de très gentil). J'étais assis à côté de Christian Grenier, dont j'apprécie beaucoup le travail. Il avait une file de fans incroyable et moi... j'en avais nettement moins! Mais
j'ai quand même passé un très bon moment. Une autre anecdote, toujours à ce salon. Je vois une gamine s'approcher timidement de mon stand.


-"Vous êtes bien Christophe Miraucourt?

- C'est qui bien vous qui écrivez dans les P'tites sorcières?

- J'adore vos histoires!"

Enfin une fan! Elle s'est déplacée spécialement pour me voir quand elle a su
que j'étais au salon. Elle m'a demandé un autographe dans son carnet. Sympa.

Ecrire c’est s’exposer aux regards des autres ? Est-ce
 compliqué ?

Uniquement quand le livre en est au stade du manuscrit et qu'on montre
l'imperfection de son écriture.

Quel est le plus beau compliment reçu ?

La 1ère critique élogieuse d'un de mes livres. C'était dans le magazine Elle
pour "Trop belle sorcière".

La réflexion la plus dure ?

Une autre critique, pour un autre livre, où l'on disait du bouquin que c'était
vraiment peu original. (Est-ce qu'il a déjà essayé d'écrire, celui-là????)

L’écriture engagée

Peut-on tout écrire quand on sait qu’on est lu par des ados ? Evoquer le affres de notre société n’est-il pas périlleux pour le moral
de notre jeunesse ?

Tout écrire, sans doute pas, mais je ne suis pas un pro des ados. Que les
livres les aident à évoluer, comprendre leur environnement, sûrement.

Est-il facile d’être engagé et publié ? L’écriture engagée intéresse-t-elle  aujourd’hui ? Comment l’auteur que tu es peut-il garder son indépendance, ses idéaux tout  en continuant d’exister sur le marché ?

Quand tu écris, je ne crois pas que tu te poses ce genre de questions.


Les éditeurs,


Les éditeurs mènent des études pour connaître les goûts des
lecteurs (en matière d’histoires, de personnages,…). Comment fais-tu
pour résister aux modes et toujours être un auteur apprécié  ?

Jusqu'à présent, j'ai toujours écrit ce qui me plaisait et je n'ai jamais eu de
demandes particulières de mes éditeurs. Et quand j'ai une commande (en presse),
on me réclame un texte humoristique parce qu'on sait que c'est mon style, mais
pour le reste, je suis complètement libre.

Te sens-tu libre comme écrivain ? As-tu eu à souffrir de la
censure ?

Oui je me sens libre. Censure est un bien grand mot mais voici une anecdote. Je
viens de terminer un texte pour un magazine destiné à des enfants de 6/7 ans.
Les parents sont des super-héros mais leur fille ne veut pas leur ressembler,
pour différentes raisons. A un moment donné, on promet à mon héroïne une "super
fessée", en référence à ses parents super-héros. Ca n'est pas passé (pas assez éducatif) et c'est devenu une super punition... Beaucoup moins drôle à mon sens.

T’interdis-tu des choses dans l’écriture ? L’éditeur te
 dirige-t-il beaucoup ?

Non, je ne m'interdis rien. En même temps, mes livres sont destinés à un jeune
public et c'est sûrement moins polémique que d'autres sujets concernant les
ados. L'éditeur me propose des corrections mais tout se négocie. Quand un passage me tient à coeur je le conserve. Pour le reste, on me demande des corrections de
bon sens (suppression de répétitions, changer un mot par un autre; raccourcir ou
rallonger).

La lecture et ta bibliothèque


Est-ce que lecture et l’écriture vont de pair ? Faut-il aimer lire
 pour écrire ?

Pour moi, oui. Gamin j'ai dévoré des centaines de livres. A l'époque (ça fait
vieux de dire ça), on n'avait pas beaucoup de choix. Bibliothèques rose et
verte; rouge et or et basta. J'ai donc tout lu.

Pour toi, lire c’est quoi ?

Passer un bon moment, m'évader dans un autre univers.

Quels sont tes auteurs préférés ? tes lectures préférées ?

Quand j'aime un auteur, en général, je lis tout de lui. J'ai lu tout Agatha
Christie, Charles Exbrayat, Stephen King, Gaston Leroux, Maurice Leblanc, Harlan
Coben, Fred Vargas, et plein d'autres auteurs, dans des styles et des genres
différents.

Les livres jeunesse qui t’ont marqués chez les autres ? Un
livre de chevet ?

Le buveur d'encre, d'Eric Sanvoisin, que j'aurais vraiment aimé avoir écrit.
Les contes de la rue Broca, de Pierre Gripari.

Ta bibliothèque, quelle est-elle ? Comment sont ces livres, Beaux
livres, poches, genres ?

Pas de beaux livres, non. Souvent en poche ou en édition classique. Pas mal de
policiers. Beaucoup de livres jeunesse, d'albums.

Comment sont-ils rangés ? Comment sont-ils classés ?

Là où il y a de la place! Classés dans ma tête! Je suis capable de retrouver
n'importe quel bouquin parmi une quinzaine d'endroits parfois hautement
improbables.

Comment les achètes-tu ?

Par vague. Quand je découvre un auteur et que je l'apprécie, je vais en acheter
un second puis quand je l'ai lu un 3ème et ainsi de suite. En ce moment, je lis
tout Pierre Bottero.

Quel est le livre sur table de chevet ?

Il n'y en a pas.

Quels sont les auteurs qui t’ont influencé ? Pourquoi ? Que leur
as-tu empruntés  ?

Yak Rivais pour la fluidité de ses textes et sa façon de nous entrainer dans
ses récits, pour son humour. Pierre Gripari pour la qualité de ses histoires et de ses personnages.  Et l'humour.

Si tu avais un auteur à qui écrire, lequel serait-ce ? Et que
lui écrirais-tu ?

J'ai souvent fait écrire mes élèves à des auteurs que j'appréciais. Nicolas de
Hirsching, Pef, Henriette Bichonnier.
Mais sinon, je préfèrerais  les rencontrer plutôt que de leur écrire.

Quelque chose à rajouter ? A part « ouf, je suis épuisé ! » 

Non, non , pas grand chose à rajouter. Peut-être une aspirine??

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 11:03

Susie, quel écrivain es-tu ?

  Un écrivain qui écrit avec tout son cœur, ses tripes, son sang, sa vie entière.

 

·        Arthur Ténor parle de lui comme étant un « explorateur de l’imaginaire. » As-tu une formule pour te caractériser ?

  Une petite usine ?

 

·         L’écriture a-t-elle toujours été en toi ou est-ce quelque chose qui est arrivé tardivement dans ta vie ? Il y a t-il eu un élément déclencheur ?

 

Oui, toujours. Journal intime à partir de sept ans et tout le reste de ma vie, encore aujourd'hui. Je pense que j'ai écrit dans le ventre de ma mère. Mais c'est la maternité qui a déclenché l'écriture pour enfants.

 

·         Pour qui écris-tu ? A moins que ce ne soit pour un public ? Pour être lu ?

  J'écris pour MOI ! J'écris pour tout le monde. Si c'est lu, je suis contente. Sinon, je l'aurais quand même écrit.

 

·         Le public/l’éditeur t’ont-ils influencé à un moment donné ?

  Tout m'influence, les gens, la vie, le monde, mon monde. Les éditeurs m'ont orienté à certains moments. L'éditeur a une grande importance pour moi. Ils m'accompagnent !

 

·         Cette fameuse imagination, d’où vient-elle ? De quoi t’inspires-tu ?

 

Je n'ai pas une imagination débordante. Je n'aurais jamais pu écrire Harry Potter ou Ellana. Je m'inspire de mon observation de la vie de tous les jours. Mais je pense que l'imagination est un muscle qu'il faut exercer. Je suis plus forte maintenant qu'il y a 35 ans !

 

·         Comment procèdes-tu pour écrire ? Un plan ? des carnets ?

  Pas de plan, j'ai hâte de terminer un livre pour savoir comment il va finir.

 

·         A quel moment de la journée écris-tu ? Avec quoi ? Une heure précise ?

  Plus jeune, j'écrivais la nuit quand les enfants étaient couchés, quand j'avais fini de corriger les copies et de préparer mes cours, de ranger la cuisine, d'étendre le linge. Maintenant, j'aime écrire à la lumière du jour. J'arrête quand la nuit tombe, je me couche avec un livre. J'écris dans des cahiers, sur des feuilles A4, n'importe où mais aussi avec un ordinateur.

 

·       As-tu besoin d’isolement ?

  Le monde peut s'écrouler autour de moi et j'écris !

 

·         Qui te lis en 1er ? Un proche ? Pourquoi ?

  Pendant sa vie, c'était mon mari, Jacques. Maintenant ce sont mes filles, mes gendres, mes petits enfants et Georges.

 

·         Qu’aimerais-tu écrire ? un sujet que tu n’as pas abordé et qui te taraude ? un genre ?

  Un policier thriller ! Oh la la que j'aimerais ! Et peut-être sur la deuxième guerre mondiale, mais seulement si je trouve du génie dans les rayons de Monoprix.

 

·         Ecrire à 4 mains cela te tente-t-il ?

  J'aime bien ! Deux romans avec Alain Grousset, quatre avec Gillian Rosner, un avec chacune de mes filles.

 

·         Est-il facile de vivre de sa plume ? Exerces-tu un autre métier ?

  Rien n'est facile. J'étais prof à la fac pendant quarante ans. On vit mieux des animations que des droits d'auteur. Mais c'est crvant !

 

·         Qualités et défauts de la Femme ? qui rejaillissent sur l’écrivain ?

  Je ne suis pas paresseuse, mais de temps en temps la paresse frappe. J’ai confiance en moi, mais par moment le courage manque. Parfois, je me dis que je ferais mieux de profiter de la vie que de rester assise à écrire, perte de foi ?

 

·        Susie, dis-moi, comment t’inspires-tu pour créer un lieu ? Une atmosphère ?

