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Présentation

  • : Le blog de CHRISTOPHE BOUTIER, professeur documentaliste au collège de St Germain-des-Fossés, dans l'Allier
  • : Blog qui a pour objectif de parler de la littérature jeunesse, des écrivains jeunesse... pour donner le goût de lire aux adolescents. L'objectif est également d'intéresser à la culture. Il s'agit aussi de faire découvrir cette littérature à part entière aux adultes.
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Le Vampire Du Cdi

  • Le cédéiste
  • Je suis le "VAMPIRE d'un CDI" auvergnat !

ANECDOTES

Pierre BOTTERO,

le Seigneur des ados !

 

Pierre Bottero était fier d’être un auteur jeunesse - une littérature qui n’a rien à envier en qualité à la littérature « vieillesse. » S’il n’était pas qu’un auteur de fantasy, il faut bien reconnaître que c’est à cette littérature de l’Imaginaire qu’il dût son incroyable succès !

Dès l’enfance, il tombait dans la marmite de la fantasy. Il dévorait Tolkien (Un choc ! S’en suivi, plus tard, l’idée que la fantasy ne pouvait s’écrire que sous la forme d’une trilogie), Zelasny, Farmer, Moorcock, Vinge, Howard… Les grands noms qui allaient lui permettre de devenir l’auteur que nous connaissons. Plus tard, il appréciera les auteurs « jeunesse » tels que Erik L’homme, Hervé Jubert, Fabrice Colin ou Philip Pullman, Eoin Colfer pour ne citer qu’eux. Il n’y a pas de concurrence en littérature jeunesse, les auteurs s’apprécient, se côtoient, se téléphonent, se rencontrent, se parlent, rêvent ensemble d’histoires communes. Ainsi Erik L’Homme et Pierre imaginaient ensemble, « A comme assassins »…

De ses lectures, Pierre Bottero ne devait pas ressortir indemne.

C’est par hasard qu’il se lançait dans l’écriture, pour aider sa fille qui séchait devant un concours d'écriture : il rédigeait quelques pages sur son ordinateur, se piquait au jeu, poursuivait (son épouse réclamait la suite), envoyait le texte à un éditeur qui le publiait... Il était dit qu’il n’arrêterait plu. Marqué à tout jamais par Tolkien, il était évident qu’un jour, il s’essaierait à la fantasy. C’est ainsi que naquirent « La quête d’Ewilan », « Les mondes d’Ewilan » et « Le pacte des Machombres. »

 

 

 

Pierre Bottero se fichait éperdument du cadre dans lequel on allait placer ses romans. Mais pour les « techniciens, l’auteur lui-même évoquait la Low Fantasy. Il s’agit d’une low fantasy - inspirée par ses jeux d'enfant, ses rêves d'adulte, ses lectures et les émotions ressenties au quotidien - dans laquelle existe un équilibre entre le bien et le mal, le courage, la volonté et la détermination où domine le désir de tout ramener à des intérêts individuels (égoïsme forcené, aveuglement quant à la mise en danger des équilibres…). Un parallèle pourrait d’ailleurs être établi entre le chaos décrit et notre monde réel. Mais attention. Les propos de Pierre ne demeurent pas sombres, ils restent optimistes. Pour avancer ! Avec pour personnages principaux des… femmes. Pierre était fondamentalement féministe. Il aimait à dire qu’il y avait moins de « cons » chez elles que chez les hommes. Toutefois, Pierer Bottero n’a jamais cherché à donner des leçons, il se méfiait trop pour cela des « transmetteurs » de valeurs et des donneurs de leçons. Le livre était pour lui un objet de partage.

Ce partage, il l’avait avec sa famille qui appréciait ce qu’il écrivait et qui le rassurait : Claudine, son épouse, ses deux filles lisaient ce qu’il écrivait avant publication.

 

 

 

Lorsque Pierre Bottero était invité dans un salon du livre pour une dédicace, il faisait partie des auteurs les plus demandés (il ne faisait pas bon signer à côté de lui !) : les impressionnantes files d’attentes composées de lecteurs (jeunes et moins… jeunes !) en témoignaient. C’est avec émotion qu’ils recevaient tous les messages de sympathie et… d’amour. Ses livres touchaient, ses histoires permettaient le partage et faisaient rêver, Pierre vivait alors une aventure … magique.

Il avait beau affolé le compteur des ventes, ce qui avait un réel impact sur lui, c’était :  de percevoir la flamme dans les yeux de ses « fans » (euh ! il n’aimait pas le mot), de recevoir leurs avis, de parler avec eux.

Tant d’amour le gonflait à bloc et lui transmettait une énergie positive.

C’est pourquoi, ce succès (qui lui permit d’abandonner son métier d’instituteur) qu’il percevait intensément, à la fois avec bonheur (évidemment !) et tranquillité, lui donnait également un sentiment de responsabilité. Ainsi, s’il savait se montrer reconnaissant envers ceux qui l’avaient aidé à améliorer son écriture (Caroline Westberg, son éditrice chez Rageot), il avait également de la considération pour ce public à qui il devait tant. Quand vous rencontriez Pierre, assis derrière sa table de dédicace, vous aviez le sentiment qu’il n’attendait que vous ! Pierre veillait soigneusement à être proche de son « public », un de ses… bonheurs. Il respectait humainement ses visiteurs et ses lecteurs en leur offrant des histoires dont il voulait qu’elles évitent facilité et démagogie. Il apportait ainsi beaucoup de soin et d’exigences aux corrections, un travail exigeant, vorace en temps et en énergie.

 

L’écriture de Pierre Bottero avec « Le pacte des marchombres » avait atteint une belle maturité. C’est ce que Pierre lui-même soulignait quand il affirmait que « c’est en écrivant qu’on apprend à écrire. » En effet, cette dernière trilogie qui met en scène le personnage d’Ellana est moins légère, plus complexe, que celle de « La quête d’Ewilan » : l’auteur avait eu le sentiment d’avoir grandi, évolué et de s’être trouvé, un sentiment accompagné par le désir de partager encore davantage avec le lecteur. Pierre Bottero était un homme intègre, voilà pourquoi il continue d’être autant aimé. A la lecture de ses trilogies, cette sincérité transpire. Pierre prenait un immense plaisir à écrire, à « rêver », à imaginer le monde (issu d’un vieux rêve de liberté absolue) d’Ewilan, d'Ellana. Il prenait un immense plaisir lorsque d’autres que lui se baladaient dans "ses" mondes. Pierre Bottero écrivait pour être lu mais aussi pour explorer des contrées inconnues (se connaître lui-même ?) et entraîner à sa suite tous ceux qui étaient tentés par l'aventure... Quand il mettait le point final, c’était à la fois une joie (celle d’avoir terminée et d’être satisfait du résultat) et une déchirure (celle de quitter l’univers crée)… Un sentiment d'être coupé d'une part de soi-même avec l’irrésistible envie de replonger très vite.

 

Pierre le « poète » accordait beaucoup d’importance au travail de réflexion qui précède l’écriture. Lorsqu’il attaquait le premier chapitre d’un roman, la trame générale était dans son esprit, il connaissait très bien ses personnages. Ensuite, plongé dans le cœur du roman, il écrivait sans arrêt, du matin au soir, parfois pendant la nuit. Puis, il pouvait ne plus écrire pendant des semaines Enfin, presque car il écrivait toujours… dans sa tête. Quand il n’écrivait pas, il écrivait sans écrire. Pierre était un homme normal qui aimait lire, courir, menuiser, bucheronner, voyager, rencontrer, parler, rêver… et sourire ! Ah, ce sourire !I

L’écriture de Pierre était une écriture « vraie », sans complaisance, une écriture qui venait des tripes, un cadeau offert au lecteur. Il n’était satisfait que si les mots qu’il employait correspondaient réellement à ce qu’il souhaitait écrire. Cette honnêteté, il la devait à ses lecteurs. Pierre était un travailleur qui reprenait, sans cesse, son récit, la cohérence, le fond, la forme… C’est pourquoi il prenait grand soin, malgré les pressions des lecteurs, de ne pas chercher à publier, à tout prix, trop rapidement. Il était persuadé qu’il valait mieux patienter et faire patienter plutôt que de se décevoir et décevoir. Il pendait qu’il fallait laisser le temps à l’histoire de pousser, à son rythme...

 

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   "Le Loup à la voix de miel"
Marc SEASSAU (Grasset jeunesse)

J’ai fait venir dans le collège où je travaillais alors, l’écrivain Marc Séassau.  La journée fut belle et pleine d’émotion notamment lorsque Marc anima une rencontre à deux voix (j’adore organiser ce genre de rencontres : 2 auteurs face à une classe en même temps !) avec Jean-Côme NOGUES qu’il avait adoré lire lorsqu’il était ado.

Marc Séassau a écrit ce roman « Le loup à la voix de miel » parce qu’il a été marqué par sa convocation comme juré dans une affaire de viol. Dans son récit, il narre l’entrée en 6ème d’une petite fille qui, anonymement, dépose des extraits de « Peau d’âne » dans les poches, de sa « marraine », une élève de 3ème.  L’appel au secours était évident !

Cette rencontre a déclenché un phénomène pour le moins inattendu dont j'ai été le témoin, involontaire : il m'a fallu trois semaines pour comprendre ce qui m’arrivais !

Je trouvais régulièrement par terre, dans le CDI, toujours disposées par deux, des photos représentants des scènes classiques de la vie d'une famille avec une de nos élèves de 6ème (anniversaires...). J'ai évidemment rendu ces photos à l'élève qui, agressive, semblait ne pas comprendre pourquoi je détenais son bien. C'est tout juste si elle acceptait de reconnaître qu'il s'agissait d'elle sur les clichés ! Ces scènes se sont régulièrement reproduites ( trois, quatre fois pendant trois semaines) jusqu'au jour où j'ai eu un déclic  : une seule photo sur le sol évoquant la petite sur les genoux d'un homme. J'ai de suite compris (Peau d’âne !), j'ai alerté l'infirmière, la Principale du collège... Cette élève avait eu l’idée de reproduire ce que l’héroïne du roman faisait.
Voilà ce qu'uns simple rencontre d'écrivain peut entraîner en dehors du plaisir de lire.
Le roman avait libéré la parole de l’élève !


Nous en avons évidemment parlé avec Marc Séassau qui était évidemment KO : comment ne pas l'être ? Il avait écrit ce roman un peu dans un but pédagogique mais quand la réalité dépasse la fiction...

Recherche

PERLES de LECTURE

 Le collège de Gannat

 a voyagé dans le temps !

 

 Après la lecture des romans historiques jeunesse de Béatrice Nicodème....

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« Oyez ! Oyez gente dames et damoiseaux ! Entrez dans le Moyen Age ! » Ainsi s’est écrié le troubadour, jeudi 9 juin 2011, dans la plaine gannatoise : deux cent élèves de 5ème du collège Hennequin et CM2 des écoles du Malcourlet, de Pasteur et de Jean Jaurès ont bravement et « prestement » effectué le « pas sur le côté » pour revêtir leur cotte de maille et ainsi plonger en plein XIVème siècle.

  

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  Pour rendre vivant et attractif le Moyen Age, période étudiée en classe et encore largement visible dans la cité des portes occitanes, Gannat, douze comédiens et cascadeurs professionnels de la compagnie toulousaine ARMUTAN, ont chevauché leurs destriers pour répondre à l’olifant de Christophe Boutier, professeur documentaliste, initiateur de cet imposant projet, « Cultures, loisirs et genres de vie au Moyen Age », un projet fédérateur d’énergie d’une année.

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Un campement faits de plusieurs tentes, de peaux de bêtes, de râteliers d’armes, de tonneaux… a été établi dans la partie herbeuse et arborée de l’établissement scolaire. Les écuyers – élèves, aux yeux brillant de plaisir, répartis en six « compagnies » de « routiers » qui répondaient au nom d’un  célèbre homme de guerre, du Guesclin, Prince noir ou bien d’un roi, Philippe Auguste…ont défilé avec leurs bannières dans les sept ateliers pédagogiques pendant six heures.  Ainsi, ils ont été initiés à l’archerie, au maniement des armes, au combat rapproché, à l’héraldique – l’art de faire son blason – à la danse, aux instruments et à la musique, à la jonglerie… Le capitaine « Barbepeste » et ses sbires ont alors conquis la « piétaille » qui après explications et démonstrations, devait mettre en pratique l’enseignement de leurs maîtres…  

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 Les corps fatigués furent réparés par le succulent banquet médiéval régional (tortillons gannatois, galichons d’Escurolles, fromages de chèvres de Bellenaves, Fraises bourbonnaises sur lit de fromage blanc de campagne de Cérilly étaient inscrits sur le très beau papier imprimé à l’ancienne par le moulin Richard de Bas ), pris en musique, et proposé par le chef, Sylvain Bruno. Une projection d’images, capturées dans la matinée, proposées par les élèves de l’atelier image du collège lors du repas, a également ravi les convives.

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En fin d'après-midi, les petits occitans, tout sourire, étaient regroupés pour assister à un spectacle de jongleries burlesques proposées par « Grand mètres Yann »,  à de la poésie lyrique, et à une impressionnante saynète de combats à l’épée accompagnée par la musique du groupe DAYAZELL.

 

Quel bonheur ! Quelle joie d'avoir vu les yeux des enfants pétiller de plaisir ! Quel  moment de vie ! Il ne fait aucun doute que cette journée unanimement saluée comme étant extraordinaire restera gravée dans les mémoires.

  351.JPG Alors, un grand MERCI à tous ceux qui ont participé à la réussite du projet ! Les personnels du collège Hennequin, la mairie de Gannat, les mécènes, les comédiens si sympathiques et bien sûr…les élèves !

 

Pour en savoir davantage :

 

RV sur le blog du collège de Gannat (03),

une 100e de photos...

 

http://cdi.gannat.over-blog.com/

 

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A propos de ce blog !

 

Lu dans « La nouvelle encyclopédie des filles 2011 » de Sonia Feertchak ((Plon)

 

« Le blog passionné et passionnant d’un professeur documentaliste  fou de littérature jeunesse, pour « sourire, rêver, aimer ». Des articles vivants sur la lecture, qui donnent envie de découvrir plein de livres et autant d’auteurs

 

 

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A lire, vraiment !




 

 

 

 

 

 

 

 

   

A travers de nombreuses anecdotes Christian Grenier évoque son enfance placée sous le signe du théâtre et de la lecture, son adolescence marquée par l'écriture et la passion. Il relate son parcours d'enseignant, d'auteur mais aussi de lecteur-correcteur, journaliste, scénariste et directeur de collection. Il se penche également sur les mécanismes intimes de l'imaginaire, détaille la genèse de ses oeuvres et fait pénétrer le lecteur dans les coulisses de l'écriture et de l'édition. Enfin il s'interroge sur les principes qui font d'une fiction un récit pour la jeunesse. Regorgeant de confessions, de convictions et de passion, ce témoignage d'une vie consacrée à la littérature jeunesse se lit comme un roman.
 

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Le MOT du JOUR : ......

    "Des millions de gens vivent sans lire, mais ce qu'ils ignorent,

c'est qu'on vit infiniment plus en lisant."

Xavier-Laurent PETIT

  

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Je vous livre l'adresse du blog de mon nouveau cdi et collège : http://colllafontaine.over-blog.com/

 

depuis octobre 2009

 

 

6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 10:09

La totalité de l'interview de l'écrivain Jean Baptiste Evette pour le blog.


Jean-Baptiste, comment se situe l’auteur aujourd’hui par rapport à l’auteur des débuts ? Il y a-t-il une différence (style, pensée, méthode…)

 

C’est curieux, chaque roman est une tentative différente et je n’ai pas l’impression de cumuler une expérience qui rende l’écriture plus facile. À chaque fois, c’est une aventure au fond de mon laboratoire, avec des recherches approfondies, de nouvelles angoisses, de nouveaux périls, de nouvelles hésitations. Par ailleurs, je pense que mon écriture a changé, elle doit être un peu plus sèche et présenter moins de redondances. Cela dit, comme j’ai passé dix ans à écrire sans confier quoi que ce soit à lire, j’ai appris assez tôt certaines choses. Si j’ai fixé plan trop précis, par exemple, je m’ennuie assez vite, puisque j’ai moins de liberté pour inventer.

            Peut-être deviens-je aussi plus modeste en vieillissant, mais il me reste beaucoup de progrès à faire, comment vous le verrez en lisant la suite.

 

·  Pourquoi écris-tu ? Est-ce quelque chose de facile à expliquer ?

 

En effet, ce n’est pas facile à expliquer, c’est comme répondre à la question pourquoi vivez-vous, cependant, j’ai déjà mis au point un certain nombre de réponses à l’occasion d’un questionnaire que m’avaient soumis de jeunes lecteurs :

J’écris des livres parce que sans livres je serais déjà mort.

J’écris des livres pour séduire les filles (et une en particulier), pour étonner les enfants.

J’écris des livres parce que la vie est aussi une chose très triste et qu’il n’y a que la beauté pour rendre cette tristesse supportable.

J’écris des livres parce qu’il manque quelque chose à ma vie et que, sans la combler, les livres me permettent de vivre avec ce manque.

J’écris des livres pour être riche et célèbre.

J’écris des livres pour raconter une histoire qui m’échappe toujours et que toujours j’essaie de ressaisir.

J’écris des livres parce que j’écris des livres.

 

·  C’est quoi être écrivain ? Pour toi, écrire c’est quoi ?

 

Honnêtement, je doute que cela soit un métier, ainsi : pas de collègues, pas d’horaires fixes, pas de lieu de travail, une rémunération qui n’a rien à voir avec la somme de travail engagé. C’est une vie d’étude et d’écriture, solitaire et parfois difficile. Ce que disait Boileau au 17e siècle reste vrai, être écrivain, c’est aussi biffer, corriger, récrire, récrire encore, retravailler, être exigeant, mais c’est aussi être réceptif, savoir se mettre à la place des autres, afin de pouvoir créer des personnages de roman.

 

·   Arthur Ténor parle de lui comme étant un « explorateur de l’imaginaire » et toi ? Quel écrivain es-tu ?

 

Jolie formule. Moi, je serais le docteur Frankenstein de la littérature. Dans l’obscurité de mon laboratoire, situé dans une maison moyenâgeuse, je couds, je rafistole et j’assemble pour créer un être, le plus beau possible. Et puis, au moment de l’animer, de le laisser partir, je prends peur en voyant le monstre que j’ai créé et il s’échappe en cassant les carreaux.