  La plupart de temps, c’est à l’intérieur, dans une famille ou dans une école, dans une maison, parce que c’est ce que je connais.

 

·         Te rends-tu sur place ? Visites-tu beaucoup ?

 Soit j’invente, soit je connais (chez moi par exemple).

 

·         Est-il facile de partir de rien ou de ce que l’on connaît ?

       A 65 ans, j’ai pas mal vécu et vu, alors je ne pars jamais de rien.

 

 



 

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 10:58

 

Quelle est la phrase qui te pose le plus de souci dans l’écriture ? L’incipit ?

  Oui ! Quand on a le début, on continue, c’est comme marcher, un pied après l’autre, une phrase après l’autre.

 

·         Quel style préfères-tu ? style indirect libre… « je » ou « il »…

J’aime la première personne, j’aime la troisième personne. Tout est bon pour moi. Cela dépend de l’histoire.

 

·         As-tu la plume facile ? Où est-ce laborieux ? Te faut-il raturer beaucoup ?

  Je suis une professionnelle, j’écris parce que j’aime écrire. C’est donc facile et naturel, mais pas toujours !

 

·         Comment définirais-tu ton style ?

  Simple !

 

·         Combien dure la phase avant l’écriture (recherches…) ? Et la phase d’écriture ?

  Je n’ai jamais compté !

 

Combien écris-tu de livres par an ?

 

Un ou deux ou trois ….

 

·        Quelle phase préfères-tu ? La recherche des idées ? l’écriture ?

  L’écriture !

 

·         Quel place a le mot dans tes romans ? Le vocabulaire est-il très important pour toi ?

  Tout est important !

 

·         Fais-tu attention à la longueur de tes phrases ? Pierre Bottero faisait des phrases courtes ; parfois, il ne les finissait pas pour laisser le soin au lecteur d’imaginer, de rêver et donc de les terminer lui-même.

  Je n’ai pas tendance à faire de longues phrases, et oui, je fais attention. Je suis un écrivain jeunesse et je ne veux pas perdre mes lecteurs.

 

·         Qu’est-ce qui fait que pour toi, une phrase est bonne ?

  Je reconnais pour les autres ; pas pour moi-même. Si ça me fait sourire …

 

·         Utilises-tu beaucoup de documentation ?

Très rarement.

·         Susie, la littérature c’est quoi ? Cela sous entend que tout ne serait pas littérature

  C’est l’art de raconter une histoire.

 

·         Qu’est-ce ce que la littérature jeunesse ? Une littérature à part entière ?

   Bof ! Le temps va nous le dire !

 

·         Faut-il lire les classiques ? Pourquoi ?

  Souvent je me sens coupable parce que mes livres plus simples empêchent peut-être les enfants de lire les classiques. Dickens ? Pourquoi le lire ? C’est tout simplement grandiose !

 

      Comment définis-tu tes écrits ? qu’est-ce qui te guides ? te pousses ? te fais avancer ?

  Le succès, l’amitié, l’amour, tout ça encourage et fait que je continues et j’avance. La confiance des autres !

 

·         Quel est le livre que tu as écrit pour lequel tu gardes une affection particulière ?

  « Pas de bol » chez Thierry Magnier.

 

·         Pourquoi vas-tu dans les salons du livre ? Cela n’est-il pas trop ennuyeux ?

  J’aime beaucoup rencontrer les lecteurs, le public, les copains, les médiateurs. C’est la fête. On travaille dans la solitude et puis on sort dans ce beau monde.

 

·         Ecrire c’est s’exposer aux regards des autres ? Est-ce compliqué ?

  Bien sûr que c’est compliqué. C’est un strip tease !

 

·         Quel est le plus beau compliment reçu ?

  « Votre livre est le premier livre que j’ai lu jusqu’à la fin. »

 

·         La réflexion la plus dure ?

  « C’est nul ! »

 

 

·        Susie, peut-on tout écrire quand on sait qu’on est lu par des ados ? Evoquer le affres de notre société n’est-il pas périlleux pour le moral de notre jeunesse ?

  Je n’aime pas la violence. J’écris en rose. Comptes pas sur moi pour plomber le moral de nos jeunes. Mais si d’autres écrivains ont ça dans le cœur, un cœur trouve toujours un autre cœur.

 

·         Est-il facile d’être engagé et publié ? L’écriture engagée intéresse-t-elle  aujourd’hui ?

  Certains éditeurs sont particulièrement engagés. Certains auteurs aussi. Je ne connais aucun éditeur qui refuse un manuscrit bien écrit et intéressant parce que c’est engagé.

 

·         Comment l’auteur que tu es peut-il garder son indépendance, ses idéaux tout  en continuant d’exister sur le marché ?

Il n’y a aucun problème en France !

Les éditeurs mènent des études pour connaître les goûts des lecteurs (en matière d’histoires, de personnages,…)… Comment fais-tu pour résister aux modes et toujours être un auteur apprécié  ?

 

Mon éditeur principal est l’Ecole des loisirs. Il ne fait aucune étude. Il publie ce qu’il aime et ce qu’il considère bon.

 

·         Te sens-tu libre comme écrivain ? As-tu eu à souffrir de la censure ?

  Entièrement libre. Ma seule censure est l’auto-censure !

 

·         T’interdis-tu des choses dans l’écriture ? L’éditeur te « dirige »-t-il beaucoup ?

 

Je m’interdis de parler de certaines choses qui sont difficiles pour moi-même. L’éditeur ne me dirige pas.

 

·         Comment s’opère la collaboration avec ton éditeur au niveau de la correction des textes ? Un auteur libre, cela existe-t-il ?

  Vu mon français, je suis très heureuse d’avoir de bons correcteurs qui interviennent le plus possible !

 

 

 

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 10:54

L’avenir du livre ?  

·         Alors, Susie, quel est on avis ?

 

Hier soir j’étais à un concert de musique classique. Il n’y avait que de vieux schnoks comme moi. Est-ce que la musique classique a un avenir ? Peut-être quand les gens vieillissent ? Je pense que l’homme aura toujours besoin d’écrire. Et d’avoir de belles histoires.

 

·         Les nouvelles technologies vont-elles le tuer ?

  J’ai confiance en l’homme, dans le livre et dans l’intelligence.

 

     ·         Est-ce que lecture et écriture vont de pair ? Faut-il aimer lire pour écrire ?  

Je suis une lectrice vorace. Je ne sais pas pour d’autres écrivains.

    

·         Pour toi, lire c’est quoi ?

      C’est la découverte, l’aventure, satisfaire ma curiosité et mille autres choses.

 

   

·         Quels sont tes auteurs préférés ? tes lectures préférées ?

     Cette année c’était Millenium ! Chaque jour apporte un nouveau « préféré ».

 

   

·         Les livres jeunesse qui t’ont marqués chez les autres ?

      Beaucoup d’anglo-saxons.

 

   

·       Un livre de chevet ?

      Toute ma vie : « Le journal d’Anne Franck ».

 

      

·         Ta bibliothèque, quelle est-elle ? Comment sont ces livres, Beaux livres, poches… genres ?

      Une énorme collection de livres pour enfants.

 

   

·         Où sont-ils rangés ? Comment sont-ils classés ?

     Partout et n’importe comment !

 

   

·         Comment les achètes-tu ?

      Tous les jours je fais des prières pour ne pas acheter encore de livres !

   

 

·         Quel est le livre sur table de chevet ?

      Je suis à Tel Aviv et je ne lis que les écrivains israéliens ici. C’est « Une femme de Jérusalem » de A.B. Yehoshua.

 

 

 

·         Quels sont les auteurs qui t’ont influencé? Pourquoi ? Que leur as-tu empruntés ?

      Tous ! Tout ceux que j’ai lu depuis le C.P. Tous les bons livres qui m’ont donné des vitamines pour essayer de faire pareil.

 

   

·         Si tu avais un auteur à qui écrire, lequel serait-ce ? Et que lui écrirais-tu ?

 

    A Philip Roth ! Pour dire « Je t’aimmmmmmmmme ! »

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 08:46

L'écriture...

 

· Claire, pourquoi écris-tu ? Est-ce quelque chose de facile à expliquer ?


Pourquoi j’écris ? Parce que je ne peux pas ne pas le faire !
C’est comme en maths : moins plus moins égale plus, ça va, tu suis ?


· C’est quoi être écrivain ? Ecrire c’est quoi ?

Avoir l’immense privilège d’avoir fait de sa passion un métier, donc ne jamais avoir l’impression de travailler.
Savoir pourquoi on se lève le matin : parce qu’on a hâte de connaître la suite de l’histoire qu’on est en train d’écrire !


· Que penses-tu des écoles américaines dans lesquelles on peut apprendre à écrire ? En France, elles n’existent pas. Quel écrivain es-tu ?

Les techniques enseignées dans ces écoles sont très efficaces. Certains auteurs français s’en servent habilement et font des best sellers, j’en suis ravie pour eux. Moi, j’avoue que j’ai un peu de mal à me plier à ce genre de calcul qui veut qu’il faut absolument qu’il y ait un rebondissement à la page tant, que le héros se retrouve en danger à tel endroit du roman, etc. Pour écrire, je me laisse avant tout guider par mes émotions et je laisse mon histoire se dérouler à son rythme (plutôt que de lui en imposer un, préétabli).


· Arthur Ténor parle de lui comme étant un « explorateur de l’imaginaire. » As-tu une formule pour te caractériser ?

Rêveuse pragmatique ?

· L’écriture a-t-elle toujours été en toi ou est-ce quelque chose qui est arrivé tardivement dans ta vie ? Il y a t-il eu un élément déclencheur ?
Eh bien… disons qu’elle a toujours été là mais que j’ai mis un certain temps à l’admettre !

Pour qui écris-tu ? A moins que ce ne soit pour un public ? Pour être lu ?