 

·  La littérature c’est quoi ? Cela sous entend que tout ne serait pas littérature…

 

Je n’ai aucun doute là-dessus, tout n’est pas littérature. Il faut un niveau d’honnêteté, de soin, de réflexion, d’originalité, d’adéquation entre la forme et le contenu qui ne se trouve pas dans tous les ouvrages imprimés. Cependant il est clair qu’on trouve aussi de la véritable littérature dans les rayons policier, fantastique, science-fiction ou jeunesse des librairies. Ce n’est pas là que se situe le clivage. La véritable littérature rend acceptable, comme je le disais, la souffrance d’être au monde, la rachète par la beauté, la drôlerie, l’imagination ; elle ne se soumet pas aux études de marché, elle se garde de la démagogie, elle n’est pas non plus un lieu où célébrer le culte de soi-même.

 

·  Qu’est-ce ce que la littérature jeunesse ? Une littérature à part entière ? Qu’est-ce qu’un auteur jeunesse ?

 

Je ne sais pas bien. J’essaie justement d’écrire des livres qui puissent être lus par les adultes comme par les enfants. Par ailleurs, il paraît évident que certains textes classés en jeunesse dans les librairies appartiennent à la littérature tout court. J’aimerais bien y parvenir.

 

·  L’écriture a-t-elle toujours été en toi ou est-ce quelque chose qui est arrivé tardivement dans ta vie ? Elément déclencheur ?

 

Enfant, j’étais déjà un lecteur insatiable et, naturellement, l’écriture me paraissait une activité extraordinaire, désirable, mais j’ai surtout mis très longtemps à achever quelque chose de présentable et à oser le faire lire. J’ai commencé à écrire sur les bancs du lycée, quand je m’ennuyais en cours, pourtant cela ne s’est concrétisé qu’une dizaine d’années plus tard, à un moment bien précis, cependant je n’en dirai pas plus, car même ceux qui écrivent (et même s’ils sont égocentriques et exhibitionnistes) ont droit à une vie privée.

 

·  Ecris-tu pour toi ? pour un public ? Le public/l’éditeur t’a t-il influencé ?

 

C’est tout simple, le livre établit en lien entre auteur et lecteur, on écrit pour soi et pour l’autre dans le même mouvement. Pour l’électricité, il faut le moins et le plus, pour la lecture, celui qui écrit et celui qui lit.

J’écoute toujours avec intérêt et respect les remarques de mes lecteurs et celles de mon éditeur qui est, d’ailleurs, lui aussi un lecteur, un des premiers chronologiquement parlant. Elles sont très importantes parce que personne ne peut lire vraiment son propre livre et tout ce que nous avons comme élément d’évaluation (au-delà du sentiment intérieur obscur d’avoir réussi ou échoué) provient des autres. Cela n’empêche pas que j’entends beaucoup de choses qui ne m’intéressent pas du tout : « Quand est-ce que vous écrirez quelque chose de plus rose ? de moins long ? ».

 

·  Comment définis-tu tes romans ? qu’est-ce qui te guide ? te pousse ? te fais avancer ?

 

Mes romans relèvent plutôt du romanesque, ils sont marqués par des influences diverses, la littérature populaire de la fin du 19e et du début du 20e, par exemple. Ils empruntent à différents genres littéraires, plutôt qu’ils ne se coulent dans un seul moule. À part ça, je suis guidé et poussé par l’envie d’écrire un bon livre, comme les alchimistes de jadis cherchaient la pierre philosophale, et je ne sais pas si cela se produira, au moins j’aurai essayé.

 

·   Je vais me faire l’avocat du diable ! Volontairement. Peut-on tout écrire quand on sait qu’on est lu par des ados ? Evoquer les affres de notre société n’est-il pas périlleux pour le moral de notre jeunesse ?

 

Faudrait-il mentir aux plus jeunes ? Si j’adore la fiction, le mensonge me fait horreur. C’est un cancer qui ronge les familles et les sociétés. Je pense qu’il faut dire la vérité, toujours. Chaque fois que je le peux, j’explique aux enfants et aux adolescents, qu’on a toutes les raisons d’être pessimistes et qu’il faut pourtant espérer. Il faut lutter même si la défaite est assurée, que c’est notre devoir en tant qu’hommes et femmes. L’espérance est une obligation. De toute manière, nos histoires personnelles finissent mal, à la fin, on meurt, toujours.

 

·   Est-il facile d’être engagé et publié ? L’écriture engagée intéresse-t-elle encore ?

 

Bien sûr, mais un roman ne peut pas être un programme de parti politique ni une déclaration de principes abstraits ; les idées doivent s’intégrer intimement à la fiction, à l’écriture au point de ne pouvoir en être séparées. Beaucoup de choses, depuis le choix du sujet, jusqu’à celui du mot relèvent d’un engagement. Si pour parler de licenciements, par exemple, l’on accepte le mot « dégraissage », qui veut dire étymologiquement « nettoyer de sa graisse », on fait un choix idéologique.

 

·   Comment l’auteur que tu es peut-il garder son indépendance, ses idéaux tout en continuant d’exister sur le marché ?

 

Ah, je ne sais pas si je continue à exister sur le marché, sans doute je n’y pèse pas lourd, alors je n’éprouve aucun mal à rester fidèle à mes idéaux et à garder mon indépendance de jugement. D’ailleurs, je crois que sans indépendance, sans individualité on n’écrit rien d’intéressant.

 

·   Les éditeurs mènent des études pour connaître les goûts des lecteurs (en matière d’histoires, de personnages…) Comment fais-tu pour résister aux modes (dragons, magie…) et toujours être heureusement un auteur apprécié ?

 

Les éditeurs qui se livrent à ce genre d’enquêtes commerciales ne m’intéressent pas, elles révèlent surtout un manque d’imagination et d’ambition de la part de ceux qui les commandent. Quant aux dragons et aux elfes de ce qu’on appelle en anglais la Fantasy, même si je les connais bien, car j’ai lu les romans du cycle arthurien, les épopées traduites de l’ancien irlandais, du vieux saxon ou les sagas islandaises, il me paraît extrêmement difficile de faire autre chose que  des décalques pas très intéressants de J. R. R Tolkien, l’auteur du Seigneur des anneaux, alors je m’abstiens. Notons tout de même quelques exceptions, la série des Royaume du Nord de Pullman, ou le cycle de Suldrun, de Jack Vance, ainsi que celui des Épées de Fritz Leiber.

 

·  Cette fameuse imagination, d’où vient-elle ? de quoi t’inspires-tu ?

 

L’imagination est un travail. Tout le monde possède au départ une capacité à produire des images, tout le monde sait s’inventer une histoire, après, si on le veut, on peut la pousser dans ses retranchements, l’obliger à travailler même quand elle voudrait dormir, lui demander de savoir comment est une rue au 16e siècle, ce qui se trouve dans une pièce vide, les traces qu’ont laissées les meubles et les objets qu’on a enlevés.

            Ce qui m’inspire : tout un monde de lectures, de films, de voyages, quelques vieux objets, une casse d’imprimerie, un couteau forgé au Burkina-Faso dans un vrai feu, des mots aussi, parfois piochés dans un vieux dictionnaire.

 

·  Qui te lis en premier ? Un proche ? Pourquoi ?

 

Je ne donne à lire que lorsque c’est pratiquement fini, pour que les réactions négatives ne m’empêchent pas de mener le travail jusqu’au bout. Après, ce sont en effet des proches qui me lisent et quelques lecteurs fidèles de la première heure, ceux qui ont cru en mon travail à une époque où les éditeurs le refusaient.

 

·  Comment crées-tu tes personnages ?

 

Je ne sais pas, à vrai dire ; leur apparition va souvent avec l’invention de leur nom, leur position dans une famille ou dans une société. Je me multiplie aussi, pour être chacun d’eux, pour être la victime et l’assassin. La naissance du personnage est un moment clé et mystérieux de la genèse d’une fiction. Le choix de la personne grammaticale « je » ou « il » ou « elle » change les données de la question.

 

·  Comment procèdes-tu pour écrire ? Un plan ? des carnets ?

 

Comme je l’écrivais plus haut, chaque roman est une expérience unique et j’ai du mal à généraliser. Le plan ne doit pas empêcher les surprises. J’ai souvent eu des carnets avec des pages et des pages de notes à l’avance, mais pas toujours. En tout cas, il y a un long temps de recherche et de lecture en amont.

 

·  A quel moment de la journée écris-tu ? Avec quoi ? Une heure précise ? Isolement ?

 

J’ai longtemps écrit le soir ; ces dernières années, c’est plutôt le matin, au saut du lit, avec le café. L’idéal, c’est quand presque tout le monde dort encore et que je puis être seul avec mon texte et mes histoires.

 

·  Est-ce que ce sont tes personnages qui te mènent ? Par exemple, peuvent-ils te faire changer de voie en cours d’écriture ?

 

Cela arrive parfois, en général, c’est plutôt bon signe, cela signifie qu’ils prennent assez de cohérence, assez de chair pour infléchir le récit.

 

·  Est-ce que lecture et écriture vont de pair ? Faut-il aimer lire pour écrire ?

 

Comment imaginer l’une sans l’autre ? Si certains grands écrivains, comme Herman Melville ou Jack London ne sont pas restés longtemps à l’école, ils adoraient lire et s’embarquaient dans leur baleinier ou navire contrebandier avec une pile de livres dans leur sac de marin. C’est en lisant qu’on apprend à écrire, tout roman vraiment intéressant contient le souvenir de beaucoup de textes écrits avant lui. L’écriture est solitaire, mais elle est toute nourrie du dialogue avec la communauté des écrivains du passé. Cela fait parfois des auteurs des gens bizarres : ils passent plus de temps avec les morts qu’avec les vivants.

 

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Published by Le cédéiste - dans INTERVIEWS du Cédéiste
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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 10:08

 

·  Ta bibliothèque, quelle est-elle ? Comment sont ces livres, Beaux livres, poches… genres ?

 

Ma bibliothèque est immense, débordante, il y a des livres partout chez moi. Elle s’agrandit sans cesse, alors que je n’ai déjà plus de place depuis longtemps. Si certains livres ont des reliures en cuir du 17e siècle, s’il y a des dizaines de livres d’art, il y a aussi nombre de livres de poche, de livres en anglais, en latin, en français du Moyen-Âge, beaucoup de dictionnaires de différentes époques dont un énorme Nouveau Larousse Illustré en 8 volumes, le Littré, un Robert historique, un dictionnaire d’argot, des romans policiers, un rayonnage entier d’Alexandre Dumas, beaucoup de mémoires historiques, un rayonnage de poésie, un de science-fiction, des recettes de cuisine de l’ancien temps… J’ai aussi toute une bibliothèque plus difficile à lire, mais très utile, enregistrée sur mon ordinateur, grâce à Gallica, le site de la Bibliothèque Nationale qui permet de télécharger des journaux du 19e siècle, des poèmes devenus introuvables, des brochures de magiciens ou de fabricants d’automate.

 

·  Où sont-ils rangés ? Comment sont-ils classés ?

 

J’ai fabriqué des bibliothèques adaptées dans chacune des pièces de la maison, sauf la salle de bain et la cuisine, où les livres risqueraient de s’abîmer. Les écrivains du 20e siècle sont rangés par ordre alphabétique, sur un mur du salon, tandis que sur le mur opposé, de part et d’autre de la cheminée, se trouvent ceux du 15e au 19e siècle, dans un désordre assez affreux. Au premier, cinq petites bibliothèques abritent la science fiction, les livres et les albums jeunesses et aussi des mémoires historiques du 19e. Des niches dans les escaliers contiennent des ouvrages que j’aime bien consulter, sur la magie, l’alchimie, la peinture ancienne, la criminologie. Au second et dernier étage, où je dors, se trouvent les auteurs grecs et latins de l’Antiquité, les romans de chevalerie, les sagas celtes ou nordiques et une série de classiques chinois et japonais, dont le très beau Au bord de l’eau.

 

·  Comment les achètes-tu ?

 

J’ai souvent besoin d’ouvrages rares pour mes recherches et mes enquêtes, que je commande à des libraires spécialisés ; je commande également sur Amazon par internet, mais ce que je préfère, c’est aller chez un véritable libraire (ceux qui n’ont, en général, pas de papeterie) et fouiller dans les rayons. Je vais souvent chez Franck Kleczewski, dont la librairie s’appelle « Du côté de Bellême ». Ce sont d’ailleurs ces libraires-là qui font exister mes livres, pas les grandes surfaces ni les maisons de la presse.

 

·  Quel est le livre sur table de chevet ?

 

Il y en a plusieurs, un Anglais, Martin Amis, London Fields, un Sud-Africain Najbulo Ndebele, Fools and other stories, un policier de James Lee Burke, Le brasier de l’ange, les poèmes de Paul Eluard, dans Capitale de la douleur.

 

·  Pour toi, lire c’est quoi ?

 

Lire, c’est s’évader, briser les barreaux qui nous emprisonnent, soigner les blessures qui nous empoisonnent, aimer, rêver, voyager, comprendre, ressentir de la compassion, devenir meilleur, ne serait-ce que pour un instant, se rebeller, y compris contre l’inéluctable.

 

·  Te sens-tu libre comme écrivain ? As-tu eu à souffrir de la censure ?

 

Les principales barrières à ma liberté découlent de mes défauts et de mes médiocrités. Dans la création, je suis aussi libre que je peux l’être. Un jour, un éditeur m’a demandé d’enlever d’un texte jeunesse un mot qui pouvait être choquant, je l’ai fait, il avait raison, cela ne m’a pas dérangé, je ne l’ai pas ressenti comme une censure. C’est la seule fois où cela s’est produit.

 

·  T’interdis-tu des choses dans l’écriture ? L’éditeur te « dirige »-t-il beaucoup ?

 

Je m’interdis en effet des choses, bien que certains de ces interdits finissent par céder, parfois, malgré moi. Je m’interdis normalement de parler directement de moi et des miens, je m’oblige à laisser leur chance aux personnages, même à ceux que j’aime le moins. Je pense que les livres sont aussi riches de ce qu’on y met pas, de ce qu’on retranche. Quant aux éditeurs, ceux avec lesquels je travaille me laissent une entière liberté et m’encouragent à m’améliorer. Leur travail, c’est surtout de me pousser à relire une fois de plus mon texte pour le corriger, alors que j’ai l’impression que j’ai atteint mes limites.

 

·  Quels sont tes auteurs préférés ? tes lectures préférées ?

 

Il n’est pas facile de répondre à celle-là, tant il y a d’écrivains que j’aime et que je fréquente régulièrement, cela change par période. J’ai passionnément aimé Charles Dickens, y compris ses titres moins connus, comme Notre ami commun, ou Le mystère d’Edwin Drood, encore plus fascinant parce qu’il est resté inachevé, je l’aime toujours. Je relis régulièrement les poèmes et les proses d’Henri Michaux, j’ai été très marqué par un de ses textes qui s’appelle Je vous écris d’un pays lointain. En ce moment, je relis Kafka (Le château), Dostoïevski (Crime et châtiment), c’est intense et troublant. Je reste aussi fidèle à des auteurs qui ont marqué ma jeunesse et mon enfance, et que je lis toujours, Stevenson, dont les nouvelles sont des miracles, comme de magnifiques romans très concis ou Joseph Conrad dont je viens de commander mes premiers romans chez mon libraire. Les romans et les recueils de nouvelles des américains Russell Banks, Raymond Carver ou Richard Price m’ont beaucoup apporté. Je collectionne avec mon ami (et éditeur) Jack Chaboud, les volumes des aventures de Dave Robicheaux, un dur à cuire, dont les aventures policières se situent dans les bayous, non loin de la Nouvelle-Orléans, signés James Lee Burke. Je me sentirais injuste de ne pas citer en plus Maurice Leblanc, le créateur d’Arsène Lupin, Gaston Leroux, Gustave Lerouge, Ponson du Terail, l’inventeur de Rocambole (et du « rocambolesque »), Paul Féval etc. Et quand on m’enterra, je veux qu’on place dans mon cercueil un exemplaire de L’Iliade et l’Odyssée, un texte, profond, émouvant, mystérieux, un modèle, au cas où je puisse encore lire un peu.

 

·   Les livres jeunesse qui t’ont marqués chez les autres ?

 

J’ai déjà cité les Royaumes du Nord de Philippe Pullman. En France, j’aime Ombre de Rachel Hausfater, par exemple, pour son côté hanté, certains romans d’Agnès Desarthe… Comme beaucoup de monde, j’apprécie les albums et les romans de Claude Ponti. Récemment, j’ai lu avec intérêt la bande dessinée de Matthieu Blanchin et Christian Perrissin Martha Jane Cannary sur la vie de Calamity Jane. Je lis les livres que mes enfants lisent et j’ai eu l’occasion d’avaler l’ensemble des aventures d’Harry Potter, avec un plaisir parfois mêlé d’irritation.

 

·  Quel est le livre que tu as écrit pour lequel tu gardes une affection particulière ?

 

C’est un peu comme demander à une mère lequel de ses enfants elle préfère. J’écris lentement, chacun de mes romans représente des mois et des mois de recherche, de réflexion, de lecture, de rêves et tous restent importants pour moi, même si je doute parfois de leur qualité.

 

·  Faut-il lire les classiques ? Pourquoi ?

 

La question ne se pose pas. Ne pas lire les classiques, ce serait comme apprendre à lire sans apprendre d’abord l’alphabet, ce serait aussi se priver d’un plaisir immense. Sans les aventures grandiloquentes et comiques du Don Quichotte de Cervantès, sans les rêves et les élans du René de Chateaubriand, sans les pérégrinations et la poésie de L’Odyssée d’Homère ou sans le style flamboyant et balancé des Oraisons funèbres de Bossuet, la vie serait moins belle et moins intéressante. Sans les poèmes de Ronsard, de Baudelaire, de Saint-John Perse, l’amour, les oiseaux, les fleurs ne seraient pas ce qu’ils sont. Les classiques éduquent non seulement le goût et l’intelligence, mais encore la sensibilité, la capacité à percevoir. Ne pas les lire, ce serait aussi prétendre qu’on n’a pas de parents ni de grands-parents… Ce serait refuser de voir qu’il y a des chefs d’œuvre à côté desquels notre création est toute petite. Ce serait se priver d’apprendre qu’on disait déjà au 4e siècle avant Jésus-Christ que la jeunesse ne respectait rien ou au 16e siècle qu’on vivait une époque affreuse et que c’était mieux avant.

 

·  As-tu un avis sur l’avenir du livre ? Les nouvelles technologies vont-elles le tuer ?

 

Je ne sais pas, j’utilise sans les aimer vraiment les livres électroniques, par commodité, parce que je ne peux ni acheter, ni entasser, ni aller chercher en bibliothèque tous les livres que je veux consulter, et les outils de recherche informatique permettent de les parcourir rapidement. C’est pratique pour la lecture utilitaire, insuffisant pour le plaisir de lire : pour une véritable lecture, je préfère de loin le bloc de papier relié et les sensations physiques qui vont avec. Je pense que le livre survivra, mais je m’inquiète des transformations que le changement de support peut lui faire subir. Si l’on lit sur téléphone portable, par exemple, comme cela se produit au Japon, j’imagine que cela impose un format, un rythme, une taille de phrases, qui peuvent être un appauvrissement.

 

·  Qu’aimerais-tu écrire ? un sujet que tu n’as pas abordé et qui te taraude ? un genre ?

 

J’aimerais écrire mon prochain roman, une histoire de disparition. Chacun représente un nouveau défi, un sujet que je n’ai pas abordé, une écriture, une situation de narration à mettre au point, une enquête à mener, des personnages à dessiner. Quand je serai très vieux, j’essaierai peut-être d’écrire une compilation des aventures de chevalier de la table ronde et du roi Arthur, même si Jean Markale en a réalisé une excellente.

 

·  Ecrire à 4 mains cela te tente-t-il ?

 

Je n’ai jamais essayé, j’ai plutôt un a priori négatif, tant l’écriture me paraît une aventure solitaire et individuelle. Pourtant, quand je travaille pour le cinéma, ce qui m’arrive parfois, j’aime faire partie d’une équipe et apporter ma part à un travail collectif.

 

·  Quelle est la phrase qui te pose le plus de souci dans l’écriture ? L’incipit ?

 

On réfléchit en effet beaucoup sur la première phrase du roman, qui n’est souvent pas la première qu’on écrit, sur laquelle on revient plusieurs fois, car c’est là que se construit le pont paradoxal entre le rien qui précède le livre et le livre, entre le livre et le lecteur, cependant, il faut se garder d’y promettre des choses qu’on ne pourra pas tenir. Mais les phrases qui me causent le plus de souci sont sans doute celles qui me paraissent sans grâce, sans rythme et sans beauté. Il y a par exemple les chevilles, les transitions, les portes qu’on ouvre, les voitures dont on descend, qui sont parfois d’une platitude cauchemardesque.

Je reste aussi préoccupé par la liaison entre les phrases, certains de mes paragraphes me paraissent chaotiques, comme s’il y avait un secret de fluidité qui m’échappait.

Mais la pire, la plus redoutable et la plus exécrable des phrases, c’est celle qu’on découvre dans le livre une fois imprimé et qu’on trouve faible, ou même franchement fautive, alors qu’il est trop tard pour la retravailler.

 

·  Quel style préfères-tu ? style indirect libre… « Je » ou « Il »…

 

Comme d’autres l’ont écrit avant moi, l’important, c’est l’adéquation entre le système de narration et le projet du livre. Pour déterminer la personne à laquelle s’écrit le roman, on fait des essais ; en général, on se rend rapidement compte de celle qui sonne juste. J’ai peut-être une petite préférence pour le dispositif qu’on pourrait appeler « kafkaïen », d’après Franz Kafka qui l’a utilisé, il s’agit d’un récit à la première personne qu’on écrit à la troisième… Ce pourrait être « je » partout, mais Kafka choisit d’écrire « il », parce que le « je » n’est pas si évident que cela. Sommes-nous bien une seule personne ? N’avons-nous jamais qu’une voix dans la tête ? Ne sommes-nous pas parfois un autre ?

 

·  Combien dure la phase avant l’écriture (recherches…) ? Et la phase d’écriture ? Combien écris-tu de livres par an ?

 

Comme j’écris pour la jeunesse et pour les adultes et comme chaque livre est une aventure différente, en cent ou en mille pages, il n’y a pas de règle générale. Mes recherches ont parfois duré très longtemps, deux, trois, cinq ans, mais je n’attends pas de les avoir achevées pour commencer à écrire. La recherche continue tout au long de l’écriture. En tout, j’ai achevé six romans en douze ans, sans compter une dizaine d’ouvrage moins personnels, signés d’un pseudonyme. C’est peu, mais j’ai besoin de temps pour écrire quelque chose que je puisse trouver satisfaisant.

 

·  Est-il facile de vivre de sa plume ? Exerces-tu un autre métier ?

 

Je « vis » de mon écriture, parce qu’écrire un bon livre, c’est le but principal de mes journées, ce qui leur donne un sens et une forme. Du point de vue financier, ce n’est pas toujours facile, puisque mes revenus dépendent de ventes qui sont pour le moins irrégulières. J’ai eu la chance de bénéficier de plusieurs bourses du Centre national du livre, les interventions rémunérées dans des établissements scolaires ou dans des bibliothèques offrent un complément. Parfois, je dois quand même soustraire du temps à mes romans pour des ouvrages intéressants, mais moins passionnants, essais sur des sujets imposés, traductions de l’anglais, que je signe d’un pseudonyme.

 

·  Quel est le personnage que tu as créé et qui t’a posé le plus de souci ? Pourquoi ?

 

Sans doute l’assassin de la Rue de la femme sans tête, parce que j’ai voulu ressentir de l’intérieur ce qui le poussait à ces actes innommables et que c’était une plongée dans des profondeurs glauques et obscures qu’on préfère en général éviter.

 

·   Quel personnage de papier que tu as inventé aimes-tu le plus ?

 

Je suis heureux d’avoir créé quelques personnages féminins, quelques héroïnes fabriquées de lettres et de mots, qui me semblent assez vivantes, en lesquelles quelques lectrices se sont reconnues, puisque cela paraît difficile, sinon impossible, de se mettre à la place d’une femme.

 

·   Quelle place a le mot dans tes romans ? Le vocabulaire est-il très important pour toi ?

 

Le mot est pour celui qui écrit comme la couleur pour le peintre, le marbre ou la terre pour le sculpteur. Le choix du mot juste (ou du mot décalé) est en effet une part importante du travail, il suffit d’essayer d’écrire pour se confronter à cette question. J’aime les mots, j’aime étudier leur origine, savoir de quelle langue ils viennent, à quelle date on les a employés pour la première fois, j’aime leur ampleur ou leur brièveté, j’aime quelquefois en inventer. Je les collectionne dans des carnets, le français est extrêmement riche, si l’on ne refuse pas, en particulier, de recourir à des mots anciens, et l’on n’utilise qu’une minuscule fraction du vocabulaire disponible. Un mot suffit à souvent à me faire rêver… J’ai écrit un mémoire pour l’université qui portait sur la comparaison entre mot et pierre précieuse : tous deux ont des facettes, un éclat, une couleur.

 

·   Fais-tu attention à la longueur de tes phrases ? Pierre Bottero faisait des phrases courtes ; parfois, il ne les finissait pas pour laisser le soin au lecteur d’imaginer, de rêver et donc de les terminer lui-même.

 

Quelquefois la phrase doit être longue, d’autres fois courte, me semble-t-il, c’est une question de sens, de rythme, de poésie. Certes, quand j’écris une phrase de plus de trois ou quatre lignes, je la relis pour voir si sa longueur se justifie. Quand je pense que c’est le cas, je la laisse. Si la brièveté s’impose dans certains cas, comme dans « Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit », à d’autres moments la phrase a besoin de se déplier, d’avoir de l’ampleur, pour suivre la reptation d’un boa ou le pas d’une fille, par exemple.

 

·   Qu’est-ce qui fait que pour toi, une phrase est bonne ?

 

Une question de rythme, d’image, de précision, d’équilibre, de symétrie ou d’asymétrie, de souffle… C’est assez mystérieux et puis, il y a encore la manière dont elle s’accroche à la précédente et à la suivante.

 

·   Comment s’opère la collaboration avec ton éditeur au niveau de la correction des textes ? Un auteur libre, cela existe-t-il ?

 

L’éditeur me pousse à relire, émet de suggestions de correction que je tente de comprendre, que j’examine avec sérieux, auxquelles j’obéis ou pas. Je me sens très libre en effet, pas riche, mais libre. Comme je l’écrivais plus haut, le principal obstacle à ma liberté, ce sont les limites de mon talent.

 

·   Quels sont les auteurs qui t’ont influencé ? Pourquoi ? Que leur as-tu emprunté ?

 

Le roman vit d’emprunts, comme le manteau d’Arlequin fabriqué d’une multitude de morceaux de tissus volés ici ou là. Personnellement, j’ai des dettes envers Edgar Allan Poe, Villiers de l’Isle-Adam, Henri Michaux, Hergé, Jacques Tardi, Brantôme, Alexandre Dumas… Je suis endetté jusqu’au cou. J’emprunte des mots, des rythmes, des situations, même quand je ne le sais pas. Mon roman jeunesse, Mademoiselle V. est une récriture du mythe de la caverne du philosophe grec Platon ; il a fallu qu’un lecteur féru de philosophie me le signale pour que je m’en rende compte : pourtant la dette est évidente. Quand je réussis une phrase qui me paraît rythmée et intéressante, elle ressemble parfois à du Henri Michaux.

 

·   Si tu avais un auteur à qui écrire, lequel serait-ce ? Et que lui écrirais-tu ?

 

J’écrirais des lettres de remerciements à tous les écrivains dont j’ai cité les noms, vivants ou morts, parce qu’ils m’aident à vivre ou à créer.

 

·   Quelque chose à rajouter ? A part… Ouf, je suis épuisé !

 

Je crois que finalement, j’aurais réussi dans ma mission : faire mal à la tête. Personnellement, je commence à avoir la migraine. Ah oui, et ma bibliographie complète, ce n’est pas très long, dans l’ordre : Jordan Fantosme, Mademoiselle V., Rue de la femme sans tête, La fureur d’Andarta, Les spadassins, À la poursuite de l’enfantôme.

 

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Published by Le cédéiste - dans INTERVIEWS du Cédéiste
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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 20:21

Salon du Livre de Gaillac ( Octobre 2003)<BR>( © Fabienne Rose) Voici l'interview de Christian Grenier, publiée, cette fois, dans sa totalité. 

Christian, entre votre premier roman publié « La machination » (1973) et le dernier en date « Mort sur le net » (2009), 36 années se sont écoulées… Comment était l’auteur de 1973 ? Celui de 2009 ?

 

En  1973,  j’étais un jeune prof optimiste, enthousiaste, naïf et généreux. La littérature accompagnait déjà ma vie – depuis plus de vingt ans.

Le succès de La Machination (mon troisième ouvrage ) m’a fait deviner que je pouvais devenir écrivain.

En 2009, mon optimisme s’est modéré, mes utopies se sont éloignées – dans le temps, mais pas dans mon cœur.

Mon enthousiasme s’est émoussé face à un monde qui ne correspond pas à ce que j’espérais qu’il deviendrait. Le jeune prof est devenu un auteur qui continue, avec opiniâtreté – et de plus en plus de distance et de questions – à s’interroger sur la littérature, la fiction, le monde la société, les hommes et l’avenir de la planète.

 

 

         Qu’est-ce qui a évolué le plus d’après-vous ?

Vos idées ? Votre écriture ?

Mes idées ont  peu évolué. Mes espoirs et mes angoisses sont les mêmes.

Mon écriture, je l’espère, s’est affermie. Elle a perdu en spontanéité mais gagné ( ? ) en clarté, en efficacité.

Chaque nouvel ouvrage est un défi.

 

         Vous étiez un pionnier dans ces années 70 en littérature jeunesse avec les fameuses rencontres d’auteurs au sein des classes.

      Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

Il serait trop long de les relater en détail.

Mais je garde le souvenir, il y trente cinq ans, de profs audacieux, novateurs, d’enseignants prêts à braver les inspecteurs et les programmes.

C’était l’époque des défricheurs.

Un souvenir précis, en 1972, à St Pierre des Corps... Celui d’une journée folle qui commençait à huit heures du matin, à l’autre bout du département, avec la 4 L de Michel Mesmin, l’adjoint à la culture… Quatre heures d’interventions dans des classes, quatre autres heures l’après-midi, à Montrichard, Tours ou Ingré. Un débat avec des parents à 18 heures… et le soir, une conférence sur la science-fiction dans un foyer, avec une centaine d’internes qui me posaient des questions sur l’astronomie, les extraterrestres et le space opera jusqu’à minuit ou une heure du matin.

Aujourd’hui, à 64 ans, je ne le ferais plus.

Mais je m’interroge : cette flamme existe-t-elle encore ? Qu’avons-nous fait, nous, auteurs, pour l’entretenir ?

 

         Vous êtes un des trois pères  fondateurs de la fameuse « Charte des auteurs ». Comment a-t-elle évolué ?

Vers un recrutement élargi, un syndicalisme souvent corporatiste qui lutte davantage pour la reconnaissance ( légitime ) du statut d’écrivain que pour la littérature elle-même, ou des idéaux qui étaient peut-être ceux des premiers adhérents.

 

Quels sont les combats des auteurs aujourd’hui ?

      Ceux de la Charte ? Vivre de sa plume ou de son art.

      Améliorer sa condition financière vis-à-vis des éditeurs ou des prescripteurs.

      Beaucoup d’auteurs combattent… pour eux. A cet égard, ils sont dans le même bateau que les éditeurs qui cherchent à plaire, à vendre, à « faire des coups ».

 

De quoi êtes-vous le plus fier aujourd’hui ?

Sur le plan de la Charte ?

De son esprit, le fameux « esprit de la Charte » qui, malgré le gigantisme de notre association – qui approche mille membres – reste souvent vivace : les auteurs se rencontrent, se connaissent, se reconnaissent, débattent, sympathisent, échangent. C’est un esprit fait d’ouverture, de tolérance, d’écoute, de partage. Là, au cours des repas, des rencontres entre auteurs, on est souvent loin du corporatisme et près de la camaraderie qui était l’esprit de la Charte à l’origine du mouvement.

Oui, c’est cela dont je peux – à ma modeste mesure ! – être fier aujourd’hui.

 

 

         Arthur Ténor parle de lui comme étant un « explorateur de l’imaginaire » et vous ?

      Comment définiriez-vous l’écrivain que vous êtes ?

Je n’aime pas me définir mais la définition d’Arthur me convient très bien – avec imaginaire au pluriel !

Je me sens toujours en recherche, en interrogation.

 

         Dans vos écrits, on retrouve votre engagement pour un monde meilleur.

      Vous dénoncez les excès de notre société.

      Dénoncer fait donc partie des devoirs de l’écrivain pour la jeunesse ?

Mes textes dénoncent de moins en moins hélas… non pas que mes idées ou ma combativité aient changé, mais parce que mes textes les plus engagés ( La Machination, Cheyennes 6112, Le Soleil va mourir, Face au Grand Jeu, Le moulin de la colère, Un printemps sans cerises… ) ne sont pas réédités… ou se vendent très modestement.

Les lecteurs sont davantage au rendez-vous de l’aventure, du rêve ( ou du cauchemar ! ) que de la réflexion sur notre société.

Quand il se vend un Ecoland, le même librairie vend cent Ordinatueur !

Dénoncer ne fait pas partie «  des devoirs de l’écrivain pour la jeunesse » !

Dénoncer est un des rôles ( je ne parle pas de mission, un écrivain n’est ni un prêtre ni un tribun ! ) d’une partie des auteurs qui en ressentent la nécessité, que leurs textes s’adressent aux jeunes ou aux moins jeunes.

Hugo, Sand, Zola, Camus n’ont cessé de dénoncer…

Un auteur dont les textes sont lus par les jeunes peut et doit offrir l’écho du monde contemporain. Ce qui sous-entend souvent une réflexion active !

 

         Je vais me faire l’avocat du diable ! Volontairement.

      Peut-on tout écrire quand on sait qu’on est lu par des ados ?

Vaste débat…

A l’image de celui qui prétendait qu’on pouvait rire de tout, mais pas avec n’importe qui, je dirais qu’on peut tout écrire quand on sait qu’on est lu par des ados… mais pas n’importe comment.

Il y a des façons vulgaires et négatives de parler de problèmes banals. Et des façons élégantes, pertinentes et subtiles d’évoquer la mort, le suicide, l’amour, le sexe, la politique, le chômage, l’argent.

Tout réside dans le ton, le style, le contexte, la façon de faire.

 

Evoquer les affres du changement climatique dans « Cinq degrés de trop » n’est-il pas périlleux pour le moral de notre jeunesse ?

      Qui est concerné par le changement climatique ? Moi qui ai 64 ans ou mes lecteurs qui ont 50 ans de moins ?

Leur montrer le monde tel qu’il peut devenir serait dangereux pour leur moral ?

Faut-il donc pratiquer la politique de l’autruche et leur cacher la vérité ?

Pour limiter la hausse de la température à 2° avant la fin du siècle, la déclaration finale du « sommet de Rio », en 1992, envisageait de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre avant 2050.

Juridiquement non contraignante, cette déclaration reconnaissait la souveraineté des États à « exploiter leurs propres ressources selon leur politique d'environnement et de développement ». L’un des points, le programme « Action 21 » comprenait 2 500 recommandations. La plupart n'ont jamais été mises en pratique.

Résultat : la France a, pour sa part, réduit ses émissions de… 5% !

      Il lui reste quarante ans pour la suite, soit 395%.

      Bon courage à vous, les jeunes, à qui cette tâche sera confiée.

      Et il faudrait vous cacher la vérité ?

 

Ne risque-t-on pas de miner le moral des jeunes à l’heure où le sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique est un échec ?

Cette question me rappelle le discours de mon éditeur, qui m’a demandé de modérer mon propos, quitte à mentir un peu.

Il faut « laisser place à l’espoir ».

Pour que l’espoir puisse rester, mieux vaut se mobiliser !

Cela dit, mon éditeur a raison : certaines vérités ne sont pas bonne à publier, car les lecteurs les refusent – et le livre ne se vend pas !

Je crois ( désolé d’être cru ! ) que les éditeurs se moquent du moral des jeunes. Ils veulent que les livres se vendent, c’est tout !

 

 

         Est-il facile d’être engagé et publié ?

L’écriture engagée intéresse-t-elle encore ?

On peut être engagé et publié.

Mais si les lecteurs ne sont pas au rendez-vous, l’éditeur ne renouvellera pas l’expérience. Oui, l’écriture engagée intéresse encore… mais qui ? Certains adultes et quelques jeunes. C’est loin d’être une majorité. Et les directeurs littéraires, s’ils veulent garder leur place, doivent souvent justifier d’une « croissance à deux chiffres », ce qui est souvent impossible dans un secteur très encombré aujourd’hui.

Certains éditeurs prennent ce risque. Mais publier un livre engagé, c’est parfois « une danseuse », une coquetterie, une vitrine ? C’est dire aux critiques : « voyez, nous publions ça aussi ! »

D’autres éditeurs, plus pragmatiques, cherchent à « faire des coups », à dénicher le texte qui fera un succès. Excepté l’atypique ( et magnifique ) Matin brun, citez-moi un texte engagé qui s’est venu à un million d’exemplaires !