Évidemment qu’on écrit pour être lu ! Mais beaucoup de mes livres ont une particularité : ils requièrent la participation du lecteur. Tout n’est pas donné dans mes romans et le lecteur doit parfois se creuser un peu les méninges. Je lui fournis tous les éléments du puzzle, à lui de finir d’assembler les morceauX pour reconstituer l’image finale. Et comme disait André Gide : “Tant pis pour le lecteur paresseux, j’en veux d’autres” ! C’est peut-être ma façon de concevoir l’interactivité, pour employer un terme à la mode… En conclusion : je fais le pari du lecteur intelligent !

· Le public/l’éditeur t’ont-ils influencé à un moment donné ?

J’écris ce qui me tient à cœur. Ni ce qui est “dans l’air du temps”, ni ce qui “fait recette”. Donc, autant vous l’annoncer tout de suite : je n’écrirai pas d’histoires de vampires !!!


· Cette fameuse imagination, d’où vient-elle ? De quoi t’inspires-tu ?

Tout ce que je vois, tout ce que j’entends, tout ce que je vis, tout ce que je ressens, je le transpose dans mes livres et mon écriture s’en nourrit. Quant à la notion d’”inspiration”, je m’en méfie. Je crois plutôt à l’”expiration “. Quand j’écris, je fais sortir tout ce que je porte en moi : mes rêves, mes peurs, mes joies, mes colères, mes espoirs…


· Comment procèdes-tu pour écrire ? Un plan ? des carnets ?

Je suis une maniaque du carnet (si vous ne savez pas quoi m’offrir à Noël, c’est très pratique, un carnet ou un stylo. J’en ai déjà des dizaines mais ça continue à me faire plaisir !). Donc je commence par prendre des tas de notes, je fais des dessins, des schémas, je colle des images, des tas de trucs qui pour moi ont un lien avec l’histoire en train de naître. Le visuel est très important. Je réalise ainsi pour chaque livre un carnet de bord qui tient à la fois du journal intime et du carnet de voyage et qui constitue en quelque sorte la genèse du roman. U peu comme Gide et son Journal des Faux-Monnayeurs, écrit en même temps que le roman. Ensuite seulement, quand j’ai en tête l’histoire, le décor, les personnages, les grandes lignes de l’intrigue, je passe à l’ordinateur (un Mac portable, s’il vous plaît !).


· A quel moment de la journée écris-tu ? Avec quoi ? Une heure précise ?

Je n’ai pas d’horaires réguliers. J’écris à n’importe quelle heure. Certains jours huit heures d’affilée, d’autres un quart d’heure. Je peux très bien passer mon dimanche à écrire et le mardi, décider d’aller me promener. J’adore cette liberté !

* As-tu besoin d’isolement ?

Ah oui ! Je suis très pénible pour mon entourage quand j’écris : on n’a pas le droit d’écouter la radio, de la musique ou la télé, pas le droit de me parler, et encore moins de venir voir par-dessus mon épaule ce que je suis en train de faire (sinon, je mords !). Donc, écriture égale pour moi solitude et silence total. C’est la seule façon pour moi d’arriver à me concentrer totalement et à m’immerger dans mon histoire, d’être avec mes personnages.


· Qui te lis en 1er ? Un proche ? Pourquoi ?

Oui, ma sœur ou mon compagnon. C’est très important pour moi d’avoir ce regard extérieur, parce qu’à force d’avoir “la tête dans le guidon”, je finis par ne plus rien voir. Leur avis compte pour moi car je sais que s’ils m’encouragent à chaque fois, ils n’hésitent pas à pointer du doigt mes défauts (en toute bienveillance) et cela m’aide beaucoup.


* Qu’aimerais-tu écrire ? un sujet que tu n’as pas abordé et qui te taraude ? un genre ?

Je suis depuis très longtemps attirée par le fantastique. Mais je voudrais écrire un roman vraiment fort, quelque chose qui ne laisserait pas le lecteur indemne. J’y réfléchis, je prends des notes, affaire à suivre…


· Ecrire à 4 mains cela te tente-t-il ?

Pas dans le cadre de l’écriture romanesque, je suis beaucoup trop indépendante pour cela ! En revanche, on m’a sollicitée pour co-écrire un scénario, et ça, j’adorerais !


·Est-il facile de vivre de sa plume ? Exerces-tu un autre métier ?

Si on s’appelle J. K. Rowling, c’est facile ! Depuis six ans maintenant, j’ai choisi de ne plus avoir d’autre métier et de me consacrer entièrement à l’écriture (je suis assez “mono-tâche” comme fille, j’ai du mal à mettre de l’énergie dans plusieurs activités à la fois). Du coup, le château en Écosse, je sens que ce n’est pas pour tout de suite, mais tant que je m‘en sors, je continue, persévère et espère !

· Qualités et défauts de l‘Homme ? qui rejaillissent sur l’écrivain ?

Heu… “l’homme” qui sommeille en moi n’aime pas trop qu’on vienne les lui briser menu… Quant à la femme, son principal défaut serait peut-être l’impatience. Or, c’est un métier qui demande ténacité et patience, d’où des moments d’angoisse, de doutes, d’envie de tout arrêter… ce genre de bêtises, tu vois !

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 08:42

Claire et l'édition

  ·Les éditeurs mènent des études pour connaître les goûts des lecteurs (en matière d’histoires, de personnages,…)… Comment fais-tu pour résister aux modes et toujours être un auteur apprécié  ?


Fort heureusement, il existe aussi des éditeurs qui ont une vraie politique d’auteur et qui, avant tout, font confiance à l’écrivain.
Personnellement, je reste toujours ouverte au dialogue. Il est souvent possible de concilier ses propres envies
et le goût du public, sans pour autant “vendre son âme au diable” (non, n’insistez pas, je n’écrirai pas de bitlit !)


·
Te sens-tu libre comme écrivain ? As-tu eu à souffrir de la censure ?
Nous vivons tout de même en démocratie !


·
T’interdis-tu des choses dans l’écriture ? L’éditeur te « dirige »-t-il beaucoup ?


Je ne m’interdis rien, je me contente de me modérer dans la mesure où j’écris pour les jeunes et m’efforce de ne pas les choquer par des termes trop crus ou des scènes trop violentes. Je crois beaucoup à la force de ce qui est suggéré et c’est un très bon exercice de style. Si on sait écrire, pas besoin que le sang gicle partout pour que le lecteur tremble et se ronge les ongles !
Le rôle du directeur de collection est primordial. Je n’aime pas trop le terme “diriger”. Je dirais que s’il fait bien son boulot, c’est un guide indispensable. Mais il n’est pas infaillible ! Il lui arrive aussi de se tromper et il ne faut pas dire amen à toutes ses remarques. Les discussions sont parfois sportives, mais c’est là que ça devient amusant !


·
Comment s’opère la collaboration avec ton éditeur au niveau de la correction des textes ? Un auteur libre, cela existe-t-il ?


L’auteur est celui qui est le moins bien placé pour percevoir ses propres défauts. C’est donc le rôle de l’éditeur ou du directeur de collection de les pointer du doigt. Après, il y a deux cas de figure : soit celui-ci est diplomate (genre : “Votre roman est très bon, je veux qu’il devienne excellent”), soit il est rentre dedans (genre : “Oh là, là, ça va pas du tout, Coco !”). Mais de toute façon, dans un premier temps, l’auteur a toujours du mal à accepter qu’on retouche son texte. Je pense qu’il faut savoir mettre son ego de côté et accepter de retravailler certains passages, mais il faut aussi être capable de défendre le bout de gras quand on s’aperçoit qu’une proposition de modification affaiblirait notre texte. C’est pourquoi j’apprécie les éditeurs qui suggèrent les modifications et ne les imposent pas, ceux avec qui on peut discuter. Au final, l’auteur reste libre d’accepter ou non de modifier ce qu’il a écrit. Mais s’il est vraiment “libre”, c’est avant tout qu’il n’est pas prisonnier d’un orgueil mal placé !

 

Claire Gratias et l’écriture engagée

· Peut-on tout écrire quand on sait qu’on est lu par des ados ? Evoquer le affres de notre société n’est-il pas périlleux pour le moral de notre jeunesse ?


Pour parodier Desproges qui disait qu’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui, je serais tentée de dire qu’on peut parler de tout, mais pas n’importe comment. Même lorsque j’aborde des sujets ou des thématiques graves, je n’ai pas envie de plomber le moral de mes lecteurs. C’est pourquoi je laisse toujours “une petite fenêtre ouverte”. Fred Vargas explique ça très bien quand elle dit : “L’essentiel est d’inventer une histoire qui débouche sur une résolution, une avancée, pas sur le cul-d-sac et le découragement.”


·
Est-il facile d’être engagé et publié ? L’écriture engagée intéresse-t-elle  aujourd’hui ?


Je suis principalement publiée par une maison d’édition notoirement engagée : Syros, qui n’hésite pas à dénoncer les travers de notre société. Ce n’est pas parce qu’on écrit pour les jeunes qu’il faut leur faire croire qu’on vit chez les Bisounours ou dans l’Île aux enfants !


·
Comment l’auteur que tu es peut-il garder son indépendance, ses idéaux tout  en continuant d’exister sur le marché ?

Il y a le marketing et les lois du marché et il y a le fait de toucher les gens au plus profond d’eux-mêmes. Il y a les auteurs qui planifient, calculent, évaluent, et il y a ceux qui mettent leurs tripes sur la table.
Le lecteur, lui, ne s’y trompe pas.

Claire, l’avenir du livre ?

· As-tu un avis dessus ?

Je laisse ça à madame Irma…


·
Les nouvelles technologies vont-elles tuer le livre?

On adore jouer à se faire peur : vivons avec notre temps. Le cinéma devait tuer le livre, la télé devait tuer le cinéma… Le livre électronique a des avantages, mais il a aussi selon moi un grand handicap : contrairement à l’encre d’imprimerie, à la colle et au papier, il
n’a aucune odeur !!!
De plus, impossible de griffonner dessus, de noter des petits trucs dans la marge, de coller des photos ou des images à l’intérieur, d’y laisser des traces de doigts pleins de chocolat, bref, de le personnaliser !!
Donc je crois plus à une coexistence de livre traditionnel et des nouvelles technologies, car ils ne répondent pas tout à fait aux mêmes besoins ni aux mêmes attentes.

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 08:41

Ecrire...

· Comment définis-tu tes écrits ? qu’est-ce qui te guides ? te pousses ? te fais avancer ?

Mon moteur, c’est l’émotion, à la fois celle que je ressens et celle que j’ai envie de susciter chez mon lecteur.


·
Quel est le livre que tu as écrit pour lequel tu gardes une affection particulière ?

Sans doute Le Passager de l’orage et L’Incroyable Voyage de Simon. Car ce sont des livres très symboliques, qui tous deux retracent une expérience initiatique.


·
Pourquoi vas-tu dans les salons du livre ? Cela n’est-il pas trop ennuyeux ?


Ennuyeux ?! Ah, non alors ! D’abord parce que c’est l’occasion de rencontrer des lecteurs et, souvent, d’avoir de jolis échanges avec eux. Ensuite, parce que c’est aussi le moment où on retrouve les potes auteurs ! Pendant deux ou trois jours, on signe ensemble, on mange ensemble, on passe nos soirées ensemble, on casse du sucre sur le dos de nos éditeurs, on échange des tuyaux, et surtout, on rigole bien ! C’est un peu comme une grande famille dont on découvrirait de nouveaux membres à chaque nouveau salon. À la fin, on échange nos coordonnées comme quand on partait en colo à la fin du séjour. J’adore ces moments-là. Ça me refile la pêche et je repars toujours avec une folle envie d’écrire !


·
Ecrire c’est s’exposer aux regards des autres ? Est-ce compliqué ?


Oh là, là ! Tu vas pas jouer les Pivot, du style “Quand vous écrivez, est-ce que vous avez l’impression de vous mettre en danger ?”.
On n’expose que ce que l’on veut bien exposer, d’abord. Alors soit on est exhibitionniste et on y va à fond dans le côté “Mon père battait ma mère” ou “J’ai été violé/ée à douze ans”, soit on avance masqué et on enrobe si bien les éléments autobiographiques qu’ils en deviennent indécelables.
La seule chose que j’ai l’impression “d’exposer au regard des autres”, pour ma part, c’est ma façon d’écrire, mon style, c’est pourquoi je le soigne !


·
Quel est le plus beau compliment reçu ?

Il m’arrive souvent qu’un jeune vienne me voir à l’issue d’une rencontre et me dise en aparté : “Jusque-là, je détestais lire, et votre livre, j’ai pas pu le lâcher !”. C’est le plus beau cadeau qu’on puisse me faire.

· La réflexion la plus dure ?

“Vous faites plus jeune sur la photo !”… (no comment)

 

La littérature et Claire  

· La littérature c’est quoi ? Cela sous entend que tout ne serait pas littérature…

Une bonne histoire racontée dans une langue exigeante.


·
Qu’est-ce ce que la littérature jeunesse ? Une littérature à part entière ?

Un bon roman pour la jeunesse doit pouvoir être lu et apprécié aussi bien par les jeunes que par les moins jeunes. J’ai beaucoup de mal avec les étiquettes, les cases, les catégories… “Littérature jeunesse”, “littérature vieillesse”, tout ceci est un peu ridicule : il y a les bons et les mauvais livres, point !


·
Faut-il lire les classiques ? Pourquoi ?

Oui, bien sûr ! Ce sont Maupassant, Balzac, Zola, Dumas, Giono, Aragon, Melville, Dickens et les autres qui m’ont appris à écrire ! Aujourd’hui encore, ils nourrissent mon écriture, je m’y replonge régulièrement avec délice, partant du principe qu’une piqûre de rappel ne peut jamais nuire…
Mais j’ai envie de dire qu’aujourd’hui, les ados ont peut-être plus de mal à aborder directement les classiques. Mettre Les Chouans entre les mains d’élèves de quatrième est un moyen efficace de les dégoûter à vie de la lecture, n’en déplaise au gouvernement actuel ! C’est pourquoi je me pose en ardent défenseur de la littérature jeunesse, car il n’est plus à prouver que c’est grâce à son incomparable richesse et à sa grande variété qu’aujourd’hui chaque jeune lecteur peut trouver le type de roman qu’il aime et ainsi prendre goût à la lecture, ce qui l’amènera ensuite à aller à la découverte des “classiques”…

Le style, la phrase, le mot…

· Quelle est la phrase qui te pose le plus de souci dans l’écriture ? L’incipit ?

La première phrase est capitale. C’est comme une porte qui s’ouvre sur l’inconnu. Selon ce qu’elle donne à voir au lecteur, il a envie de l’ouvrir plus largement et de continuer… ou bien de la refermer et de passer son chemin ! C’est pourquoi je la travaille (et souvent retravaille) énormément. J’ai même un carnet dans lequel je note tous mes incipits !

· Quel style préfères-tu ? style indirect libre… « je » ou « il »…

Je n’ai pas de préférence : chaque roman que j’écris a sa voix propre. Je ne la trouve d’ailleurs pas toujours du premier coup !


·
As-tu la plume facile ? Où est-ce laborieux ? Te faut-il raturer beaucoup ?


Si c’était un pensum, j’arrêterais tout de suite ! Mais je retravaille beaucoup mes textes avant d’arriver à la version définitive. Tant que ça ne “sonne pas juste”, je réécris !


·
Comment définirais-tu ton style ?

Cinématographique… Mais ce n’est pas moi qui le dis, ce sont mes lecteurs !

·
Combien dure la phase avant l’écriture (recherches…) ? Et la phase d’écriture ? Combien écris-tu de livres par an ?

Je suis lente et j’aime prendre mon temps. Je passe deux à trois mois à prendre des notes sur le livre à venir avant de me lancer dans la rédaction proprement dite, laquelle dure facilement quatre mois. J’ai donc du mal à écrire plus de deux livres par an, sauf quand, entre deux romans de deux ou trois cents pages, je m’accorde une “récréation” en écrivant un texte (généralement humoristique) pour les plus petits !


·
Quelle phase préfères-tu ? La recherche des idées ? l’écriture ?

Chaque étape me passionne. D’autant que d’un livre à l’autre, c’est à chaque fois une nouvelle expérience.


·
Quel place a le mot dans tes romans ? Le vocabulaire est-il très important pour toi ?


J’accorde une très grande importance au mot, à la langue, au rythme. J’aime que chacune de mes histoires trouve son propre souffle, son propre timbre, ce qui nécessite beaucoup de travail. Je ne me contente pas de refaire ce que je sais déjà faire. À chaque nouveau livre, j’essaie de trouver une manière nouvelle d’utiliser la langue. En fait, je crois que j’écris beaucoup avec mes oreilles…

·
Fais-tu attention à la longueur de tes phrases ? Pierre Bottero faisait des phrases courtes ; parfois, il ne les finissait pas pour laisser le soin au lecteur d’imaginer, de rêver et donc de les terminer lui-même.

J’aime beaucoup l’écriture de Pierre. J’ai beaucoup d’admiration à la fois pour l’écrivain et pour l’homme et c’est toujours avec beaucoup d’émotion que je pense à lui. Le style de Pierre n’était simple qu’en apparence. Il y avait chez lui une grande rigueur dans le choix du mot précis, une grande exigence qui conférait à son écriture beaucoup de finesse, surtout dans les descriptions. Mais ce que j’apprécie par-dessus tout dans les romans de Pierre, c’est la présence constante de l’émotion. C’est aussi mon moteur. Lorsqu’un lecteur vient me confier qu’il a eu des frissons, les larmes aux yeux, ou même qu’il a pleuré en lisant mes livres, je suis heureuse, je sais que j’ai réussi à faire passer quelque chose.

· Qu’est-ce qui fait que pour toi, une phrase est bonne ?
C’est qu’elle rend un son juste. Qu’elle ne contient rien de trop et qu’il ne lui manque rien. Harmonie (au sens musical) et équilibre sont les maîtres mots.

· Utilises-tu beaucoup de documentation ?

Lorsque je travaille sur un sujet historique comme dans Breaking the Wall, oui ! Je raconte la vie de plusieurs personnages à Berlin Est entre les années 70 et la chute du Mur, j’avais intérêt à être bien documentée pour ne pas dire n’importe quoi !

Claire Gratias : les lieux de ses romans

· Claire, comment t’inspires-tu pour créer un lieu ? Une atmosphère ?


Je regarde avec attention le film qui se déroule dans ma tête et je “rentre dedans” pour m’imprégner aussi des sons, des odeurs, de l’ambiance…


·Te rends-tu sur place ? Visites-tu beaucoup ?

Mes lieux étant imaginaires, je me contente de “voyager dans mon fauteuil” !


* Est-il facile de partir de rien ou de ce que l’on connaît ?

Je ne crois pas à la création qui surgirait ex nihilo. On part toujours de ce que l’on connaît, même si on ne s’en souvient plus, ou même si on le transforme, si on mélange plusieurs lieux que l’on a connus, etc. C’est ce travail que Gide nommait la “stylisation du réel”.

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 08:39

Les personnages de roman selon Claire

  · Comment crées-tu tes personnages ?

 

Je n’ai pas l’impression de les “créer” à proprement parler. J’ai plus le sentiment qu’ils viennent à ma rencontre. Un beau jour, ils sont là, je les regarde et je leur dis  “Ok les mecs, je vais écrire votre histoire”.


·
Est-ce que ce sont tes personnages qui te mènent ? Par exemple, peuvent-ils te faire changer de voie en cours d’écriture ?