 

         Comment l’auteur que vous êtes peut-il garder son indépendance, ses idéaux tout  en continuant d’exister sur le marché ?

Je ne me suis jamais posé la question, laissez-moi le temps d’y réfléchir !

Mon indépendance ? C’est simple, je ne suis lié avec aucun éditeur.

Personne n’oblige un auteur à signer un contrat d’exclusivité !

Si je continue d’exister, c’est peut-être qu’on fait confiance à mon ancienneté.

Les enseignants constatent depuis très longtemps que mes ouvrages sont lus et appréciés par les jeunes – une question de ton, de style, de sujets traités ? Ce n’est pas à moi de l’analyser ! Et quand j’écris un ouvrage, je ne fais pas d’étude de marché. Je décide de parler de musique classique ou du suicide de mon petit cousin sans me poser la question : « mais cela va-t-il intéresser un lecteur de treize ans ? », heureusement !

Le paradoxe, c’est que si les jeunes me lisent avec facilité ( c’est ce qu’il semble ), les adultes jugent que mes récits ne sont ni niais, ni adaptés à un lectorat jeunesse. Beaucoup s’y retrouvent aussi.

D’autre part, mes récits les plus appréciés ( L’Ordinatueur ou Virus LIV 3 ) évoquent les nouvelles technologies. Rares sont les écrivains à s’y risquer. C’est peut-être là l’une des raisons d’un lectorat jeunesse persistant : mes romans traitent de l’actualité du monde, de l’informatique, des mondes virtuels.

Mais cette analyse spontanée est peut-être fausse. Il faudrait poser la question aux lecteurs et aux prescripteurs, leur réponse serait plus pertinente que mes approximations.

Mes idéaux ? Ils n’ont pas changé. Sur le plan idéologique, Cinq degrés de trop ( 2008 ) est très proche de La Machination (1972 ) qui condamnait déjà l’économie de marché.

A ce propos, je précise qu’ « être sur le marché » n’a jamais été mon objectif.

Il se peut qu’un jour, le marché se passe de moi, me juge ringard, has been, décalé, hors du circuit…

J’écrivais avant d’être publié ( et sans le besoin de l’être un jour ! ).

Si je ne suis plus publié, cela ne m’empêchera pas de continuer à écrire !

 

         Les éditeurs mènent des études pour connaître les goûts des lecteurs (en matière d’histoires, de personnages,…)… Comment faites-vous pour résister aux modes et toujours être heureusement un auteur apprécié ?

J’ignore les études menées par les services commerciaux.

Je sais qu’à plusieurs reprises, un directeur littéraire m’a déclaré :

-       « Ah… c’est magnifique ! Nous avons énormément aimé… Nous vous le prenons, mais hélas, nous ne le vendrons pas », « nous ne saurons pas le vendre » ( ou encore : « nous en vendrons peu, mais nous sommes fiers de le publier ! » ).

Une fois sur deux, ces textes se sont très bien vendus !

S’il suffisait de faire une étude de marché pour concocter un best seller, ça se saurait !

 

 

         Je pense de plus en plus qu’il ne faut pas qu’une littérature jeunesse existe. La beauté des découvertes, ne serait-elle pas de rencontrer des livres qui nous dépassent ? Il doit être merveilleux de lire à 12 ans, 15 ans des romans qui ne vous sont pas destinés ! 

      Comme je suis heureux malgré mon grand âge de lire Christian Grenier !

Le secteur jeunesse n’est méprisé que par ceux qui ne le connaissent pas.

On y trouve, comme ailleurs, le pire et le meilleur. L’étiquette jeunesse rassure les parents, comme l’indication «  à partir de douze ans ».

Nous savons parfaitement que de nombreux romans de littérature générale sont devenus des classiques pour la jeunesse, de George Sand à Jack London en passant par Daudet, Pagnol et beaucoup d’autres.

Un bon livre est toujours un livre qui nous dépasse.

Quand on le contrôle entièrement, on n’est plus dans la littérature – qu’il s’agisse de jeunesse ou de littérature générale.

 

 

         Vous êtes traduits dans de nombreux pays.

      Il s’avère que la traduction de nombreux romans anglo-saxons ou américains en français est désastreuse (comme si le fait d’éditer pour la jeunesse permettait de bâcler le travail : « Graceling »  paru chez Orbit et chez Hachette jeunesse) et dénature l’œuvre.

      Pour ce qui vous concerne, parvenez-vous à « maîtriser » l’avenir de vos romans à l’étranger, en Corée, par exemple ?

Je ne maîtrise pas l’avenir de mes propres romans ( c’est l’éditeur qui gère la couverture, la 4ème, les rééditions, les stocks, les ventes, les soldes… ). Comment pourrais-je avoir le moindre regard sur mes ouvrages traduits ?

J’ai relu intégralement et avec soin les traductions en allemand de mes romans – je maîtrise cette langue. J’ai constaté que je n’avais jamais été trahi.

Mais je ne serais pas étonné que la version chinoise d’@ssassins.net ait été adaptée… comme la version japonaise de Mercredi Mensonge !

Comment savoir ?

Et même si j’avais le moindre pouvoir, comment saurais-je juger qu’une adaptation trahirait davantage mon texte qu’une traduction «  très près du texte » qui, alors, passerait peut-être totalement à côté du lecteur étranger ?

 

         Christian, la littérature c’est quoi ?

         Cela sous entend que tout ne serait pas littérature…

Impossible de répondre en quelques lignes à une question qui occupe écrivains et essayistes depuis des siècles.

Dans Je suis un auteur jeunesse, je consacre un chapitre à ce sujet.

Pour faire court, la littérature, c’est ce qui sort de la norme, dérange ou interpelle le lecteur, et apporte un plus à ce qui a été écrit jusqu’ici.

A mes yeux…

*     chaque lecteur apprécie différemment un texte qui, en apparence, semble répondre aux critères énoncés plus haut. Aussi, ce qui relève de la littérature sera très différent pour un lecteur néophyte ou peu cultivé ( de dix ans ou de soixante ans ) et pour un fin lettré exigeant.

*  forme et fond sont indissociables ; aussi, je juge impossible de définir la littérature uniquement en fonction de la forme ou du style d’un texte.

 

         Quelle est la phrase la plus compliquée pour vous à écrire ? L’incipit ?                    La dernière ?

Toute formulation est complexe à mettre en œuvre, surtout quand l’auteur a l’exigence qu’elle corresponde ( dans son esprit ! ) à ce qu’il a très précisément dans la tête et dans le cœur.

L’incipit est à mes yeux le pari le plus difficile, oui. Parce que j’exige souvent de lui qu’il livre ( comme l’ouverture d’un opéra ) le ton, l’ambiance, le sujet du récit ainsi que sa problématique générale… qui dit mieux ?

 

         Quel style d’écriture vous convient le mieux ? Le style indirect libre ? Le narrateur qui dit « je » ? « Il » ou « elle » ?

      Comment choisissez-vous le narrateur ?

Là encore, je n’ai pas de règle sinon celle-ci : la place du narrateur, l’usage du présent ou du passé, le ton ( intimiste, grandiloquent, sec, romantique, amphigourique, secret… ) doivent être adaptés au sujet et à l’ambiance du récit.

A l’usage, on comprend vite que le présent est le temps du récit le plus délicat et le plus difficile à manipuler.

J’affectionne le « je » dans le cadre d’un récit censé avoir été vécu, il donne de la vie, du réalisme et de la vraisemblance au texte.

Le « il » et l’usage du passé s’accommodent volontiers de romans plus larges, plus ambitieux aussi, et dans lesquels l’auteur a besoin de maîtriser plusieurs lieux, plusieurs temps.

Le « elle » ne m’effraie pas plus que le « il ».

Ecrire, c’est jouer un rôle, se mettre dans la peau d’un héros, mais aussi dans celle de l’assassin, d’un enfant.

Il convient donc de « posséder » son personnage, de vivre avec lui ses projets, ses angoisses, ses intentions secrètes… à cet égard, je vis l’écriture comme une pièce de théâtre dans laquelle, démiurge, j’assumerais à la fois tous les rôles – mais aussi celui du metteur en scène, du décorateur,  de l’accessoiriste, du responsable des éclairages…

 

 

         De même, quel est votre temps de prédilection dans le récit, s’il y en a un ? Le présent ? Le passé ? Je sais qu’il vous est arrivé d’écrire la même histoire selon différents points de vue, différents temps…

Il m’arrive en effet, quand j’hésite, de proposer à ma femme ( ma première lectrice depuis 52 ans ! ) deux, trois, quatre débuts différents – de la même histoire, cela s’entend ! Parfois parce que le temps ou le narrateur n’est pas le même, parfois parce que le ton ou le style varient.

Elle choisit, ou bien nous en débattons.

Il existe une première version ( en fait, 40 premières pages… ) de Virus LIV 3 dans laquelle je dis : « elle » au lieu de dire « je ». Version abandonnée, moins convaincante que le « je » !

Mais toute transposition était impossible, j’ai donc repris le récit depuis le début en me mettant « à la place d’Allis », l’héroïne.

 

Comment faites-vous pour déterminer celui qui sera lu par les lecteurs ?

J’essaie de ne pas me préoccuper du lecteur. Ce qui requiert mon attention, c’est l’adéquation nécessaire entre le sujet du récit et la meilleure façon de le faire vivre.


Photo : Salon du Livre de Gaillac ( Octobre 2003)
( © Fabienne Rose)

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 20:20

         Quel place a le mot dans vos romans ?

      Le vocabulaire est-il très important pour vous ?

      Prenez-vous beaucoup de soin à choisir les mots ?

Le mot ? Mais c’est l’outil de base !

Je passe ma vie à feuilleter et lire une dizaine de dictionnaires, j’y reviens sans cesse ! Par nécessité mais aussi par plaisir.

En écrivant, je ne cesse de modifier les mots, d’en rôder un à la place d’un autre !

Ainsi, dans la réponse à l’une de vos question précédentes ( sur la littérature ), j’ai remplacé quatre ou cinq fois l’adjectif avant de me décider pour néophyte. J’avais inscrit au départ naïf.  Puis novice. Enfin inexpérimenté. J’avais ajouté « peu cultivé ». Je crois l’avoir conservé, même s’il fait un peu doublon… sans doute en songeant que le jeune lecteur n’en comprendrait pas forcément le sens !

J’ai repris, relus, testé d’autres formulations.

Enfin, je me suis décidé à prendre mon Bertaud du Chazaud, le dictionnaire de synonymes que j’ai recommandé à toute la profession depuis sa sortie ( Rageot, Bayard, Hachette le possèdent depuis !!! ) pour tenter de trouver le bon adjectif qui me manquait.

Je ne pense pas qu’il existe.

La langue française me semble parfois pauvre, il arrive qu’aucun mot, aucune expression ne corresponde exactement à ma pensée et j’en suis malheureux.

Pourquoi néophyte, en ce cas ? C’est le moins mauvais ; il a un gros inconvénient, il paraît un peu savant, presque pédant.

Eh oui, en effet, il m’arrive parfois de m’interroger sur le lecteur, preuve que tout à l’heure j’ai écrit une approximation.

En l’occurrence, la question que je me posais en rédigeant la réponse était : « dans le blog de Christophe, le lecteur va-t-il correctement comprendre le sens de néophyte ? »

Hélas, le choix du bon mot aujourd’hui ne correspond pas toujours au sens véritable et actuel car le lecteur le comprend autrement ! Sa couleur, sa sonorité, son usage en transforment souvent le sens aux yeux et aux oreilles d’un jeune lecteur qui « l’entend mal », du moins pas comme moi, je l’entends – et je donne aux mots un sens littéraire et académique conforme à ma propre culture, pas forcément à la culture du lecteur… néophyte ou débutant !

On sait ( pour prendre un exemple simple ) que le mot « intellectuel » passe presque pour une insulte aux oreilles de beaucoup d’ados aujourd’hui. Or, quand on me traite d’intellectuel, je ne me sens pas, mais pas du tout insulté !

Compliqué ? Peut-être mais je me dois de répondre correctement à votre question.

Et encore, je n’aborde là que LE MOT.

Il serait édifiant d’étudier la façon dont je m’y prends pour modifier la place des membres de la phrase.

Changer ces places modifie le sens !

Mais je m’arrête car le discours risque de devenir universitaire… alors qu’il ne s’agit que d’un bricolage sémantique de base ! Le B – A, BA du métier !

 

         Faites-vous attention à la longueur de vos phrases ? Pierre Bottero faisait des phrases courtes ; parfois, il ne les finissait pas pour laisser le soin au lecteur d’imaginer, de rêver et donc de les terminer lui-même.

Une fois encore, je ne me soucie pas de la longueur d’une phrase dans l’absolu. Tout dépend du contexte, de l’ouvrage et de son ton en général.

Les phrases longues ne me gênent pas, dès qu’elles sont clairement perçues et que leur apparition est justifiée dans le récit.

Plus que de la longueur des phrases, j’aimerais parler du rythme, de la musique, des assonances.

Dans Toi, lumière de ma nuit, chaque phrase a été conçue de cette façon, parfois en veillant à un rythme, des rimes, des pieds en nombre précis… toutes choses qui échappent en apparence au lecteur  - mais auxquelles il est inconsciemment sensible.

Car tout lecteur lit comme on le faisait dans les temps anciens : en lisant à mi-voix  dans sa tête !

Ce ne sont pas mes phrases que je laisse inachevées, c’est le sens de beaucoup de mes phrases qui est ouvert, à double ou triple sens – là encore, le lecteur ne s’en aperçoit pas mais je m’en moque. Je ne cherche pas à lui montrer mon savoir faire mais à lui faire ressentir les choses, sans qu’il ait conscience du mode d’emploi.

Des exemples ? Je cite souvent l’incipit du Cœur en abîme :

L’obscurité, la solitude, le silence, j’aime. Normal, pour un spéléologue.

Aussi, quand les lumières se rallumèrent sur trois mille spectateurs enthousiastes et applaudissant, je ne me sentis pas vraiment à mon aise.

 

Sans faire l’explication de mon propre texte, il me semble évident que l’association de ces trois premiers mots livrés de façon brute avec l’aveu : j’aime choque le lecteur. Parce que peu de ( jeunes ? ) lecteurs aiment l’obscurité, la solitude et le silence.

C’est donc là aussi une façon de créer aussitôt une forme de suspens, de surprise. Le lecteur attend une justification.

Elle est là, aussitôt : normal, pour un spéléologue.

On a donc immédiatement l’identité du narrateur ( et un aperçu de son caractère, il ne s’embarrasse pas de périphrases )  qui dit JE et se confie au lecteur.

On devine qu’il aime son métier.

Mais voilà… la suite est à nouveau en contradiction avec ce qui vient d’être dit : une triple contradiction ( obscurité/les lumières ; la solitude/ trois mille spectateurs ; le silence / enthousiastes et applaudissant )

Nouveau suspens, nouvelle attente du lecteur : mais pourquoi le narrateur s’est-il mis dans une situation aussi désagréable à ses yeux – à SES yeux parce que le lecteur, lui, doit juger qu’être sous les projecteurs et applaudi par 3 000 personnes, ce n’est pas si désagréable, non ?

Eh bien si.

Etc.

Et puisque j’ai choisi ce roman à) titre d’exemple, dont le ton paraît sec et les phrases courtes, j’ajoute que plus loin, le narrateur écrit la petite phrase qui suit :

Amour, bonheur, amour-bonheur, ton sommet est un gouffre où je voudrais amour-mourir et à jamais m’engloutir pour jurer un serment de confiance et de foi et conjurer ce monde dont je ne suis pas.

Là encore, inutile que je fasse l’analyse de la juxtaposition ( et de la fausse répétition ) de certaines contradictions ( sommet-gouffre ; jurer-conjurer ) qui invitent le lecteur à réfléchir – ou, qu’importe, à ressentir ! La phrase est longue et surtout complexe, à sens multiples… qu’importe. Je peux espérer que le lecteur ne butera pas ( trop ) en la lisant . J’espère aussi qu’elle lui posera ( un peu ) problème.

Compliqué ?

Pas tant que ça, et d’ailleurs votre question suivante va me permettre de compléter ma pensée.

 

         Qu’est-ce qui fait que pour vous, une phrase est bonne ?

Elle arrive à point.

Non pas au moment où le lecteur l’attend mais avec un effet de surprise quasi musical, comme lorsque le compositeur propose tout à coup une harmonie nouvelle qui, de façon inattendue mais agréable, sonne de façon inédite – et avec ce qui précède, et avec ce qui suit.

La bonne phrase complète et résout les imprécisions, interrogations ou suspens de ce qui vient d’être dit tout en livrant au lecteur de nouveaux éléments d’interrogation.

 

         Comment s’opère la collaboration avec votre éditeur Rageot au niveau de la correction des textes ?

      Un auteur libre, cela existe-t-il ?

La première liberté d’un auteur serait de ne pas se censurer lui-même, de n’avoir pas à l’esprit en écrivant telle phrase : « que va en penser, comment va l’interpréter l’éditeur, le lecteur ? »

Contrairement à beaucoup de gens, je  n’aime pas le mot liberté. Il ne veut rien dire, il est galvaudé.

Ma liberté, la liberté de chacun, ce sont les contraintes que je, que l’on se choisit.

Chez Rageot, Caroline ( Caroline Westberg, la directrice de Rageot… qui est aussi la petite-fille de ma première éditrice, Tatiana Rageot ! ) lit mes textes ( très vite… en général elle m’appelle le lendemain !).

Et, chez Rageot comme ailleurs, Caroline me dit souvent :

-       On adore. Mais si ton début était plus nerveux, plus sentimental, si la fin était moins triste ou moins ambiguë...

-       Le roman est long, certains passages trop littéraires, les dialogues pas assez enlevés. On aimerait un peu plus d’humour…

Caroline ajoute :

- Mais je te laisse toute liberté d’obéir ou pas !

Si je ne tiens pas ( assez ) compte de ses avis, il lui arrive de m’avouer :

-       Tel quel, on aura du mal à le vendre, le lecteur va être découragé, il ne va pas comprendre… 

Argument de poids qui sous-entend : « si tu veux que ton texte plaise et se vende, fais-moi confiance, mieux vaudrait faire ceci ou cela, etc. »

Chez Bayard, il m’est arrivé ( j’en ai hélas parlé… et je m’en suis mordu les doigts, il faut croire qu’y a des vérités qui ne sont pas bonnes à révéler au lecteur… ) de revoir cinq fois ma copie à la demande de la directrice littéraire.