 

À partir de là, c’est comme si on projetait un film à l’intérieur de ma tête. Je me cale dans un fauteuil et je regarde. Je vois où ça se passe, comment ça se passe, j’écoute ce que disent les personnages, et je n’ai ensuite plus qu’à saisir tout ça sur mon Mac. Il arrive parfois que les personnages me surprennent… pour mon plus grand plaisir !
Louis Aragon disait : “Je n’ai pas écrit mes romans, je les ai lus.” Il ajoutait : “Croyez-moi, je n’ai jamais su qui était l’assassin.” C’est exactement l’impression que j’ai.


·
Qu’aimes-tu le plus dans la création du personnage ? L’aspect psychologique ?


Oui, j’adore fouiller la psychologie d’un personnage, le doter de sentiments et de réactions complexes et contradictoires. J’ai horreur des personnages “carton pâte” : tant qu’on les regarde de face, tout va bien, et quand on les met de profil, il n’y a plus rien. J’aime donner de l’épaisseur à mes personnages. Je veux qu’ils aient du corps, de la chair, et en même temps une psychologie subtile. Bref, j’essaie de montrer à quel point ils sont humains !


·
Quel est le personnage que tu as crée et qui t’a posé le plus de souci Pourquoi ?


Sans doute Jonathan, le héros du Passager de l’orage (éditions Syros, collection “Rat Noir”, 2008). Mon problème, c’est que je n’arrivais pas à lui trouver un prénom satisfaisant. Or, pour moi, tant qu’un personnage n’est pas nommé, il n’existe pas ! J’avais fait plusieurs essais avec des prénoms différents, mais rien à faire, la mayonnaise ne prenait pas.
Et puis j’ai réalisé que j’avais déjà des informations précieuses sur ce personnage : je savais que son livre préféré était Moby Dick et que les histoires de baleine allaient jouer un grand rôle dans le roman, qu’à l’instar du capitaine Achab, mon héros allait d’une façon symbolique lui aussi affronter le monstre et qu’il sortirait de cette épreuve transformé, grandi. Cela m’a rappelé l’épisode biblique de Jonas, avalé par une baleine souvent désignée par le mot “Léviathan”. J’ai répété ceci à voix haute : Jonas / Léviathan, plusieurs fois de suite, et l’illumination est venue. Il ne me restait plus qu’à croiser les deux et j’obtenais Jonathan. Bon sang, mais c’est bien sûr ! Mon héros ne pouvait pas s’appeler autrement !


·
Quel personnage de papier que tu as inventé aimes-tu le plus ?


Celui-ci, justement. Peut-être précisément parce qu’il m’a donné du fil à retordre !

 

La bibliothèque de Claire

· Est-ce que lecture et écriture vont de pair ? Faut-il aimer lire pour écrire ?

Pour moi, c’est indissociable ! Je suis une librivore absolue. Je lis depuis que je sais lire… et j’écris depuis que je sais écrire.
Et plus je lis, plus ça me donne envie d’écrire.

Pour toi, lire c’est quoi ?

C’est un sujet de dissert’ ou quoi ?… Je commence un peu à fatiguer, là…
Le grand regret de ma condition d’être humain, c’est qu’il me soit impossible de voler comme un oiseau. Lire, pour moi, c’est grimper jusqu’au sommet de la montagne, embrasser le paysage du regard, puis me jeter dans le vide, plonger dans un univers et me laisser emporter par ses courants… Jusqu’au moment où il me redéposera sur le sol, toute ébaudie encore ivre de sensations, et un peu triste de devoir lui dire adieu.


·
Les livres jeunesse qui t’ont marqués chez les autres ? Un livre de chevet ?

La croisée des mondes de Philip Pullman

Le Clan des Otori de Lian Hearn

Une incroyable histoire de William Irish

La Rivière à l’envers de J. - C. Mourlevat

Il y a un garçon dans les toilettes des filles et Le Passage de Louis Sachar

Simple de Marie-Aude Murail

La Sorcière de midi de M. Honaker

Les Enfants de Noé de Jean Joubert…

· Ta bibliothèque, quelle est-elle ? Comment sont ces livres, Beaux livres, poches… genres ?

Plus de 2000 bouquins dans 64 m2, il était temps que je déménage !
Du polar, du fantastique, de la fantasy, de la littérature générale, classique, contemporaine, française, étrangère, en poche, en beaux livres chinés çà et là chez les brocanteurs… Un seul mot : ÉCLECTIQUE !

· Où sont-ils rangés ? Comment sont-ils classés ?

Partout, dans chaque pièce, sur chaque pan de mur libre (“Vous avez lu tout ça ?” me demande-t-on immanquablement. “Bien sûr que non ! C’est juste que c’est un excellent isolant phonique et thermique…”). Classés par genre et par ordre alphabétique (jusqu’à un certain point seulement), sinon je ne m’y retrouve plus !

· Comment les achètes-tu ?

Je pars pour m’acheter des chaussures ou des fringues et… je reviens avec des livres !

· Quel est le livre sur table de chevet ?

Belle du Seigneur, Madame Bovary, Une Vie, Le Fou d’Elsa, Que ma Joie demeure, Martin Eden… Ça c’est le “pilier”constant.


Sinon, en ce moment, il y a La petite-fille de monsieur Linh de Philippe Claudel, L’Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon, et Kafka sur le rivage de Murakami.

·Quels sont les auteurs qui t’ont influencée ? Pourquoi ? Que leur as-tu emprunté ?


Jean Giono, Guy de Maupassant, Louis Aragon, Albert Cohen.
Quelle langue ! Quel souffle !
Quelle puissance ! Quelle émotion !
À chaque fois que je les relis, je prends une claque… et je me remets au travail !

·
Si tu avais un auteur à qui écrire, lequel serait-ce ? Et que lui écrirais-tu ?

Pierre Bottero. “Reviens, putain, t’es pas drôle… ”

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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 10:34



Je publie à nouveau, cette fois dans son ensemble, l'interview que j'ai réalisée de l'écrivain, Roger Judenne.


Bonjour Roger ! Dis-moi, comment se situe l’auteur aujourd’hui par rapport à l’auteur des débuts ? Il y a-t-il une différence (style, pensée, méthode…)

Des dizaines d’années plus tard, j’ai évidemment gardé la même identité mais l’homme a un peu évolué. La vie m’a apporté une expérience plus grande. Il me semble que je nuance davantage et que j’adopte plus volontiers les points de vue différents que je prête à mes personnages. Je me sens toujours aussi ferme sur mon propre point de vue, mais beaucoup plus capable de comprendre ceux dont je ne partage pas les options.

 

Pourquoi écris-tu ? Est-ce quelque chose de facile à expliquer ? C’est quoi être écrivain ? Pour toi, écrire c’est quoi ?

Je regroupe ces 3 questions.

J’écris depuis mon enfance. J’ai toujours griffonné des « trucs » sur des carnets ou des cahiers. J’ai pris l’habitude de fonctionner de cette façon si bien que c’est devenu une habitude de vie. Je ne vois pas comment je pourrais m’en passer.

Je me sens moins écrivain que romancier. Etre romancier, c’est pour moi une façon de communiquer, non pas avec un anonyme, mais avec un lecteur-complice qui va prendre le temps de lire les dizaines ou les centaines de pages que j’écris et qui est disposé à m’écouter.

Pour moi, écrire, c’est à la fois la possibilité de vivre par procuration un grand nombre de vies en m’identifiant aux personnages et un travail exigeant.

 

Arthur Ténor parle de lui comme étant un « explorateur de l’imaginaire » et toi ? Quel écrivain es-tu ?

Un comédien virtuel qui ne se maquille pas, qui ne se costume pas, mais qui vit par procuration la vie des personnages qu’il met en scène.

Je sais bien que je n’ai qu’une seule vie, qui est ce qu’elle est, qui me satisfait mais en même temps me donne le regret de ne pas connaître d’autres parcours. La vie est formidable et il me semble très dommage de n’en posséder qu’une seule. Je ressens un tel appétit que j’aimerais en vivre des centaines.

Finalement, je rapproche l’écriture, du moins dans sa phase de création de l’histoire, à un jeu d’enfants. Tout comme des gamins qui inventent le jeu du garage dans une cour de récréation et deviennent mécaniciens, je suis chacun de mes personnages et je vis leur aventure.

C’est exactement ce que fait un bon comédien, d’où ma comparaison.

Je viens de terminer un roman pour adultes (puisque ce n’est pas un roman jeunesse, je veux donc parler d’un roman vieillesse !) où l’un des personnages est une fille trisomique de 14 ans que j’ai pas mal fait souffrir. Je me suis senti tellement mongolienne que j’étais bien content d’arriver à la fin (heureuse) pour ne plus avoir à ressentir la souffrance que je lui imposais. 

Récemment, un élève de 5ème m’a dit qu’un romancier, c’était finalement « un menteur qui veut faire plaisir aux lecteurs ». Je me retrouve un peu dans cette définition. 

 

La littérature c’est quoi ? Cela sous entend que tout ne serait pas littérature…

Je ne sais pas.

L’expérience de nombreux stages de formation destinés à des enseignants ayant fait des études de lettres m’a appris que nombre d’entre eux considéraient comme littéraires des textes plus ou moins anciens, appartenant au patrimoine, que le temps avaient filtré et qui étaient estampillés « littéraires » dans les manuels scolaires ou une autorité savante. Mis devant des textes inconnus, ils sont bien embarrassés pour se prononcer.

Dans ce cas, aucun texte récent ne serait littéraire puisque le temps ne l’a encore filtré.

 

Christian Grenier avait imaginé un petit test. J’ai repris l’idée et fabriqué le jeu que je te joins. Je l’ai beaucoup utilisé avec des profs en formation. Si tu veux te fâcher avec un agrégé de lettres qui parle de  littérature jeunesse en terme de « littérature de divertissement » (j’y ai eu droit), passe-le-lui. Les questions peuvent varier : Jeunesse ou adultes ? Littéraire ou sans intérêt ?

 

J’ai une approche simple, voire simpliste de la question : pour moi, un texte n’est pas littéraire en soi, mais par rapport aux lecteurs. Quand un texte se prête à plusieurs interprétations possibles et que sa lecture oblige le lecteur à se positionner en acteur, à participer à la construction de l’histoire, alors ce texte devient un texte littéraire.