Soyons honnête : il arrive – Dieu merci ! - que ses remarques soient pertinentes, et je la remercie pour son attention et  sa sagacité.

 

         Avec Krystal Camprubi, qui est peintre et illustratrice, pour « Toi Lumière de ma nuit », il y a eu une véritable collaboration. Une sorte de ping-pong – pardon pour le terme – entre vous et elle ! Elle vous envoyait ses crayonnés vous lui renvoyiez vos textes… et ainsi de suite. Je suppose que cela est très jouissif dans le processus de création ?

Oui !

 

         L’Atelier du Poisson Soluble a la réputation de beaucoup faire confiance à ses auteurs.

Quelle est la différence entre l’écriture d’un album et d’un roman ?

Avez-vous un genre préféré ?

Je préfère le roman… parce que je suis seul à créer ( dans un album, souvent, il faut songer à l’illustrateur, ce qui suppose, paradoxalement, ne pas tout dire, ne pas se perdre en descriptions puisqu’il aura toute liberté pour le faire ! ), seul maître du jeu.

D’autre part, dans le roman, on a la place, on peut donner libre mesure à son imaginaire, on a le droit de prendre son temps, de créer un gigantesque édifice dont on a le plan en tête depuis des années…

L’album, lui, ( comme la nouvelle ) est plus difficile à mettre en œuvre.

On n’a pas le droit à l’erreur, chaque mot doit faire mouche. La concision extrême est la règle et c’est parfois frustrant… sauf quand l’histoire s’y adapte !

Je n’ai donc pas de genre préféré.

J’ai une histoire à raconter et c’est toujours en fonction d’elle que je choisis le genre : roman, saga, récit historique, conte, SF, etc.

 

         Vous avez écrit « Virus LIV3 ou la mort des livres ».

Pensez-vous toujours en cette fin d’année 2009 que dans notre société il y a de la place pour les deux médias, le livre, les nouvelles technologies ?

Oui ! Sans l’ombre d’un doute.

Ce qui ne m’empêche pas de déplorer que la technologie l’emporte de plus en plus sur le livre ou plutôt le sens récit, à l’image de ces films d’action qui ( souvent ) rivalisent d’effet spéciaux, de bagarres, de poursuites, d’explosions, de plans rapides et spectaculaires… peut-être pour dissimuler l’indigence du scénario.

Un autre exemple : la voiture.

Conçue au départ pour se déplacer vite et loin, elle est devenue peu à peu un objet de parade, de standing.

Je me moque de ma voiture, je me fiche de mon ordinateur.

Ce sont des outils.

Ce qui m’intéresse, c’est de me déplacer et d’écrire.

Ce sont les paysages, les émotions et la réflexion qui m’importent.

De même, pour mes personnages, je m’attache souvent très peu à les décrire physiquement.

Ce qui m’intéresse chez eux, comme chez les gens que je côtoie, c’est ce qu’ils ont dans la tête et dans le cœur. Je me moque de leur âge, de leur sexe, de la couleur de leur peau, de leur religion.

Je les écoute, je les regarde agir.

 

         Pourquoi réécrire aujourd’hui certains de vos romans déjà publiés ?

Il en va ainsi de « La musicienne de l’aube », d’« Un printemps sans cerise »?

Certains de mes romans, épuisés, ne sont plus au catalogue d’un éditeur.

Un autre éditeur m’appelle et me dit :

- J’aimerais republier tel ou tel texte.

Alors, je le relis.

Il m’arrive de répondre : 

- Pas question de le ressortir. Il a vieilli

Ou encore :

- Il y a trop de choses à revoir, je n’en ai pas envie.

D’autres fois, j’accepte qu’il reparaisse.

Mais après l’avoir relu… et forcément repris, corrigé, dégraissé, actualisé.

Pour Un printemps sans cerises, le jeune Didier, dans la première version de ce roman ( Le Moulin de la colère ), utilisait une Gesstetner pour imprimer ses tracts. Il était question des grèves de chez Lip et de Georges Séguy !

Tout cela  ne disait plus rien au lecteur contemporain.

Pour La musicienne de l’aube, c’est différent.

La première version de ces quatre romans, parus chez Hachette, avait fait l’objet de demandes de corrections de la part du directeur littéraire de l’époque.

Il m’était arrivé de modifier mon texte, mais souvent la mort dans l’âme, et toujours dans le sens d’une simplification, avec une action privilégiée au détriment de la poésie ou de la réflexion..

Quand Bayard m’a proposé sa réédition, il m’a été affirmé ( par Babeth et Marie-Hélène Delval ) :

- Tu fais ce que tu veux, on ne touchera à rien. Pas de censure, pas de coupure !

C’était fort agréable !

J’ai donc repris certains passages de ma première version.

Mais je me suis trouvé aussi dans l’obligation de supprimer certains passages de chaque premier chapitre des trois volumes suivants : dans ceux-ci, publiés les uns après les autres chez Hachette, il était indispensable de renseigner le lecteur sur la situation au cas où il n’aurait pas lu le volume précédent ( ou au cas où il ne s’en serait pas souvenu ! ).

J’ai donc opéré des aménagements et des coupures puisque le roman devrait sortir en un seul volume.

Et puis, comme toujours, en relisant mon texte dix ans après, j’ai revu et corrigé ma propre copie, comme je le fais lorsque je relis l’un de mes textes, qu’il s’agisse d’un livre publié ( et en l’occurrence primé ! La Musicienne de l’aube avait décroché en 1997 le Grand Prix de la science-fiction française ! ) ou d’un simple brouillon. Ce n’est pas exceptionnel ! Chaque auteur fait ainsi.

Si Proust revenait, je suis certain qu’il serait épouvanté de la version actuellement en vente de sa Recherche… il reprendrait son texte et le modifierait !

 

         Quelle est l’histoire que vous avez écrite dont vous êtes le plus fier ? Quel est le livre que vous avez écrit et qui a votre préférence ?

      Le plus abouti, selon vous ?

Je ne relis pas mes romans ( sauf en cas de réédition… voir plus haut ! ).

Difficile de répondre !

Par ailleurs, le terme « fier » ne correspond pas à ce que je pourrais répondre.

Je pourrais peut-être affirmer :

- L’ouvrage dont je suis le moins mécontent est…

Bon.

Je sens que vous désirez une réponse. Un titre.

Alors disons peut-être : Le feu du crépuscule, une grande nouvelle de 40 pages parue dans le volume Parle-moi d’amour, chez Rageot.

Celui qui a ma préférence ?

Disons, pour des raisons personnelles, mon roman double Le Pianiste sans visage et La Fille de 3ème B (c’est en réalité le livre préféré de mon épouse ! )

Le plus abouti ?

J’hésite entre @ssassin.net, Ecoland et… L’amour caramel, une nouvelle de trois pages !

 

         Vous avez parfois écrit à quatre mains. Avec William Camus, Jacky Soulier, Robert Bigot…

      Quel fut l’élément déclencheur ?

L’élément déclencheur fut toujours l’insistance de l’auteur qui s’était mis en tête d’écrire avec moi !

 

D’autant plus que vous avez une manière bien à vous d’écrire.

Mais je suis très curieux de voir la façon de faire de mes camarades.

Et la seule manière de comprendre comment il s’y prend… c’est de le voir à l’œuvre et d’écrire à côté de lui, en même temps que lui, et la même histoire que lui !

 

Vous écrivez une fois que vous avez l’histoire entièrement en tête ?

Oui. Mais dans tous les cas où j’ai écrit en collaboration, le scénario était bouclé avant que nous n’écrivions le premier mot !

 

         De même, quel sacré challenge que de participer à des marathons d’écriture, non ?

      Là, on est dans l’immédiateté !

Sans prétendre être l’inventeur des marathons d’écriture, disons que j’ai été à l’origine du premier dans le domaine jeunesse !

Mais si c’ est moi qui ai lancé le défi, c’est mon camarade Philippe Barbeau qui a tout fait pour le mettre en œuvre, à Beaugency, en 1993.

Toutes les expériences d’écriture me passionnent.

Et là, on est exactement dans le procédé d’écriture inverse de celui d’un auteur comme moi, qui aime…

·         écrire seul

·         prendre tout son temps

·         revenir sur ce qu’il a écrit pour trouver la formulation la meilleure.

 

Ici, les contraintes nous obligeaient à faire l’inverse : écrire en groupe, rapidement, et revenir très peu sur ce qui avait été rédigé.

Il faut savoir que ce qui en résulte n’est pas une œuvre littéraire mais un brouillon ( Picasso s’est prêté à l’expérience, en direct, sous la caméra de Clouzot ).

C’est intéressant pour l’écrivain, mais aussi passionnant, je crois, pour le spectateur qui voit comment l’écriture s’élabore et progresse pas à pas.

 

         Que vous a apporté la SF ? un genre qui vous est cher.

      Vous avez d’ailleurs écrit un ouvrage pour expliquer ce genre à ceux qui ne l’aiment pas.

Le roman traditionnel s’intéresse d’ordinaire à un nombre limité de personnes, à la société telle qu’on la connaît.

Le temps et l’espace y sont réduits à la réalité.

La SF élargit l’horizon du lecteur et elle oblige l’écrivain à se remettre sans cesse en cause.

Le héros, c’est l’hypothèse.

Ce qui est en cause, ce n’est pas un couple ou un groupe d’amis mais souvent l’humanité toute entière.

La SF oblige à remettre l’Homme à sa place dans le temps et dans l’univers, elle nous contraint à réfléchir à la pertinence de nos institutions.

Enfin, le jeu avec l’hypothèse de départ contraint l’auteur à décliner avec rigueur toutes les conséquences de la contrainte qu’il s’est lui-même choisie ( tiens… la SF, ce n’est pas la liberté ! Voir plus haut… ).

Dans Un Amour d’éternité, mon incipit est :

Les U-Men étaient immortels, et cependant insatisfaits.

Mettre en scène une société d’humains immortels, cela suppose des bouleversements gigantesques dans le mode de vie, les lois… et aussi le caractère des personnages.

Quels bouleversements ?

Là encore, pas question de dresser une liste !

Il faut mettre des personnages en scène et en situation, les faire vivre, évoluer, dialoguer – et ce, dans un contexte tout à fait inédit où l’auteur n’a pas droit à l’erreur.

La SF contraint l’auteur à se remettre en cause à chaque ligne.

C’est une école de la rigueur.

De même que chaque enseignant ( y compris et surtout les universitaires ! ) devrait effectuer une journée en maternelle et au CP, chaque écrivain digne de ce nom devrait, pour se faire la main, écrire un texte destiné aux jeunes et un récit de science-fiction…

A noter que ( par provocation ? ) j’ai surtout œuvré dans ce double domaine – qui est habituellement méprisé par l’intelligentsia littéraire !

 

         Une personne m’a dit aimer lire la SF car il n’y a avait pas de réflexion. Cela m’a totalement surpris.

      Ce genre est pour moi tout le contraire. Quel est votre avis ?

Cette personne n’a… rien compris !

A moins qu’elle n’ai lu un mauvais roman de SF.

Et ça existe, là encore Dieu merci !

 

         Vous verra-t-on écrire une uchronie un jour, dans la belle collection du même nom que dirige votre ami Alain Grousset chez Flammarion ?

Je n’en suis pas sûr. 

Depuis dix ou vingt ans, j’ai en tête une quinzaine de projets de romans à écrire.

Et il n’y a pas d’uchronie parmi eux !

Ma durée de vie étant limitée, je vais commencer à écrire les textes auxquels je tiens le plus, sans me plier à des commandes ou à des collections nouvelles.

Dans ces domaines, j’ai déjà beaucoup donné.

Ce ne sont pas les idées qui me manquent…

Lors d’un récent séjour chez Alain, je lui ai même livré l’incipit ( ou plutôt la mise en exergue ) d’une uchronie qui me semble originale… et que j’adorerais écrire pour sa collection !

Là encore, je m’interdis d’y penser… car si je commence à rôder cette idée, je sais qu’il y a tout au bout une uchronie de 400 pages, et que je finirai par avoir très envie de l’écrire.

Mon problème, c’est le temps, et j’ai trop de textes importants à mes yeux à écrire pour répondre à des demandes, fussent-elles de mes amis les plus proches et les plus chers ( et… Alain en fait partie ! )

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 20:19

         Michel Jeury a abandonné la SF pour le roman du terroir.

      Vous n’en écrivez plus, peut-on en connaître les raisons ?

J’ai commencé à m’éloigner de la SF quand j’ai décidé de vivre de ma plume, au début des années 90. La SF se vendant très peu, je me suis ouvert à d’autres genres littéraires ( le roman intimiste, policier, historique, le fantastique, la mythologie… ) mieux acceptés par les lecteurs.

Cela dit, c’est aussi l’époque où j’ai écrit les six volumes d’Aïna et les quatre volumes de la saga de La Musicienne de l’aube. Sans parler de Virus LIV 3, des Surfeurs de l’inconnu, d’Ecoland, de L’Eternité mon amour, d’Un amour d’éternité, de Robinson des Etoiles… j’en passe – et j’oublie dans le lot pas mal de nouvelles de SF pour divers magazine !

Je n’ai donc pas du tout abandonné le genre. Mais je ne m’y livre plus à 100

Mon dernier texte paru : Décroissance Dure, Dictature Douce ( cahiers Pédagogiques de janvier 2010 ),relève d’ailleurs totalement de la SF. Mais ce texte est… « gratuit », ce qui signifie que je n’ai pas touché un centime pour l’écrire et le publier !

J’ajoute ( mais faut-il que je me justifie ? ) que mes romans policiers flirtent souvent avec la SF !

Une précision : Michel n’a pas abandonné la SF, il y revient depuis peu… et ( c’est un scoop, une confidence qu’il ma livrée dans son dernier courrier ! ) il va sortir un Ailleurs & Demain fin 2010 !

      

 

 

   Quels sont les auteurs qui ont influencé votre plume ?

Chronologiquement, de l’âge de 10 ans à nos jours, disons…

Jules Verne, Alexandre Dumas, Charles Dickens, R.-L. Stevenson, St Exupéry, Jack London, Edgar Poe, Albert Camus, Hemingway, Hugo, Baudelaire, George Sand, Gustave Flaubert ( durablement ), Stendhal, Malraux, Voltaire et Rousseau, Jean Giono, Colette ( durablement aussi ! ), Drieu La Rochelle ( eh oui ), Virginia Woolf, Jane Austen, Bradbury, Fitzgerald, Roger Vailland ( durablement ! ), Gide, Proust, Céline, Anatole France, Le Clézio, Philip K. Dick, R. Silverberg, Michel Jeury, Modiano, Romain Gary ( durablement ), Günter Grass, G. Garcia Marquez, Fred Vargas, Murakami…

 

Pourquoi ?

Ce sont de vrais, de grands  raconteurs d’histoire, des romanciers. Mais aussi des écrivains dont les récits font grandir et réfléchir.

 

Que leur avez-vous emprunté ?

Je l’ignore.

Je ne lis pas pour emprunter mais pour me distraire et me nourrir.

Ce qui me fascine, c’est la concision, la précision, l’efficacité des auteurs que je viens de citer en vrac. Il se peut que j’en ai oublié un, important… tant pis !

 

         Si vous aviez un auteur du XIXème siècle à qui écrire, lequel serait-ce ?

Gustave Flaubert.

Et que lui écririez-vous ?

Mon admiration. Ma reconnaissance.

Je lui dirais qu’il est le modèle, la référence de la plupart des auteurs contemporains.

 

         A un homme du XXIème siècle ?

 A Barak Obama ( vous m’avez dit un homme, pas un auteur… et vous ne m’avez pas demandé ce que je lui écrirais… heureusement ! ). Quand on a entre les mains la possibilité de modifier la donne de l’humanité, on doit se moquer de sa réélection, de la CIA, de l’opinion publique… C’est ce que le jury du Nobel espérait. Dommage qu’Obama ait raté l’occasion de nombreux coups d’éclat sur le plan de la guerre, de l’aide aux pays pauvres, de décisions fracassantes et impopulaires ( dans son propre pays ) concernant le changement climatique.

 

         Qu’est-ce qu’un bon livre de fiction?

Un récit qui fait rêver et réfléchir.

Un roman qu’on peut lire et relire et qui, de lecture en relecture, apporte sans cesse un éclairage et des éléments différents.

Quel est le personnage que vous avez créé et  que vous préférez ?

Logicielle.

Et pourquoi?

Après huit romans et six nouvelles qui la mettent en scène, je peaufine toujours sa personnalité, son caractère, ses doutes.

Elle ressemble à ma fille, c’est une bonne raison pour que j’y sois attaché.

Mais Logicielle n’est pas ma fille, elle évolue dans un autre milieu, elle est restée célibataire, indépendante.

C’est la première fois dans ma vie d’écrivain que je continue à faire vivre un personnage quinze ou seize ans après l’avoir créé.

Quel fut le personnage qui vous a donné le plus de souci à créer ? et pourquoi?

Ce personnage, Anne, est au centre du récit que je suis en train d’écrire.

Anne ressemble trait pour trait à ma femme Annette.

Après quarante ans de publication et cent romans publiés, c’est la première fois que j’évoque clairement mon épouse dans un texte, même si j’ai modifié son prénom.

Je ne m’y étais jamais risqué.

Je pense inutile d’expliquer pourquoi, plus encore que pour un autre personnage, je pèse mes mots quand je la fais parler ou agir !

 

Votre bibliothèque, quelle est-elle ?

J’ai plusieurs bibliothèques, disséminées dans plusieurs pièces de la maison ; une grande maison que nous avons en partie achetée pour y ranger nos livres !

Comment sont ces livres,   Beaux livres, poches… genres ?

J’ai de tout, bien entendu ! Du poche, des éditions classiques. Une trentaine de Pleiade. Quelques livres rares comme une édition numérotée de l’Enfer d’Henri Barbusse… Beaucoup de livres dédicacés  ( par Aragon, Montherlant… ).

Et pas mal d’intégrales, souvent en cuir : Shakespeare, Molière, Corneille, Racine, Marivaux, Hugo, Mauriac, Vailland, Balzac, Zola, Agatha Christie, Conan Doyle…

 

        Où sont-ils rangés ?

            Comment sont-ils classés ?

Ma bibliothèque principale, au rez-de-chaussée comporte environ 12 000 romans, tous classés par ordre alphabétique d’auteurs.

Dans le « salon de musique » attenant ( où se trouvent déjà 2 000 CD et 4 ou 5 000 vinyls, uniquement du classique ) se trouvent de jolies collections, des intégrales et des encyclopédies ( littérature, musique, géographie, histoire, civilisation… ) auxquelles je peux voir besoin d’accéder à tout moment de la journée et en dehors de l’écriture.