Même si j’aime beaucoup Colette, je ne m’attache pas à la seule surface et ne qualifie pas forcément de littéraire un texte à l’écriture ciselée, esthétiquement belle et harmonieuse. Il faut qu’il y ait des possibilités d’interprétations de la part du lecteur.

 

Qu’est-ce ce que la littérature jeunesse ? Une littérature à part entière ? Qu’est-ce qu’un auteur jeunesse ?

J’écris aussi des romans adultes et je ne perçois pas de différences fondamentales.

Bien sûr, quand on s’adresse à des lecteurs jeunes, on ne peut pas utiliser tous les ressorts (la nostalgie, par exemple). On ne s’interdit aucun sujet, mais on évite de les exploiter sous certains angles. On fuit certaines images ou formulations parce que l’auteur jeunesse a bien conscience de participer à la construction d’un futur homme (et là, c’est selon l’image que chaque auteur a des objectifs de l’éducation).

Voir à nouveau le jeu proposé ci-dessus. Là encore, c’est parfois l’aspect matériel du livre, le nom de l’éditeur ou la collection dans laquelle il est publié qui permet de le classer. Combien de textes ados ne seraient pas identifiés jeunesse si la présentation était différente ?

 

L’écriture a-t-elle toujours été en toi ou est-ce quelque chose qui est arrivé tardivement dans ta vie ? Elément déclencheur ?

J’ai l’impression d’avoir toujours écrit. Plus ou moins selon les périodes. Mais toujours. Quand j’étais enfant, je rédigeais mes jeux de peur de les oublier. Et rédiger un jeu de la marchande, c’est écrire un mini-roman.

 

Ecris-tu pour toi ? pour un public ? Le public/l’éditeur t’a t-il influencé ?

Depuis l’âge d’une vingtaine d’années, j’écris clairement pour être lu. Je suis très frustré quand un texte reste dans mes tiroirs, non pas parce que j’ai l’impression d’avoir travaillé pour rien, mais parce que j’ai l’impression que je n’ai rien partagé avec personne. Ce qui est finalement idiot, parce que, quand un livre est lu par quelques milliers de lecteurs, je n’ai souvent aucun retour. J’ai pourtant le sentiment d’avoir partagé quelque chose.

Le public et les éditeurs ne m’ont pas influencé. Je sais que, aujourd’hui, des études de marché sont faites pour déterminer les sujets/thèmes qui sont porteurs. Ecrire de l’héroïc fantasy ou des romans de filles est une façon de se faire éditer, surtout si on prend un pseudo féminin laissant supposer que l’auteur est une jeune femme américaine d’une trentaine d’années.

Je ne donne pas dans ces modes… ce qui explique peut-être que certains textes sur fond d’actualité ou de faits de société sont boudés. J’écris en même temps pour moi et pour un lecteur, mais je ne recherche pas le lecteur formaté par le marketing.

 

Je vais me faire l’avocat du diable ! Volontairement. Peut-on tout écrire quand on sait qu’on est lu par des ados ? Evoquer les affres de notre société n’est-il pas périlleux pour le moral de notre jeunesse ?

Ce qui est plutôt périlleux et coupable, c’est d’éviter systématiquement les sujets qui dérangent. N’est-ce pas encore plus démoralisant pour notre jeunesse de sentir qu’on veut lui anesthésier l’esprit et la formater pour devenir de bons consommateurs et de dociles citoyens. Les prendre pour des crétins et des débiles, est-ce les respecter ?

Au contraire, il faudrait favoriser les histoires qui abordent les thèmes d’avenir : l’écologie, la surpopulation, la répartition des richesses, la liberté de penser… enfin tous ces problèmes que nos enfants et nos ados vont prendre en pleine figure dans quelques années quand ils seront aux commandes, tous ces problèmes qui leur tomberont dessus sans qu’ils y soient préparés. Et puis, n’y a-t-il pas possibilité de traiter tous ces sujets de façon amusante, positive, optimiste ?

 

Est-il facile d’être engagé et publié ? L’écriture engagée intéresse-t-elle encore ?

Non, elle n’intéresse plus guère… commercialement parlant.

Certains sujets deviennent tabous en jeunesse, et c’est pire qu’une censure. Peut-on parler de génétique et d’OGM autrement que José Bové ? Peut-on parler de l’Islam sans être taxé d’intégrisme ou de racisme ? Et combien d’autres sujets qui ne visent pas à un confort anesthésiant de l’esprit sont écartés ?

 

Comment l’auteur que tu es peut-il garder son indépendance, ses idéaux tout  en continuant d’exister sur le marché ?

Certains éditeurs restent courageux… mais les tirages deviennent confidentiels.

 

Cette fameuse imagination, d’où vient-elle ? de quoi t’inspires-tu ?

J’ai une vie ordinaire et mon quotidien m’offre souvent les sujets de mes romans. Quand un détail m’étonne, m’intrigue, me pose problème, cette idée me tourne en tête. Si elle continue à occuper mon esprit, au bout d’un certain temps, je me mets à « me faire du cinéma » et une histoire commence à s’élaborer.

 

Comment crées-tu tes personnages ?

Là encore, je puise dans mon quotidien. Quand l’histoire s’élabore, c’est comme si, secrètement, involontairement, je faisais un casting parmi les gens de mon entourage. Si quelqu’un correspond, physiquement, psychologiquement, affectivement, au protagoniste de mon histoire, il me sert de référence. Le plus souvent, je construis mon personnage comme un puzzle, retenant certains traits physiques d’un ou plusieurs membres de mon entourage, certains traits psychologiques d’autres, certains traits affectifs d’autres encore. Chacun me donne, bien involontairement, une pièce du puzzle que j’assemble pour créer ce personnage virtuel qu’est le protagoniste du roman.

 

Comment procèdes-tu pour écrire ? Un plan ? des carnets ?

- Ecrire, pour moi, c’est prioritairement être capable « d’écrire dans sa tête ». Je veux dire que le romancier, c’est d’abord quelqu’un qui est capable de créer des personnages, d’imaginer des décors et surtout d’inventer des péripéties. Ecrire, c’est d’abord être capable « de se faire du cinéma » et de créer un « film virtuel » dans son imagination. Finalement, j’écris autant dans mon jardin ou en marchant qu’en étant assis derrière mon ordinateur.

- Je distingue écrire et rédiger. Quand je passe à cette seconde phase qui consiste à transcrire ce film mental et virtuel en mots, je sais exactement ce que je vais raconter. C’est si vrai que je n’ai pas toujours rédigé mes romans dans l’ordre des chapitres. Il m’est arrivé de commencer par rédiger la fin. J’adopte assez souvent une structure du récit en « natte de cheveux » : 2 ou 3 personnages que l’on suit tour à tour et dont les destins se croisent ; chapitre 1 pour le personnage A, chapitre 2 pour le B, chapitre 3 pour le C, puis à nouveau le personnage A dans le 4, le B dans le 5…etc. Dans ce cas, je rédige fréquemment les chapitres 1-4-7… avant d’entreprendre les chapitres 2-5-8… puis les 3-6-9… Cela ne pose aucun problème de cohérence dans la mesure où le film entier est dans ma tête. 

J’ai toujours un synopsis très précis dont je dévie peu en cours de rédaction, mais ce plan n’est pas toujours rédigé. Quand il s’agit d’une histoire assez courte, que j’ai l’intention de rédiger d’une façon linéaire, je n’éprouve pas le besoin de le rédiger tant il est clair dans ma tête. Quand il s’agit d’un récit long avec davantage de personnages et des actions qui se croisent, je cale, par écrit,un synopsis au millimètre.

 

A quel moment de la journée écris-tu ? Avec quoi ? Une heure précise ? Isolement ?

2 réponses :

Dans la phase création de l’histoire, le « écrire dans sa tête », j’écris partout et n’importe quand. Je ne choisis pas forcément les lieux et les heures. C’est plutôt l’histoire qui m’envahit.

Dans la phase rédaction puis travail sur le texte et la langue, j’écris dans mon bureau, plutôt très tôt le matin jusqu’à midi. En général, je suis dans mon bureau dès 5 heures le matin.

 

Est-ce que ce sont tes personnages qui te mènent ? Par exemple, peuvent-ils te faire changer de voie en cours d’écriture ?

Jamais. J’ai souvent le sentiment d’être le personnage lui-même, parfois un marionnettiste.

 

Est-ce que lecture et écriture vont de pair ? Faut-il aimer lire pour écrire ? Ta bibliothèque, quelle est-elle ? Comment sont ces livres, Beaux livres, poches… genres ? Où sont-ils rangés ? Comment sont-ils classés ? Comment les achètes-tu ?

Comment imaginer un Zidane affirmant qu’il se désintéresse du foot à la télévision et qu’il ne regarde jamais d’autres matchs que ceux dans lesquels il joue ? Je lis beaucoup mais de façon irrégulière, par périodes plus ou moins intenses. Il y a de tout dans ma bibliothèque mais je ne garde pas forcément des titres que je n’ai pas aimés. Par contre, je conserve depuis des dizaines d’années des poches de mon adolescence que je ne relirai probablement jamais.

Actuellement, j’achète à peu près à parts égales dans les librairies, les grandes surfaces (FNAC) et sur internet.

 

Quel est le livre sur ta table de chevet ?

Aujourd’hui, c’est le livre de Horacio Quiroga : « contes d’amour, de folie et de mort ». Quiroga, c’est une sorte de Oscar Wilde urugayen qui me fascine depuis longtemps. D’une façon générale, j’aime beaucoup les auteurs de langue espagnole (que j’ai la chance de pouvoir lire en espagnol), surtout les sud-américains.

Mais je change de livre de chevet assez souvent, avec des retours pour certains, comme « Le vieux qui lisait des romans d’amour » de Luis Sepulveda que je relis, tantôt en français, tantôt en espagnol.