Au premier étage, on trouve :

Dans la « chambre des filles » ( trois lits ), les albums et ouvrages pour enfants. Les albums sont en bas ; et au fur et à mesure qu’on monte, les ouvrages sont destinés aux 7, 8, 9, 10 ans…

Dans la « chambre informatique » ( un lit et trois ordinateurs en réseau, c’est la chambre de notre petite-fille aînée, 13 ans ), toute la littérature ado.

Tout est classé à la fois par collection et, à l’intérieur de chaque collection, par ordre alphabétique d’auteurs.

C’est une pièce à laquelle je tiens beaucoup car on y trouve aussi de vieilles collections jeunesse comme la Souveraine, l’Idéal Bibliothèque, la Nelson… et des centaines d’ouvrages Rageot – pratiquement toutes les Bibliothèque de L’Amitié, les Chemin de l’Amitié, les Cascade

Dans les casiers du bas sont rangées toutes les BD.

Tout en haut, inaccessibles sans escabeau, sont rangés de vieux livres précieux du XIXe siècle, livres de prix, contes, un Jules Verne original de chez Hetzel, etc.

Dans le couloir ouest, on trouve tous les romans policiers ( classés par ordre alphabétique d’auteur ).

Dans le couloir est, toute la poésie et le théâtre, classés par collections – je m’y retrouve mieux !

Au deuxième étage ( c’est le grenier, mon bureau ), on trouve toute la SF – classée là aussi par collections ( et par ordre alphabétique d’auteur à l’intérieur de chaque collection, sauf pour les Fleuve Noir Anticipation, et les revues Fiction et Galaxie, classés par numéros. )

Autour de moi enfin, se trouvent mes dictionnaires et encyclopédies auxquels je peux avoir accès uniquement en tendant la main :

L’Universalis, la Larousse, le Grand Robert, le Quillet, le Littré, des dictionnaires de synonymes, de difficultés de la langue française, le Petit Robert, plusieurs Hachette, des dictionnaires étymologiques, de rimes, le Hanse, le Bescherelle, le Grévisse, beaucoup de dictionnaires de langue aussi ( notamment en Allemand, le Wahrig, etc. ), et aussi des documentaires sur l’Histoire, la Géographie, les sciences, l’Astronomie, la conquête de l’espace, plusieurs Atlas… j’en passe !

 

Dans l’annexe ( ancien garage aménagé ! ) sont regroupés les documentaires : philosophie, géographie, histoire, sciences humaines et les livres scolaires dans tous les domaines.

Comme il faut traverser le jardin pour y accéder, je n’ai rangé dans ce lieu que des ouvrages dont j’ai besoin rarement, ou alors pour un usage précis.

Quand j’ai écrit Août 44, Paris sur scène par exemple, j’ai été chercher là-bas  des ouvrages historiques sur la dernière guerre et la Libération – je possède évidemment l’intégrale de Jean Amouroux sur La vie quotidienne des Français pendant l’occupation.

 

Comment les achetez-vous ?

Chez les libraires !

Mais aussi beaucoup dans les salons du livre auxquels je participe.

Annette, dans les salons du Livre, passe son temps à aller voir mes petits camarades ( je devrais dire… nos amis ! ), à acheter et à faire dédicacer les romans de Lorris et Marie-Aude Murail, Philippe Barbeau, Pierre Bordage, Susie Morgenstern, Christophe Lambert… euh, j’aurais des centaines de noms à citer !

J’ajoute que mes amis ( voir plus haut ) m’envoient souvent leurs derniers livres !

Je crois n’avoir jamais acheté un Grousset ou un Martinigol… mais j’ai l’intégrale de tous ces auteurs parce qu’à la sortie d’un de leurs ouvrages, ils m’en envoient un exemplaire… à moins qu’ils ne me l’apportent quand ils viennent en été passer quelques jours chez nous !

J’achète aussi des livres d’occasion, dans des dépôt-vente ou des vide-grenier, notamment tous les livres jeunesse que je rêvais d’avoir quand j’avais 10, 12 ou 15 ans.

 

        Quel est le livre actuellement posé sur votre table de chevet ?

La Correspondance entre Flaubert et Sand.

Je l’ai racheté cet été, quand je suis allé à Nohant.

Ce doit être la troisième fois que je l’achète !

Il faut dire que mes livres, je les prête volontiers.

Notre ami médecin, quand il vient ( une fois par semaine en général, et pas du tout pour une consultation ! ), m’en emprunte deux ou trois, il dort peu et lit beaucoup, et me demande conseil.

Il arrive fréquemment qu’un ami vienne passer un ou deux jours chez nous, qu’il fouille et m’emprunte un, deux - ou quinze - livres.

Beaucoup de ces ouvrages reviennent ( la femme d’Alain Grousset, quand elle vient, m’en emprunte toujours… et elle me les rend toujours ! ) et d’autres ne reviennent pas… tant pis !

C’est que l’emprunteur a préféré le garder, ou l’a lui-même prêté…

Pas grave.

L’essentiel est qu’un livre circule et soit lu !

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 11:00

 

Marc, comment se situe l’auteur aujourd’hui par rapport à l’auteur des débuts ? Il y a-t-il une différence (style, pensée, méthode…)


Disons qu'au départ, je cherchais à être connu. Aujourd'hui, je souhaite qu'on connaisse surtout et avant tout mes histoires.


Pourquoi écris-tu ? Est-ce quelque chose de facile à expliquer ?

C'est ma façon de communiquer avec les autres et de trouver ma petite place dans ce monde.


C’est quoi être écrivain ?

C'est se mettre au service des lecteurs.

Pour toi, écrire c’est quoi ?


C'est aimer raconter aux autres (et non pas se raconter à soi-même !).


Arthur Ténor parle de lui comme étant un « explorateur de l’imaginaire » et toi ? Quel écrivain es-tu ?

C'est plutôt ainsi que je qualifierais le lecteur. C'est lui qui fait ce boulot très créatif et personnel. Il lit les mots et s'imagine des bruits, des couleurs, des odeurs, des émotions...
L'écriture est une invitation à faire travailler l'imaginaire du lecteur.


La littérature c’est quoi ? Cela sous entend que tout ne serait pas littérature…

Un ensemble d'histoires. Rien de plus. Leur appartenance à la "Littérature" n'est qu'une affaire de goût et de norme.


Qu’est-ce ce que la littérature jeunesse ? Une littérature à part entière ?

Oui car elle met généralement en scène des personnages qui ont l'âge des lecteurs. L'identification est donc grande.
C'est aussi des livres "pour les jeunes" qui sont écrits "par des (plus) vieux". C'est donc un lien intéressant entre les générations.


Qu’est-ce qu’un auteur jeunesse ?

Un explorateur de la narration (Zut ! Ça sonne moins bien que la formule d'Arthur !).



L’écriture a-t-elle toujours été en toi ou est-ce quelque chose qui est arrivé tardivement dans ta vie ? Elément déclencheur ?

Vers 26 ans. J'ai toujours eu l'envie de "raconter", par la photo, le dessin, la musique... L'écriture est venue plus tard car j'avais beaucoup de difficulté en français et j'en étais très complexé.
Je m'interdisais donc d'écrire.


Ecris-tu pour toi ? pour un public ? Le public/l’éditeur t’a t-il influencé ?


J'écris pour un lecteur "virtuel". Pour chaque livre, j'en imagine un. Cela me permet de sortir de mon rôle d'écrivain et de me mettre à la place de celui qui va recevoir l'histoire.
Cela me permet aussi d'adapter mon écriture aux capacités de lecture de ce "lecteur imaginaire".

Comment définis-tu tes romans ? qu’est-ce qui te guides ? te pousses ? te fais avancer ?


Partager. L'écriture, même si elle m'isole au moment d'écrire, est pour moi une façon d'aller vers les autres.

Je vais me faire l’avocat du diable ! Volontairement. Peut-on tout écrire quand on sait qu’on est lu par des ados ? Evoquer le affres de notre société n’est-il pas périlleux pour le moral de notre jeunesse ?


Non. On est responsable de "son" lecteur. Mais c'est à chacun de se fixer des limites, et d'être capable d'expliquer ses choix.

Est-il facile d’être engagé et publié ? L’écriture engagée intéresse-t-elle encore ?


Elle intéresse les lecteurs mais elle fait un peu peur aux éditeurs ! C'est le paradoxe qu'il faut contourner.

Comment l’auteur que tu es peut-il garder son indépendance, ses idéaux tout en continuant d’exister sur le marché ?

En faisant des compromis acceptables, en adaptant ces écrits aux contraintes du marché. Quand ce n'est pas possible, il faut se débrouiller autrement. C'est pour cette raison que j'ai créé les éditions Coyote Jeunesse il y a quelques années.


Les éditeurs mènent des études pour connaître les goûts des lecteurs (en matière d’histoires, de personnages,…)… Comment fais-tu pour résister aux modes (dragons, magie…) et toujours être heureusement un auteur apprécié ?


Les goûts des lecteurs sont des éléments incontournables. Il faut les prendre en compte. Quand on mange au restaurant, on nous demande ce qu'on aimerait manger... seulement, pour exprimer réellement un choix, et découvrir de nouveaux goûts, il faut que la carte soit variée.
Il ne faut donc pas que les modes empêchent la diversité.
Personnellement, j'ai l'impression de participer à cette diversité, tout en prenant en compte les goûts des lecteurs.

Cette fameuse imagination, d’où vient-elle ? de quoi t’inspires-tu ?


C'est peut-être une façon un peu bizarre de voir, et de vivre, la réalité.

Qui te lis en 1er ? Un proche ? Pourquoi ?

Ma femme, Isabel, qui travaille avec moi.
http://cantin.apinc.org/isabel_074.htm
Puis mes éditeurs.


Comment crées-tu tes personnages ?

Souvent en "déformant" des personnages réels.


Comment procèdes-tu pour écrire ? Un plan ? des carnets ?

Un ordinateur. Et un carnet pour les voyages.

A quel moment de la journée écris-tu ? Avec quoi ? Une heure précise ? Isolement ?

N'importe quand.

Est-ce que ce sont tes personnages qui te mènent ? Par exemple, peuvent-ils te faire changer de voie en cours d’écriture ?

Ils ont leur mot à dire.

Est-ce que lecture et écriture vont de pair ? Faut-il aimer lire pour écrire ?

Lire un peu, sans doute. Mais pas nécessairement beaucoup.

Ta bibliothèque, quelle est-elle ? Comment sont ces livres, Beaux livres, poches… genres ?

Petite.

Où sont-ils rangés ? Comment sont-ils classés ?

Le désordre complet y règne en maître.

Comment les achètes-tu ?

Chez mon libraire et sur Internet.

Quel est le livre sur table de chevet ?

En ce moment, je lis en espagnol car je repars en Colombie dans 15 jours. (Interview réalisée mi janvier2010).

Pour toi, lire c’est quoi ?

Une façon agréable de terminer la journée, avant de s'endormir.

• Te sens-tu libre comme écrivain ? As-tu eu à souffrir de la censure ?

Non.

T’interdis-tu des choses dans l’écriture ? L’éditeur te « dirige »-t-il beaucoup ?

Non. L'éditeur est un accompagnateur au moment de l'écriture. Parfois un confident.

Quels sont tes auteurs préférés ? tes lectures préférées ?

J'adore Roald Dahl.

Les livres jeunesse qui t’ont marqués chez les autres ? Un livre de chevet ?

"Danny champion du monde"

Quel est le livre que tu as écrit pour lequel tu gardes une affection particulière ?

Tous !

• Faut-il lire les classiques ? Pourquoi ?

Ils sont moins chers et même gratuits en ebook sur le net ! C'est un argument ça ?

As-tu un avis sur l’avenir du livre ? Les nouvelles technologies vont-elles le tuer ?


Non. Le livre changera certainement de forme, mais l'Homme aura toujours besoin qu'on lui raconte des histoires.

Qu’aimerais-tu écrire ? un sujet que tu n’as pas abordé et qui te taraude ? un genre ?

Je ne dévoile jamais ce genre de chose. Top secret.

Ecrire à 4 mains cela te tente-t-il ?

J'écris à "deux fois deux mains" avec Isabel. Et c'est très agréable.

Quelle est la phrase qui te pose le plus de souci dans l’écriture ? L’incipit ?

Aucune règle générale. Chaque livre est une nouvelle aventure, avec ses propres difficultés.

Quel style préfères-tu ? style indirect libre… « Je » ou « Il »…


J'ai une préférence pour le "Je".

Combien dure la phase avant l’écriture (recherches…) ? ET la phase d’écriture ? Combien écris-tu de livres par a ?

C'est très difficile à évaluer. Par exemple, j'écris en ce moment un roman qui est resté plus d'un an sous forme de plan. Mais je peux aussi écrire un roman en trois semaines.

Est-il facile de vivre de sa plume ? Exerces-tu un autre métier ?

Ça me semble faisable de s'y consacrer entièrement sans mourir de faim.

Qualités et défauts de l‘homme ? qui rejaillissent sur l’écrivain ?

L'égocentrisme. Il faut le combattre quotidiennement. !

• Fais-tu attention à la longueur de tes phrases ? Pierre Bottero faisait des phrases courtes ; parfois, il ne les finissait pas pour laisser le soin au lecteur d’imaginer, de rêver et donc de les terminer lui-même.

C'est la meilleure des techniques, et la moins fatigante !
Plus sérieusement (j'aimais beaucoup les livres de Pierre, et je les aime toujours d'ailleurs), l'écriture est, selon moi, au service de l'histoire. Il n'y a donc pas de règle ferme et définitive en la matière.

Qu’est-ce qui fait que pour toi, une phrase est bonne ?

Si elle "parle" au lecteur.

Comment s’opère la collaboration avec ton éditeur au niveau de la correction des textes ? Un auteur libre, cela existe-t-il ?

Bien sûr. Mais un auteur libre n'est pas un auteur qui a la science infuse ! C'est important d'avoir un regard extérieur sur son histoire. L'éditeur est là pour nous y aider, pas pour nous censurer ou ��crire à notre place. Personnellement, je ne connais pas ces "bras de fer" entre auteur et éditeur. Je travaille avec mes éditeurs dans l'intérêt de l'histoire, et des lecteurs. C'est notre ligne directrice. Parfois nous sommes d'accord, parfois non. Alors, nous argumentons, et nous finissons par tomber d'accord.
Les éditeurs ne sont pas des monstres !!! Ils sont aussi passionnés que les auteurs par leur métier (en tout cas ceux que je connais).

Si tu avais un auteur à qui écrire, lequel serait-ce ? Et que lui écrirais-tu ?

A Quentin Blake pour le supplier d'illustrer une de mes histoires !


Quelque chose à
rajouter ? A part… Ouf, je suis épuisée !


Merci beaucoup, et au plaisir !

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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 09:55

http://www.bibliosurf.com/local/cache-vignettes/L250xH367/perrin-91c6a.jpg

Le Vosgien Raymond Perrin, ancien documentaliste, est l’auteur de trois essais passionnants sur la presse et la littérature jeunesse au XXème et XXIème siècle.

Il nous livre ici, pour le blog, la façon qui fut la sienne de travailler à l’écriture de ces sommes.

 « Le travail que j’ai entrepris résulte d‘une fréquentation des « livres jeunesse » pendant plus de 35 ans. Quand Nicole Schneegans (au CRDP de Grenoble, à l’époque) m’a suggéré ce genre de travail (que j’ai refusé pour le CRDP et pour Delagrave car je ne voulais pas faire du « pédagogique » et m’autocensurer), j’étais « prêt », sans le savoir, à écrire le 1er livre.     

 

 Mon information s’est faite au départ sans méthode, en conseillant des livres à mes élèves de collège (à l’époque, je prêtais mes propres livres car la bibliothèque de l’établissement était minable ou « squattée » par les « anciens » profs).

 

J’ai fréquenté une quinzaine d’année le comité de lecture du CDDP d’Epinal et je lisais assez régulièrement Lire au collège (depuis sa création), Inter-CDI et les suppléments livres des quotidiens parisiens qui, à l’époque, consacraient plus de place, aux « livres jeunesse ». Même la Quinzaine littéraire consacrait des pages à ces livres… c’était il y a longtemps… Parmi les premiers auteurs contemporains lus dès les années 70, il y avait surtout Pierre Pelot et Christian Grenier qui me faisaient ainsi connaître les nouvelles collections (de « Jeunesse poche », à « Spirale » en passant pas « Grand angle », « Les Chemins de l’amitié, « Travelling », etc.). J’ai accueilli avec enthousiasme la naissance des collections de poche à partir de 1977.

En fait, en bon autodidacte, je crois, comme Roland Barthes, aux vertus d’un certain « bricolage ».

 

http://a7.idata.over-blog.com/193x299/0/35/16/76/Bient--t-sur-le-site--/9782296040670r.jpg

Bibliographie :

« Littérature de jeunesse et presse des jeunes au début du XXIe siècle »

« Un siècle de fictions pour les 8 à 15 ans (1901-2000) : à travers les romans, les contes, les albums et les publications pour la jeunesse »

« Fictions et journaux pour la jeunesse au XXe siècle »

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 09:50

INTERVIEW de Jean Claude Mourlevat spécialement pour nous, sur ce blog !
Merci à toi, Jean-Claude pour ta disponibilité ! jcm.jpg

Bonjour Jean-Claude !
Comment se situe l’auteur aujourd’hui par rapport à l’auteur des débuts ? Il ya-t-il une différence (style, pensée, méthode…)

 

La différence entre moi écrivant mon premier roman en 1997 et moi écrivant mon 12ème roman aujourd'hui, c'est que j'en ai écrit 11. Que j'ai 12 ans de plus. Que je vis (très bien) de mon écriture. Que j'ose dire "je suis écrivain" quand on me demande ce que je fais. Pour le reste, l'écriture elle-même, peu de différences: même angoisse, même exaltation, même questionnement, même jubilation. J'ose davantage entreprendre des projets d'envergure, en volume et en ambition.

 

     Pourquoi écris-tu ? Est-ce quelque chose de facile à expliquer ?

 

     J'écris parce que c'est ce que j'ai de meilleur à offrir. Je pense être "doué" pour ça. Je m'en suis rendu compte tard. J'essaie de rattraper le temps perdu à chercher mon chemin. 

 

 

 C’est quoi être écrivain ?

 Pour moi qui suis romancier, c'est inventer des histoires que personne n'avait encore inventées et les écrire. Ah oui: il faut aussi qu'elles soient intéressantes.

  

Pour toi, écrire c’est quoi ?

 C'est faire acte de création. C'est fabriquer un objet littéraire dont je sois fier.