 

Pour toi, lire c’est quoi ?

Lire un roman… c’est vivre par procuration.

 

Te sens-tu libre comme écrivain ? As-tu eu à souffrir de la censure ?

Oui, je me sens libre d’écrire, mais je ne me sens pas toujours libre d’être lu. En écrivant une histoire qui tourne autour des OGM, je sais parfaitement qu’elle a peu de chance d’être publiée.

« Une vie à tout prix » a été interdit à Orange quand la municipalité était Front National et sorti des bibliothèques. Ce qui n’a pas fait de mal au livre, bien au contraire.

 

T’interdis-tu des choses dans l’écriture ? L’éditeur te « dirige »-t-il beaucoup ?

Je ne m’interdis aucun thème, mais je m’interdis de développer certains points de vue, de présenter des situations de certaines façons ou de m’exprimer dans certaines formulations.

Parce que j’ai été enseignant, j’ai vécu parmi des enfants pendant des dizaines d’années. Je les respecte beaucoup trop pour prendre le risque de les blesser ou les perturber inutilement dans leur sensibilité, leurs croyances, leur affectivité. La volonté de les distraire, les intriguer, les amener à se poser des questions doit être guidée par un souci de tolérance, de respect. Je m’interdis par exemple toute forme de violence gratuite.

 

Quels sont tes auteurs préférés ? Tes lectures préférées ? Les livres jeunesse qui t’ont marqués chez les autres ?

Les romanciers du 19ème siècle, plus les Giono, Genevoix, Camus et quelques autres. Bernard Clavel aussi, qui, pour moi, est un romancier Populaire avec un P majuscule. Populaire est trop souvent opposé à culturel et élitiste et je le regrette. J’adore les auteurs sud-américains.

En Jeunesse, depuis une trentaine d’années, j’ai eu la chance de rencontrer la plupart des auteurs dont j’aime les textes. Même dans des genres dont je ne me sens pas proche, un Alain Grousset ou un Christian Grenier me font aimer la science fiction et un Pierre Bottero m’entraîne dans la Fantasy.

 

Quel est le livre que tu as écrit pour lequel tu gardes une affection particulière ?

Sans hésitation «  Une vie à tout prix », parce qu’il a un rapport très spécial avec ma vie ordinaire.

 

As-tu un avis sur l’avenir du livre ? Les nouvelles technologies vont-elles le tuer ?

Le livre électronique (avec téléchargements) existe déjà et va probablement déferler comme l’a fait le téléphone portable. J’y vois beaucoup d’avantages, en particulier dans le domaine des livres scolaires, de la documentation, des ouvrages techniques, des dictionnaires, encyclopédies et autres livres liés à la transmission des connaissances. Pour un enfant, avoir tous ses livres de classe + dictionnaires et encyclopédies + des BD, des Mangas et quelques romans sous la forme d’une tablette de 300 grammes, c’est formidable. D’ailleurs, via internet, c’est déjà ce que je fais au quotidien.

Je ne suis pas passéiste, j’ai déjà goûté à cette technique. Je m’équiperai dès que le prix sera abordable et la technique bien au point.

Pour les fictions du genre roman, je crois que le livre papier a encore un très bel avenir. Il faudra, en particulier, satisfaire les habitudes des lecteurs existants. Avec ce type de lecture, on n’est pas à la recherche de l’efficacité ou de la rapidité, mais dans un domaine plus intime.

Mais l’essentiel ne réside pas dans les supports. D’ailleurs la question ne se pose pas parce qu’on n’a jamais vu dans l’histoire une avancée technologiques ou une découverte rester inemployée.

Quelle importance dans le domaine des fictions ces nouvelles techniques ne pourront pas se passer des auteurs, des créateurs. Par contre, le problème de la rémunération et de la propriété artistique est bien réel et loin d’être solutionné.

Liuvre électronique… livre papier… à l’époque de Gutenberg, ne se posait-on pas cette même question au moment du passage du manuscrit enluminé au livre imprimé ?

 

Quel style préfères-tu ? style indirect libre… « Je » ou « Il »…

J’emploie de plus en plus souvent un style direct, le « Je », voire même un « Je » pluriel quand le narrateur change à chaque chapitre en racontant l’histoire de son point de vue.

Mais j’ai utilisé toutes les formes.

 

Combien écris-tu de livres par an ? Est-il facile de vivre de sa plume ? Exerces-tu un autre métier ?

Selon les années, j’ai écrit entre 1 et 6/7 textes par an. Mais écrire n’est pas publier, encore moins gagner de l’argent. Certaines années, les droits d’auteur ne m’auraient pas permis de faire vivre ma famille plus de 15 jours. D’autres années ont été très belles et je me suis interrogé sur l’opportunité de consacrer tout mon temps à l’écriture.

Je n’ai jamais voulu abandonner mon métier d’enseignant, d’abord parce qu’il me passionnait, mais surtout parce que je me connais bien et que la hantise d’une fin de mois ne permettant pas à ma famille d’avoir une vie normale m’aurait complètement bloqué. Consacrer tout mon temps à l’écriture, donc à en vivre, c’était pour moi la certitude de ne plus rien écrire et de me payer des crises d’angoisse terribles.

Aujourd’hui, je suis enseignant retraité, ce qui est une position très confortable parce que je n’ai pas à me soucier des fins de mois et j’ai 100 % de mon temps pour l’écriture. Du coup, je me sens très libre d’écrire ce que je veux (même si je m’engage dans une histoire impubliable) et j’écris avec facilité.

 

Qualités et défauts de l‘homme ? qui rejaillissent sur l’écrivain ?

Je suis pédagogue et, dans mes textes, je dois lutter contre la tentation d’expliquer les choses, de répéter deux fois sous deux formes différentes. Toujours la peur de l’enseignant de ne pas avoir été compris par tous ses élèves. En général, quand je retravaille mes textes, j’ai pas mal de « gras » à enlever.

Côté qualité, je crois avoir une facilité à comprendre et adopter un autre point de vue que le mien, ce qui me permet de me glisser dans les personnages les plus divers.

 

Quelque chose à ajouter ? Quel est le personnage que tu as crée et qui t’a posé le plus de souci Pourquoi ?

Sans hésitation, le père de Mélanie dans « Une vie à tout prix ». Parce qu’il me ressemble beaucoup, qu’il est confronté à un dilemme impossible et que je voulais à tout prix justifier la position insoutenable qui était la mienne dans la vraie vie.

 

Quelle place a le mot dans tes romans ? Le vocabulaire est-il très important pour toi ?

Oui. J’essaie d’utiliser un vocabulaire sans complaisance, même pour les plus jeunes.

 

Fais-tu attention à la longueur de tes phrases ? Pierre Bottero faisait des phrases courtes ; parfois, il ne les finissait pas pour laisser le soin au lecteur d’imaginer, de rêver et donc de les terminer lui-même. Qu’est-ce qui fait que pour toi, une phrase est bonne ?

En jeunesse, j’utilise assez spontanément des phrases courtes, parce que j’ai le sentiment que c’est plus efficace.

Une phrase me semble bonne quand elle est, en même temps, précise et efficace d’une part, et que, d’autre part, elle laisse une plage d’initiative et de liberté au lecteur pour imaginer/construire l’histoire selon ses propres références.

 

Comment s’opère la collaboration avec ton éditeur au niveau de la correction des textes ? Un auteur libre, cela existe-t-il ?

En 30 ans, j’ai connu des situations très diverses, allant de l’absence totale de remarques qui laisse penser que le texte est publié sans être lu, au titillement agaçant voire insupportable qui consiste pour l’éditeur à exiger de l’auteur qu’il remplace le mot « joli » par « beau ». Une façon peut-être de le faire plier pour affirmer sa première place dans la hiérarchie.

J’ai travaillé avec plusieurs éditeurs qui, par contre, m’ont fait avancer (dont Caroline Westberg chez Rageot) en me poussant à retravailler certains passages parce qu’ils sentaient que j’étais porteur de choses qui n’étaient pas encore sorties. Avec le recul, j’ai le sentiment qu’ils m’ont aidé à « accoucher » plus complètement.

 

Quels sont les auteurs qui t’ont influencé? Pourquoi ? Que leur as-tu emprunté ?

A la naissance, un être humain, c’est comme une éponge neuve et sèche. Neuve, tu peux la presser, tu n’en sortiras pas une goutte d’eau.

Pour avoir une chance d’en sortir de l’eau, il faut d’abord la laisser dans un milieu humide afin qu’elle s’imbibe et se gonfle. Une fois bien imprégnée, tu as une chance qu’elle puisse restituer un peu d’eau quand tu la presseras.

En ce sens, tous les auteurs que j’ai lus ont, plus ou moins, contribué à humidifier mon éponge. Ils m’ont tous, à des degrés divers, influencé. Mais, comme j’ai digéré ces lectures, ces influences sont devenues miennes et je ne m’en rends plus compte.

Si, toutefois, quand j’écris une histoire qui tourne autour de Noël, parce que j’adopte spontanément l’atmosphère des « Trois messes basses »  et l’écriture de Daudet.

 

 

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Published by Le cédéiste - dans INTERVIEWS du Cédéiste
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POURQUOI ce BLOG ?

 Le BLOG consacré
aux AUTEURS,
à la LITTERATURE JEUNESSE
et à L'ECRITURE
.

Enfants 1 199La lecture est une nécessité dans le monde moderne. Elle permet de maîtriser la langue, de développer l’imaginaire, de structurer la pensée, d’accéder au savoir, d'acquérir du vocabulaire... C’est pourquoi parents et enseignants se lamentent lorsque les enfants ne lisent pas et les ados encore moins. Pourtant, ils prendront PLAISIR à lire... pur cela, il suffit de les juindécembre2010 225aider à ouvrir la porte.