 

Arthur Ténor parle de lui comme étant un « explorateur de l’imaginaire » et toi ? Quel écrivain es-tu ?

 Je cherche le secret des gens. Et le mien.

  

La littérature c’est quoi ?

 J'aime le mot littérature. C'est un de mes préférés de la langue française. La littérature est un art parmi les autres. Il nous permet d'aller derrière les choses, de sublimer notre quotidien. 

 
Qu’est-ce ce que la littérature jeunesse pour toi ? Une littérature à part  entière ? 

        Jocker. J'ai pris la décision il y a quelques années déjà de ne plus m'exprimer sur ce sujet.

 

        Et … qu’est-ce qu’un auteur jeunesse ?

             Idem.

 

       L’écriture a-t-elle toujours été en toi ou est-ce quelque chose qui est arrivé tardivement dans ta vie ? Elément déclencheur ?

   Je suis sans doute né avec "ça". Mais je n'ai commencé à écrire qu'à la quarantaine. Je suis passé du théâtre à l'écriture à cet âge-là. Une autre façon de créer et qui convient sans doute mieux à ma nature. D'un point de vue technique, posséder un ordinateur avec traitement de texte a été déterminant.

 

Ecris-tu pour toi ? pour un public ? Le public/l’éditeur t’a t-il influencé ?

 Mes romans sont des cadeaux que je fais à ceux qui veulent bien les lire. Mais il faut que le cadeau me plaise d'abord. Il est confectionné selon mon goût, ma sensibilité, ma façon de considérer le monde. Les lecteurs ne m'influencent pas. Comment le pourraient-il? Mon éditeur (Gallimard) me laisse une liberté absolue. Il me pousse parfois à aller plus loin, c'est tout.

 

Comment définis-tu tes romans ? Qu’est-ce qui te guide ? Te pousse ? Te fais avancer ?

 Je ne les définis pas globalement. Chacun a sa singularité, sa musique. Ce qui me guide c'est mon désir. Et mon intuition. Ce qui me fait avancer, c'est la volonté d'aller au bout de l'histoire. Parfois c'est elle qui m'entraîne, qui « cavale » devant. Parfois je la pousse, la tire, la porte, la traîne...

 

Cette fameuse imagination, d’où vient-elle ? De quoi t’inspires-tu ?

 Je n'ai pas d'inspiration. Ce mot m'agace. Comme si « l'inspiration » descendait sur l'Ecrivain avec un E majuscule. Non, je me creuse la tête. Mais imaginer, ça oui: j'imagine. C'est à dire que je vois des « images ».Trouver une idée ne sert à rien, n'avance à rien. On s'appuie sur des émotions, des musiques, des ambiances, des situations sensibles, pas des idées.                     

 

Qui te lit en 1er ? Un proche ? Pourquoi ?

 Ma femme et ma fille. Elles me soutiennent depuis le début. Elles sont toutes les deux des critiques exigeantes et bienveillantes. Elles ne me tolèrent pas « moyen ». Elles m'incitent à prendre mon temps, à ne pas aller trop vite. Je suis trop impatient.

 

Comment crées-tu tes personnages ?

 Je ne m'attarde pas sur leur apparence. Je ne les décris pour ainsi dire pas. Ce qui m'intéresse, c'est ce qu'ils éprouvent, ce que l'histoire leur fait. Plus elle avance, l'histoire, plus ils prennent de l'épaisseur, de la consistance. Et si tout va bien, ils finissent par exister comme toi et moi.

 

Comment procèdes-tu pour écrire ? Un plan ? des carnets ?

 Je n'ai jamais pris une note de ma vie. Je n'ai pas de carnets. Mes tiroirs et mes poches sont vides. Je ne fais pas de plan. J'imagine la scène d'ouverture et j'avance dans l'histoire « à la lanterne ». Je n'ai pas de scénario. Je ne sais pas où je vais. Au fur et à mesure, je le devine. Je finis même par me projeter à la fin du roman, mais je ne suis jamais sûr de rien. Tout peut arriver.

 

 

A quel moment de la journée écris-tu ? Avec quoi ? Une heure précise ? Isolement ?

 Aucune habitude. J'écris le matin, l'après-midi, le soir, ça dépend de mon envie et de mon énergie. J'écris surtout avec mes pieds, c'est à dire en marchant. Oui, je dois être seul. J'ai beaucoup écrit dans les trains. Moins aujourd'hui.

 

Est-ce que ce sont tes personnages qui te mènent ? Par exemple, peuvent-ils te faire changer de voie en cours d’écriture ?

 Non. C'est moi le chef, quand même! En réalité, cette question n'a guère de sens pour moi, parce je suis tous les personnages. Ils font ce que je veux, parce que je suis eux. C'est amusant d'être le méchant, le gentil, de mourir, d'être héroïque, d'être un idiot. 

 

Est-ce que lecture et écriture vont de pair ? Faut-il aimer lire pour écrire ?

 Je n'écrirais pas si je n'avais pas lu. C'est indissociable. On trouve dans ses lectures des modèles et des contre-modèles.

 

Pour toi, lire c’est quoi ?

 Dans le meilleur des cas, c'est écouter une voix. Me laisser emporter par elle.

 

Te sens-tu libre comme écrivain ?

 Parfaitement libre.  

 

 As-tu eu à souffrir de la censure ?

 Oui, mon premier roman (La balafre) a été interdit dans les collèges de l'académie d'Amiens par une IPR de Lettres. Et j'ai moi-même été interdit de visite. C'était très amusant. Et très inquiétant.

 

·     T’interdis-tu des choses dans l’écriture ? L’éditeur te « dirige »-t-il beaucoup ?

 

    Je m'interdis d'être médiocre, autant que possible! L'éditeur ne me dirige pas. Il m'accompagne, m'encourage, me demande où j'en suis. A l'occasion il me pousse à aller plus loin. C'est le contraire de la censure.

     Si je m'interdis quelque chose, ce serait peut-être des fins trop sombres. Si je suivais strictement mon goût personnel, tous mes personnages seraient morts ou malheureux à la fin de mes romans. Je me fais violence pour en sauver quelques-uns.

 

Quels sont tes auteurs préférés ? Tes lectures préférées ?

 Cervantès (Don Quichotte), Orwell (La ferme des animaux), Defoe (Robinson Crusoé), Kafka (Le château), Molière (Don Juan), Paul Auster (La musique du hasard) etc.

 

Les livres jeunesse qui t’ont marqués chez les autres ?

 La danse interdite (Rachel Hausfater) Dakil le magnifique (Marie-Sabine Roger) Je fais exprès de prendre deux choses très différentes! Et puis les classiques: Roal Dahl bien sûr.

 

Un livre de chevet ?

 Ça change. Mais celui qui reste, c'est Le château de Franz Kafka, en allemand.

 

Quel est le livre que tu as écrit pour lequel tu gardes une affection particulière ?

 Sur les 11 romans, il y en a 4 : La rivière à l'envers, La ballade de Cornebique, Le combat d'hiver et Le chagrin du roi mort. Je ne peux pas choisir entre eux.

 

Faut-il lire les classiques ? Pourquoi ?

 Il ne faut rien. On peut passer sa vie sans lire un seul livre, classique ou non. C'est un luxe. Mais si on aime ce luxe, alors oui, je crois qu'il faut lire entre autres choses les classiques. Je viens de relire Madame Bovary. Ça m'incite à la modestie et me rappelle ce que c'est qu'être écrivain. Très salutaire.

 

As-tu un avis sur l’avenir du livre ? Les nouvelles technologies vont-elles le tuer ?

 Je ne sais pas.

 

Qu’aimerais-tu écrire ? Un sujet que tu n’as pas abordé et qui te taraude ? Un genre ?

 Un policier, oui, ça m'amuserait. Mais ce que je suis en train d'écrire n'en est pas si loin. Un sujet ? Non, je ne vois pas.

 

 Ecrire à 4 mains cela te tente-t-il ?

 

      Oui. Il y a une ou deux personnes avec qui je le ferais volontiers. Il faudrait seulement trouver le type de narration qui s'y prête: l'échange épistolaire peut-être.

 

Quelle est la phrase qui te pose le plus de souci dans l’écriture ? L’incipit ?

 Non. On est encore libre, au début du roman. C'est ensuite que ça se corse, quand le nombre des possibles se réduit. Il y a des moments où on bute contre un mur, où le scénario se grippe, et alors TOUTES les phrases qu'on écrit sont mauvaises. Il faut revenir en arrière, changer la trajectoire, reprendre son élan et repartir. La rédaction elle-même ne pose pas de problème persistant. C'est une technique. La question est plutôt: qu'est-ce qui se passe?

 

 

Quel style préfères-tu ? style indirect libre… « Je » ou « Il »…

 J'aime beaucoup le « je » qui est immédiat, sans filtre, nerveux. Mais souvent je mélange le « je » et le « il ou elle ». Dans La ballade de Cornebique, je joue beaucoup avec ça. Il y a du « il », du « je » et même du « tu » parce qu'il se parle beaucoup à lui-même.

 

Combien dure la phase avant l’écriture (recherches…) ? Et la phase d’écriture ? Combien écris-tu de livres par an ?

 Des semaines ou des mois d'hésitations, d'explorations mentales, de doutes avant de m'y mettre. Ensuite un an d'écriture environ. J'écris un roman par an en moyenne depuis 12 ans.

 

·     Est-il facile de vivre de sa plume ? Exerces-tu un autre métier ?

 

     C'est mon seul métier. J'en vis très bien.

 

Quel est le personnage que tu as crée et qui t’a posé le plus de souci Pourquoi ?

 C'est dans le roman (presque de science-fiction) que je suis en train d'écrire. Mais je viens de régler le problème. Vous comprendrez en le lisant!

 

 

Quel personnage de papier que tu as inventé aimes-tu le plus ?

 Je me dis parfois que tous mes personnages, qu'ils aient 13 ou 60 ans, sont une seule et même personne. S'il faut vraiment nommer quelqu'un, alors j'ai tout de même un faible pour Cornebique.

 

     Quel place a le mot dans tes romans ? Le vocabulaire est-il très important pour toi ?

 

      Les mots sont à la fois les outils et le moteur. Trouver le bon mot ne sert pas seulement à exprimer sa pensée de façon juste, cela crée de la pensée. Il y a des mots que j'aime (lumière, littérature), d'autres que je n'aime pas. Je vous défends de trouver un « rétorqua » une seule fois dans mes 11 romans.

 

·     
Fais-tu attention à la longueur de tes phrases ? Pierre Bottero faisait des phrases courtes ; parfois, il ne les finissait pas pour laisser le soin au lecteur d’imaginer, de rêver et donc de les terminer lui-même.

 

      Je fais attention à tout, bien entendu. Rien n'est le fait du hasard. Pierre aussi faisait attention à tout. Il y a une seule chose dont il ne s'est pas assez méfié...

 

·     
Qu’est-ce qui fait que pour toi, une phrase est bonne ?

 

     Elle est juste. Courte ou longue, très écrite ou jetée, à cet endroit-là du roman, elle est juste.

 

·    
Comment s’opère la collaboration avec ton éditeur au niveau de la correction des textes ? Un auteur libre, cela existe-t-il ?

 

      Je suis parfaitement libre. J'écris ce que je veux, comme je le veux, à la vitesse qui me plaît. La seule chose qu'on pourrait me reprocher serait d'être mauvais. Mon éditeur saurait le faire si c'était le cas.


 

QQuels sont les auteurs qui t’ont influencé? Pourquoi ? Que leur as-tu empruntés ?

 

Pour mes « modèles » voir plus haut. Je ne leur ai rien volé, sinon l'envie de me dépasser. Les lire m'a rendu capable d'écrire à mon tour. Je ne leur prends rien, mais sans eux je n'écrirais pas.


  Si tu avais un auteur à qui écrire, lequel serait-ce ? Et que lui écrirais-tu ?

 

CCe serait Franz Kafka. Je lui demanderais s'il veut bien aller se promener avec moi dans Prague. Il me dirait: je ne peux pas, je suis mort en 1924. Je lui dirais: ah oui, c'est vrai, alors repose-toi bien, mon frère.


 

QQuelque chose à rajouter ? A part… Ouf, je suis épuisé !

Non. Je me remets à mon roman en cours. Salut à tous!

 

Photo http://lewebpedagogique.com/azidocs/files/2008/03/jcm.jpg

 

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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 09:36

Les fameuses questions qui donnent mal à la tête !

Au travail...
              * Bonjour Arthur ! Pourquoi écris-tu ?


Les pourquoi sont toujours mystérieux. Sait-on pourquoi on est comme ci ou comme ça ? C’est comme ça, dirai-je, quand j’écris je m’amuse, je vis, je suis heureux, je m’épanouis, j’ai des émotions… Quant à savoir pourquoi en écrivant et pas en épluchant les oignons ???


·
        C’est quoi être écrivain ?

Souvent, je préfère dire que je suis un explorateur de l’Imaginaire. L’écriture serait en quelque sorte mon moyen de raconter mes histoires. Donc, être écrivain, reviendrait à être un voyageur. Un autre écrivain aura certainement une autre réponse…


·

C’est exercer un métier, un métier passionnant qui empli en grande partie ma vie.

 

· Tu écris différents genres de romans (historique, fantasy, société...). Pourquoi ce désir d'écrire des histoires de genres différents ?

Je suis un gourmand de la vie. Ne m’invite jamais dans un restaurant chinois ; j’aurais envie de goûter à tous les plats de la carte, et comme je ne voudrais pas te ruiner, je devrais choisir, mais ça prendrait tellement de temps que la prochaine fois, tu m’inviterais au Mac-Beurk ! Donc, quand on aime on ne compte pas, on goûte à tout. Et tu sais, c’est vaste… tout !

 

· Comment expliques-tu le succès actuel de la fantasy ?

Il n’est pas «  actuel », ou alors c’est un actuel qui dure depuis des décennies. Ce goût pour la fantasy s’explique sans doute par le plaisir qu’on éprouve naturellement pour le rêve, les voyages, la grande évasion… du moins si on a l’esprit ouvert à l’Imaginaire. J’ai des copains qui détestent ce genre. A l’inverse, ils adorent étudier l’évolution des cours de bourses ou suivre les débats politiques… Après tout, c’est une autre façon de se donner du plaisir (intellectuel). Je me réjouis que nombreux soient encore ceux qui apprécient de partir dans l’Imaginaire.

 

·      L’écriture a-t-elle toujours été en toi ou est-ce quelque chose qui est arrivé tardivement dans ta vie ? Quel fut l'élément déclencheur ?

Ce qui a toujours été en moi, c’est l’Imaginaire. Enfant, il me suffisait de regarder une étiquette de bouteille de limonade pour partir « de l’autre côté ». Pour alimenter ce goût immodéré de fantastique, j’avais deux copains aussi fondus que moi de voyages imaginaires. Ados, nous ne refaisions pas le monde dans les bistrots, nous faisions des Mondes ! Mon problème était mon faible niveau en français. Après le premier déclic (la rédaction effrénée d’un space-opéra à l’âge de 18 ans), les difficultés ont commencé pour moi, puisqu’il m’a bien fallu apprendre l’orthographe, la grammaire… et à développer un style.

Cela ne fait finalement pas si longtemps que je peux dire « Oui, l’écriture est en moi ! ». Parce que j’ai fini par y trouver beaucoup de plaisir. Mais je préfère encore dire que je suis explorateur de l’Imaginaire plutôt qu’écrivain. Mais bon, écrivain c’est bien aussi…

 

·        Ecris-tu pour toi ? pour un public ? Le public/l’éditeur t’a t-il influencé ?

Si j’étais « bien pensant », je te dirai que je suis tellement généreux que je n’écris que pour les autres. La vérité, c’est que je fais ce qu’il me plaît… comme tout le monde, quand il le peut. Dix-neuf ans de ma vie j’ai écrit des romans pour adultes qui ne trouvaient pas éditeur. Puis un jour, l’un d’eux m’annonce que je suis en fait un auteur pour la jeunesse. Ce fut une révélation totalement inattendue (incongrue). Donc, je n’écris pas pour la jeunesse, mais il se trouve que la jeunesse est plus concernée par ce que j’écris. J’ajoute simplement que ça me convient tout à fait, tel monsieur Jourdain, bien heureux de sa prose.

 

·        Comment définis-tu tes romans ? qu’est-ce qui te guide ? te pousses ? te fais avancer ?

Définir, c’est réduire. J’ai donc du mal à définir, aussi bien mes romans que mes motivations. Si je donne quelques mots clés, ça aidera, mais je suis sûr que j’en oublierai. Mais bon, allons-y : action, mystère, suspense, rigolade, « vrais » personnages, émotions… une pincée de révolte parfois, un soupçon de naïveté… l’amour, l’incertitude, la curiosité, l’étonnement… le rêve…

 

·        Cette fameuse imagination, d’où vient-elle ? de quoi t’inspires-tu ?

A la deuxième question, je réponds souvent : TOUT ! comme cela, je suis sûr de ne rien oublier. Et c’est vrai ! Une émission de télé sur les éventails chinois, un manuel de physique quantique, la revue Dora, le Monde et Libé… Non, vraiment, mes sources d’inspiration sont trop nombreuses.

Quand à l’imagination. Je la définie ainsi, « c’est l’art de combler les vides  ». Devant lui, le créateur (avec ou sans majuscule) a un grand vide à combler. C’est ce qu’il fait en méditant sur son œuvre. Ensuite, il concrétise cela afin de le rendre communicable. Pour moi, c’est donc par les mots. Ces mots créent des vides que l’esprit humain comble par des images (image-ination) et ça donne une œuvre perçue bien sûr différemment et des images forcément différentes de celles conçues par le créateur. Sinon, j’ai remarqué qu’il y avait quelques outils dont l’imagination a absolument besoin : la curiosité (remplir sa mémoire d’un maximum de souvenirs), le « lâché-prise » (il en faut pour marcher sur le vide), le travail (ça ne vient pas tout seul), l’entraînement (écrire tous les jours) et puis aussi du talent, mais ça je ne sais pas comment on le fabrique.

 

·        Qui te lis en 1er ? Un proche ? Pourquoi ?

Mon épouse, qui est aussi une véritable correctrice de niveau professionnel. Elle a un œil infaillible. J’ai beaucoup de chance. Sinon, personne d’autre dans mon entourage.

 

·        Comment crées-tu tes personnages ?

Je puise dans mon album photos-souvenirs et je fais le casting. Ma chance d’écrivain, c’est que je peux me permettre de combiner différents profils, comme le ferait un dessinateur numérique. Idem pour sa personnalité. Rappelons-nous qu’on ne crée rien, on combine. C’est ça, l’art.