 

 

 

 

 

 

  

 

 

  

 

 Avec ce blog, j'aimerais :
 * faire découvrir la littérature jeunesse,l'écriture et les auteurs pour la jeunesse
partager une passion et pourquoi pas donner envie de lire et de rêver entre les pages.  

juindécembre2010 260Le livre est une véritable source de plaisir, de joie et d'émotion. Beaucoup d’élèves disent ne pas aimer lire. Je ne suis pas loin de penser que TOUS aiment lire, sans exception ! Le plus difficile pour eux est de parvenir à trouver dans la masse, LE livre, celui qui ne va pas les endormir… juindécembre2010 227LE LIVRE, celui qui va leur "parler", le livre qui leur correspond, le livre qui va leur remuer les tripes, les boyaux, les neurones, la tête !!!  

Enfants 1 178-copie-1Personne n'aime lire toutes les histoires, tous les livres. Evidemment. Il existe donc des "critères" à appliquer pour trouver et emprunter la perle, le livre qui va faire définitivement plonger dans le plaisir de lire !

Dans le livre on fait de merveilleuses rencontres, on découvre plein d'amis, on voyage, on s'ouvre sur le monde, on vit des aventures que l'on ne connaîtra jamais dans la vie de tous les jours : on embrasse des princesses, on escalade des rochers, on "zigouille" les méchants, on galope sur des chevaux lancés à la poursuite de terribles bandits ... bref, on fait de fabuleux voyages pour... "sourire, rêver et aimer" (Lisez "Le type" de Philippe Barbeau.) !!

Enfants 1 258Dans ce blog, il sera question des hommes et des femmes qui écrivent : les écrivains pour la jeunesse. Les ouvrages de littérature jeunesse de qualité seront présentés, racontés, "décortiqués"...
Vous lirez des interviews de professionnels, vous découvrirez des portraits, le monde de la chaîne du livre (éditeurs, imprimeurs, libraires...), vous trouverez également des conseils, vous ferez des rencontres, participerez à des débats, vous lirez des expériences d'animations pédagogiques autour des livres, vous découvrirez des "paroles" d'élèves, d'enseignants, des textes et.... plein d'autres choses encore !

juindécembre2010 224

 Brigitte Coppin 015
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    "Les gens qui aiment lire sont rarement des salauds !"
Xavier-Laurent PETIT
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  SPECTACLES

   

  "Salomon, vous vous rendez-compte ?"

de Christophe Boutier

 

spectacle radeau 010 

 

Sa majesté des couches"

de Christophe Boutier  

 

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  Une comédie en V actes écrite et mise en scène par Christophe Boutier

L’histoire de la séduction, de l’enfant et de sa famille depuis la préhistoire jusqu’à l’enfant-roi du XXIème siècle.

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Sur scène, il y avait :

- 14 comédiens 

- Six musiciens professionnels dont Michel Léger, accompagnateur de vedettes de la chanson et du cabaret, telles que La Bande à Basile, Daniel Guichard, Zanini, Jean Constantin, André Aubert (Don Patillo)...

- la chorale du collège de Xavier Bélanger (professeur d'éducation musicale qui a mis en musique le spectacle) qui a interprété des chansons de variété en rapport avec l'enfance.

- des projections murales assurées par les élèves de l'option image (Eddy Dabrigeon...) du collège, option dirigée par Cécile Cotten,  professeur d’Arts plastiques.

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Les spectacles précédents

 

2013- Le temps du maquis"

2012 - "Salomon, vous vous rendez compte ?"

2011 - "Sa majesté des couches"(Gannat)

2010 - "Hommes-Femmes, nos amis les bêtes"  : 2ème épisode (Gannat)

2010 - "Un zèbre sur la banquise" (Gannat)

2009 - "Hommes-Femmes, nos amis les bêtes " : 1er épisode (Lapalisse)

2008 - "La farce vaudevillesquement tragique de la chambre forte du jugement dernier. " (Lapalisse)

2007 - "Le terrier zeixcoussois en Zinzinmouli ou la complainte des comédiens en danger" (Saint- Prix)

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    Un grand MERCI donc à tous les écrivains jeunesse
 que j'épuise et à qui je donne mal à la tête !!!
Ah ! Ah !!

Enfants 1 224Christian Grenier, Eric Boisset, Alain Grousset, Alain Surget, Béatrice Nicodème, Anne-Marie Desplat-Duc, Susie Morgenstern, Arthur Ténor, Hubert Ben Kemoun, Jean-Côme Noguès, Marc Séassau, Fabrice Colin,  Lorris Murail, Roger Judenne, Philippe Barbeau, Anne Ferrier, Evelyne Brisou-Pellen, Eric Sanvoisin, Christophe Léon, Jean-Luc Luciani, Béatrice Egémar, Magali Herbert, Guy Jimenes, Jean-Claude Mourlevat, Raymond Perrin, Jean-Baptiste Evette, Marc Cantin, Claire Gratias, Christophe Miraucourt, Xavier Bascour, François Librini, René Gouichoux, Yaël Hassan, Jean-Marc Ligny, Marie-Aude Murail, Cécile Roumiguière, Brigitte Coppin, Dorothée Piatek, Sophie Audouin-Mamikonian, Fanny Joly, Johan Héliot, Jack Chaboud, Jean-Luc Marcastel, Stéphane Daniel, Emmanuelle et Benoît de Saint Chamas, Jean-Paul Gourévitch, Michèle Laframboise., Florence Hinckel, Christophe Loupy, Lénia Major, Viviane Koenig, Marie Mélisou..

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... évoque le BLOG sur la littérature jeunesse.

 

"Des conseils pratiques de pro à pro, des interviews délicieuses et des
articles écrits par des écrivains ou des éditeurs, des bibliographies,
des réflexions sur la littérature jeunesse, des coups de coeur et
 des anecdotes...On trouvera tout cela (!) sur le blog de C
hristophe
Boutier, professeur documentaliste  au collège de Gannat (Allier).

Les petits articles de réflexion sur certains aspects de la littérature
jeunesse sont parmi les plus intéressants, d'autant plus qu'ils soulèvent
parfois des points souvent peu vus : les genres relevant de l'imaginaire
et les critères de classification (science fiction, fantasy...), les styles
d'écriture (classique, moderne…), ou encore le souci de la véracité dans
les romans historiques jeunesse.

En plus de cela, on trouvera une liste impressionnante de sites
d'écrivains  et des ressources diverses et variées qui émaillent les
articles (liens vers des  sites de séries jeunesse, des conférences
en ligne...), des « trucs et astuces » de Doc pour aimer et faire
aimer la lecture, des bibliographies...

Si la mise en page gagnerait à être un peu plus claire et lisible, le côté
bric-à-brac (où on flâne volontiers de longs moments) perdrait de son
charme...

Par un prof-doc amoureux et défenseur acharné de la littérature
jeunesse.
"

 

Rubriques

CULTURE au CDI de Gannat

Collège de Gannat (03)

" Fête de la culture, de la lecture et de l'écriture"

  Mai 2013 - 4ème édition

Eric Boisset 

Mai 2013 145

ArthuArthur Ténor 024r Ténor

Alain Surget 

Alain Surget 053

 

Mai 2012 - 3ème édition

 Jean-Luc Marcastel

jean-luc-MARCASTEL-010.jpg

Brigitte Coppin 

      Brigitte-Coppin-013.jpg

 

Mai 2011 - 2ème édition

Philippe Barbeau, Christian Couty

juindécembre2010 236

Béatrice Nicodème

 

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Juin 2010 - la 1ère édition :

 

Alain GROUSSETet Christian GRENIERétaient parmi nous pour évoquer la Science-Fiction (SF) etpour débattre des nouvelles technologiesqui pourraient "tuer » les livres...

 Enfants 1 196

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Le nouveau spectacle du collège

Joseph Hennequin de Gannat, dans l’Allier.

 

 

La troupe de théâtre du collège Hennequin, composée cette année de 30 comédiens issus des quatre niveaux de classes, a réalisé un film (un vrai ! en noir et blanc)écrit par Christophe Boutier, professeur documentaliste, « Le temps du maquis» (vendredi 14 juin 2013, centre socio culturel de Gannat). Xavier Bélanger, professeur d’Education musicale, assurera la mise en musique.

Ce film présente la dure réalité de la vie quotidienne et clandestine, au milieu de la forêt,d’hommes et de femmes – les maquisards - remarquablement courageux qui recoururent, au péril de leur vie, à la guérilla pour s’attaquer à la milice du Maréchal Pétain et aux troupes d’occupation allemande.

Ce spectacle entre dans le cadre du projet « Devoir de mémoire », une option du collège menée en classe de 3ème. Les 16 élèves de cette option dirigée par M. Bellet, professeur d'Histoire, présenteront la soirée :

En 1ère partie, un court métrage : Roger VENUAT, résistant dans le maquis de Hérisson (Allier, 03), au collège Joseph Hennequin.

En 2ème partie, la pièce de théâtre, « Le temps du maquis »

ENTREE GRATUITE

  

QUI SUIS-JE ?

Je suis Christophe BOUTIER, professeur documentaliste au collège de Gannat (1 rue Joseph Hennequin. 03800 GANNAT) , dans l’Allier, en Auvergne.

Passionné par la littérature jeunesse, l'écriture, la lecture... j'ai découvert, grâce à ma profession cette littérature - une vraie littérature ! - qui comporte de magnifiques textes. Et derrière des mots adressés, peut-être davantage aux enfants, aux adolescents - quoi qu'un bon texte doit pouvoir être lu par tous sans aucune histoire d'âge ! - se cachent des écrivains adorables, des personnes d'une incroyable richesse humaine, intellectuelle et culturelle, des gens de talent que j'ai/j'ai eu la chance pour certains de côtoyer !

Aujourd'hui, j'éprouve le besoin de partager mon amour des auteurs jeunesse et de leur oeuvre ! je compte également sur vous lecteurs pour faire vivre ce blog, mutualiser nos expériences, nos connaissances, nos réflexions et... débattre.

 
Mon autre BLOG, celui du CDI du collège de GANNAT :
http://www.cdi.gannat.over-blog.com