 

·        Comment procèdes-tu pour écrire ? Un plan ? des carnets ?

Plan, non, mais je rédige un synopsis, comme au cinéma. Et j’utilise des pense-bêtes, parce que je n’ai pas une mémoire d’éléphant.

 

·        A quel moment de la journée écris-tu ? Avec quoi ?

Je n'ai pas de moment particulier, je profite plutôt de chaque moment de disponibilité. Ça c’est pour l’écrire « en bureau », car sinon, je travaille du chapeau toute la journée.

 

·        Est-ce que ce sont tes personnages qui te mènent ? Par exemple, peuvent-ils te faire changer de voie en cours d’écriture ?

La magie de la création, c’est qu’une fois un personnage conçu et « né », il n’est plus possible de lui faire dire ou faire n’importe quoi. Il gagne une certaine autonomie, et alors, oui, c’est lui me mène. Cela dit, s’il me cause trop de soucis… Couic !

 

·        Est-ce que lecture et écriture vont de pair ? Faut-il aimer lire pour écrire ?

Il me paraît difficile d’aimer l’un sans l’autre. Mais là, je ne parle que pour moi. Je rappelle que l’une des clés de l’imagination, c’est la richesse intérieure, or comment s’acquiert-elle, entre autres par la lecture.

 

·        Ta bibliothèque, quelle est-elle ? Comment sont ces livres, Beaux livres, poches… genres ?

Franchement, je n’ai pas une bibliothèque bien différente de celle du quidam moyen… Peut-être y trouve-t-on plus de livres pour la jeunesse. Sinon on y trouve vraiment de tout (mais pas n’importe quoi !)

 

·       Te sens-tu libre comme écrivain ?

                   As-tu eu à souffrir de la censure ?

Euh… libre ? Notre époque est-elle si « libérale » que cela ? Clairement, un artiste d’aujourd’hui doit faire attention à ce qu’il fait et à ce qu’il dit, car quand ça « buzze » contre lui, il se fait laminer de toute part. Moi-même, dans cet entretien, je dois faire attention à ce que je dis, parce qu’il y a sûrement quelqu’un quelque part, prêt à ressortir (de son contexte) la phrase maladroite, la blague idiote, la citation controversée, l’image honteuse… que sais-je ? comme s’il s’agissait d’un anathème.

En jeunesse, la censure est liée à la peur des grandes personnes de choquer les bambins. C’est souvent justifié, parfois d’un ridicule à tomber par terre. Une chose est sûre, si je me mets à faire de la politique dans mes romans, je suis étiqueté à vie. Si je parle de sexe, je suis bon pour tribunal de lInquisition, si je critique telle ou telle religion ou idéologie, alors là... Mais bon, de toute façon, pas d’inquiétude, ça ne franchirait pas le barrage de l’éditeur. Je ne sais pas si c’est bien ou c’est mal ; notre époque est ainsi. Mais le champ est encore assez vaste pour pouvoir s’exprimer « librement ».

 

·         T’interdis-tu des choses dans l’écriture ?

Je m’interdis la négligence. Sinon, je fais bien ce que je peux.

 

·        Quels sont tes auteurs préférés ? tes lectures préférées ?

Allez, quelques noms qui me viennent spontanément et pardon pour les  188 692 autres que j’oublie : Barjavel, Henri Verne, Jean Joubert, Patrick Rambaud, Eric-Emmanuel Schmitt, Eve de Castro, Victor Hugo…

 

·        Qu’est-ce ce que la littérature jeunesse pour toi ? Une littérature à part entière ?

Quelle question ! Bien sûr ! D’ailleurs, ne devrait-on pas cesser d’opposer les littératures entre elles ? Parfois, j’ai l’impression qu’on en est au Moyen âge de la pensée, au même titre qu’on se demandait au début de l’ère chrétienne si les femmes avaient une âme, ou aujourd’hui si les homosexuels sont des citoyens à part entière. La question ne se pose donc pas pour moi, tout simplement. Un auteur pour la Jeunesse (de 7 à 107 ans, dirons-nous) raconte des histoires, au même titre que M. Becbémachin ou Mlle Trognomb.

 

·        Faut-il lire les classiques ? Pourquoi ?

Telle qu’est formulée la question, on pourrait croire que les classiques sont comme des médicaments à prescrire à nos pauvres enfants qui ne lisent que de la sous-littérature-jeunesse, ou des BD ou des Mangas, ou rien du tout. Ma réponse serait, pourquoi pas ? Si ça ne leur fait pas de mal, ça ne peut que leur faire du bien.

 

·        Qu’aimerais-tu écrire ? un sujet que tu n’as pas abordé et qui te taraude ? un genre ?

La biographie de personnages, pas forcément célèbres. Je suis sur une piste, mais chut ! je garde mes idées secrètes.

 

·        Ecrire à 4 mains cela te tente-t-il ?

Je l’ai déjà fait en cosignant trois livres avec mon épouse Nathalie. Je ne saurais le faire qu’avec elle.

 

·        Quelle est la phrase qui te pose le plus de souci dans l’écriture ? L’incipit ?

Oui et non. Ça dépend des livres. Parfois, ça vient tout seul, d’autres fois c’est un peu plus long.

 

·        Quel style préfères-tu ? style indirect libre… « Je » ou « Il »…

Comme tu as pu le remarquer au cours de cet entretien, je n’ai pas tellement le profil à m’enfermer dans un profil. Alors, oui, non, peut-être, ça dépend… Je, tu, il, je m’en fiche un peu. Cela dit, j’ai tendance à ne plus écrire au présent.

 

·        Combien dure la phase avant l’écriture (recherches…) ? Et la phase d’écriture ? Combien écris-tu de livres par an ?

C'est la règle des trois tiers : un tiers pour la conception-réflexion-préparation-recherche documentaire, un autre  pour l’écriture, un dernier tiers pour la relecture. Ensuite, tout dépend du projet. J’écris environ 6 à 8 livres par an. Moins s’il s’agit de grands format.

 

·        Est-il facile de vivre de sa plume ? Exerces-tu un autre métier ?

Non, bien sûr, ce n’est pas facile du tout. Quand tu penses que pour un format poche un auteur jeunesse gagne entre 20 et 30 cts par exemplaire, comment veux-tu vivre correctement ? Pour l’heure, parce que je produits et publie beaucoup, j’arrive à tirer un salaire minimum, plus qu’un RMI, mais moins que le salaire d’un cadre de base dans une PME. Mais bon, je n’échangerai pas ma place contre un bureau en haut d’une tour.

 

·        Quelque chose à ajouter ?

Merci de m’avoir donné un tel espace d’expression et mille mercis de faire partager ta passion de la littérature (jeunesse).

 

·        Un sujet que tu aimerais aborder et que je n’ai pas évoqué ?

Il y en a tant ! Mais on se reverra bien pour en parler…

 

 

        Pour toi, écrire c’est quoi ?
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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 14:42

 Bonjour, Guy ! Pourquoi écris-tu ? Est-ce quelque chose de facile à expliquer ?

Parce que je (me) suis fait pour ça.

 

C’est quoi être écrivain ? Pour toi, écrire c’est quoi ?

C’est jouer avec les mots, les situations. Elaborer des chimères. Extrapoler. C’est le plaisir d’inventer, de raconter, de structurer un récit. Ça tient des jeux de l’enfance. C’est parfois casse-gueule et douloureux. C’est un mode d’expression.

Professionnellement, ça reste un statut un peu précaire...

 

L’écriture a-t-elle toujours été en toi ou est-ce quelque chose qui est arrivé tardivement ?

C’est venu relativement tôt, grâce à l’école, aux textes enseignés et aux émotions qu’ils véhiculaient. J’ai compris vite, je crois, que la langue était un outil extraordinaire et  j’avais envie de m’en servir.

 

Ecris-tu pour un public ? Le public t’a t-il influencé ?

Bien sûr que le public doit m’influencer mais je ne le mesure pas très bien. En réalité, je me fiche du public quand j’écris, même si je sais bien que j’écris pour telle collection, grosso modo pour tel âge. Ce n’est qu’une contrainte, une règle du jeu dans laquelle je me sens libre d’écrire ce que je veux (en réalité, ce que je peux avec espérance de mieux…). J’écris peut-être quelque chose d’assez proche ce que j’aimerais lire, selon la formule convenue. Exemple : pour « J’ai vu pleurer un vieux Tsigane », je n’ai fait aucune concession « jeunesse », l’éditeur a publié cette nouvelle telle quelle et je l’en remercie.

 

Comment définis-tu tes romans ? Qu’est-ce qui te guide ? Te pousse ?

Le plaisir d’accomplir quelque chose, d’aller au bout de l’aventure entreprise, roman, conte, “docu-fiction” , nouvelle noire ou pièce de théâtre.... Me mettre au service d’une histoire, d’un thème, d’une forme et me donner ainsi une nouvelle chance de provoquer de l’émotion et, d’une certaine façon, la partager avec des lecteurs.

 

Cette fameuse imagination, d’où vient-elle ? De quoi t’inspires-tu ?

Je ne suis pas un grand imaginatif ! La raison raisonnable me colle au train. Je m’inspire de tout ce qui me constitue : souvenirs, lectures, films, observations… M’intéresse je crois davantage que l’histoire elle-même la façon de la raconter.

 

Qui te lit en 1er ? Un proche ?

Pour les manuscrits dont je doute (presque tous, en fait !), mon épouse. Trois raisons à cela : elle est ce qu’il est convenu d’appeler une grande lectrice ; elle a un jugement assez sûr et sans complaisance ; et surtout : elle n’écrit pas !

 

Comment crées-tu tes personnages ? Comment procèdes-tu pour écrire ? Un plan ? des carnets ?

Un carnet, oui, ou des bouts de papier. Des pages de notes pendant la phase d’imprégnation (même pour des sujets qui relèvent de la pure fiction).  Ces notes, je ne vais pas forcément toutes les consulter, mais j’ai besoin qu’elles soient là, rassurantes… Les personnages finissent par s’imposer d’eux-mêmes, comme émergeant peu à peu d’un épais brouillard, d’abord vagues silhouettes puis de plus en plus définis. Je n’aime pas trop écrire à partir d’un synopsis, je m’ennuie un peu en écrivant si je sais trop où ça va.

 

À quel moment écris-tu ? Avec quoi ? Une heure précise ? Isolement ?

Plutôt le matin. Pas de réelle discipline. Isolement relatif chez moi.

 

Est-ce que ce sont tes personnages qui te mènent ? Par exemple, peuvent-ils te faire changer de voie en cours d’écriture ?

C’est le grand pied quand les personnages vous mènent ! En pleine écriture de « L’enfant de Guernica », un mois avant de donner mon roman à l’éditeur, j’étais à Madrid dans la salle où est exposé le tableau de Picasso. Parmi les dessins préparatoires, je découvre une gravure Minotauromachie qui m’évoque irrésistiblement la couverture de Max et les maximonstres. Sauf qu’au lieu de Max, l’enfant est une jeune fille et qu’elle éclaire le Minotaure. Aussitôt, mes personnages se projettent dans cette gravure, la fille et le père, et je me dis : « Emilio aurait donc quelque chose de monstrueux qu’Isaura risque de mettre en lumière... »

Alors évidemment, c’est moi qui tire les ficelles, il n’empêche que, d’un coup, cet homme que je ne voyais que comme une victime recelait un secret et c’est d’une certaine façon Isaura qui me l’a indiqué.

 

Est-ce que lecture et écriture vont de pair ? Faut-il aimer lire pour écrire ?

Nourrie de lectures, notre expression est sans doute plus intéressante, plus riche, plus juste. Mais la littérature qui nous précède est écrasante, il faut aussi s’en affranchir, sinon on n’écrit rien.

 

Pour toi, lire c’est quoi ?

Dans l’idéal, et si l’on parle fiction, lire c’est comme écrire : une plongée dans une subjectivité, et quand le livre est bon un de ces moments de grâce où le temps n’existe plus. Comme dans le jeu, comme dans le plaisir. Être dans l’instant, sans avant, sans après.

 

Te sens-tu libre comme écrivain ? Censure ? T’interdis-tu des choses ? L’éditeur te « dirige »-t-il beaucoup dans ton inspiration  ?

C’est difficile de répondre rapidement à cette question. Je vous renvoie plutôt à ce premier numéro passionnant des Cahiers du CRILJ : « Peut-on tout dire (et tout montrer) dans les livres pour enfants ? qui vient de paraître à l’occasion de Montreuil et qui fait un large tour collectif de la question de la censure et de l’autocensure.

Sur le rapport avec l’éditeur : parfois, chez quelques directrices de collection, on sent une vocation d’écrivain contrariée, une frustration. C’est assez pénible quand elles insistent à vous amener là où elles veulent. Un rapport de force peut s’instaurer. Un rapport de pouvoir.

À l’inverse on doit aussi tenir compte aussi de la vanité d’auteur. J’attache beaucoup d’importance aux critiques de l’éditeur et à ses propositions de correction, et j’en tiens compte le plus souvent, quand elles ne dénaturent pas mon texte. Ma vanité d’auteur ne va pas jusqu’à la virgule près...

 

Quels sont tes auteurs préférés ? tes lectures préférées ?

Je ne suis pas un très grand lecteur. J’ai toujours lu de tout un peu. Jamais l’intégrale de qui que ce soit. Ma culture littéraire est lacunaire. J’ai aimé les grands repères (mes repaires, aussi !) : les classiques, avec une prédilection adolescente pour Dostoïevski, Céline, Camus, Miller (Henry) et quelques autres. Et des titres épars de S.F., de polar... Pré-ado, j’étais dans les Jules Vernes, la poésie d’Hugo, les Gaston Leroux, les San-Antonio… J’ai eu des chocs violents : La Bête humaine, La Métamorphose, L’étranger, Docteur Jeckyll… Plus tard : Le livre de ma mère et Ô vous frères humains, Modiano, Gombrowicz… Moby Dick et Bartleby,  L’île au trésor et Le maître de Ballantrae …

 

Les livres jeunesse qui t’ont marqués chez les autres ?

Les albums  de Chris Van Allsburgh, ceux d’Anthony Brown, les contes de Grimm, ceux d’Andersen, Tolkien, Buffolet et Ranelot, Moumine le troll, Un trou dans le grillage, je ne vais pas tout égrener… Un peu plus tard : La nouvelle voiture de papa, Un dimanche chez les dinosaures (hilarant, ce qu’il y a de plus difficile, l’humour, si méprisé aujourd’hui…), Le roi de la forêt des brumes, Les oiseaux du Mont perdu…

Plus récemment : Ma maman Ourse est partie de René Gouichoux et Olivier Tallec, Fais-moi peur et Boom de Malika Ferdjoukh (qui écrit les choses les plus profondes avec la plus grande légèreté), , La première fois que je suis né… Mais depuis quelques années, je lis moins de livres jeunesse.

 

Quel est le livre que tu as écrit pour lequel tu gardes une affection particulière ?

« Nôar le corbeau », paru en 1982 dans J’aime lire, magnifiquement illustré par Philippe Mignon. Il a été repris en 1997 à L’école des loisirs dans la collection Mouche, cette fois illustré par Mette Ivers dont j’admire aussi  beaucoup le travail… Malheureusement, ce petit livre n’est pas réimprimé depuis deux ans. Je sais bien qu’il ne se vendait pas des masses, mais depuis qu’il n’est plus disponible, on ne cesse de m’en parler !...

Je vais tricher : comme Nôar n’est plus dans le commerce, je vais en indiquer un second, bien vivant : « Mon cher papa ».

 

Qu’est-ce ce que la littérature jeunesse pour toi ?

Une littérature pour tous, et des plus exigeantes parce qu’elle va à l’essentiel.

 

Qu’est-ce qu’un auteur jeunesse ?

Un auteur que les enfants, les adolescents lisent... pas seulement les prescripteurs !

 

Faut-il lire les classiques ?

Et comment !  Je n’ai pas envie de les lâcher ! La littérature classique est d’une telle richesse !… Mais dans la démagogie ambiante, elle est connotée «élite », « intello »… Cependant, j’ai rencontré un jour un élève d’une 6ème SEGPA qui venait de lire « Le Nez » de Gogol, dans les Récits de Saint-Pétersbourg. Il l’avait lu sans le moindre a priori, la moindre connotation de Littérature ou de programme scolaire, et il l’avait adoré... Au-delà des préjugés, reste la question des difficultés de lecture que posent les classiques.

 

As-tu un avis sur l’avenir du livre ? Les nouvelles technologies vont-elles le tuer ?

Je n’ai pas d’avis autorisé, juste des craintes et des espoirs qui relèveraient de propos de café du commerce si je les exprimais.

Ce que rien ne peut tuer, c’est le besoin qu’a l’être humain de mettre sa vie à distance ou de se réaliser dans l’art, particulièrement dans l’écriture. Pour le reste, ce n’est qu’une question de support...

 

Qu’aimerais-tu écrire ? un sujet que tu n’as pas abordé et qui te taraude ?

Joker.

 

Quelle est la phrase qui te pose le plus de souci dans l’écriture ? L’incipit ?

Quasiment toutes les phrases ! Vraiment...

 

Quel style préfères-tu ? style indirect libre… « Je » ou « Il »…

J’utilise beaucoup le “je”. J’ai souvent été un enfant narrateur, mais aussi une archéologue espagnole ou une jeune américaine enceinte compagne d’un basketteur de la NBA !... Voilà ce que j’aime dans l’écriture : l’exotisme !

 

Combien dure la phase avant l’écriture (recherches…) ? Et la phase d’écriture ?

Depuis plus de vingt ans je réponds aux enfants qui me posent la question : l’écriture d’un livre prend toujours le même temps : le temps qu’il lui faut !

En règle générale la phase « recherches » est beaucoup plus longue que la phase « écriture ».

Ne pas non plus oublier la phase « j’ai fini » dans laquelle on se sent à la fois heureux et triste, vidé de sa substance… dans l’attente de la parution prochaine et du succès fulgurant !

 

Qualités et défauts de l’homme ? qui rejaillissent sur l’écrivain ?

À mettre en avant ses défauts, on encourt deux ridicules : se tromper sur soi en ne mentionnant pas le défaut le plus manifeste ; ou se donner complaisamment le bénéfice de la sincérité !...

 

Quelque chose à ajouter ? Un sujet que tu aimerais aborder et que je n’ai pas évoqué ?

Les chevaliers paysans jeunesse de l’an mille au lac de Paladru !

 

 Photo : http://blogpeda.ac-poitiers.fr/festivaldulivre79/files/2009/10/guy_jimenes-150x150.jpg

 

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POURQUOI ce BLOG ?

 Le BLOG consacré
aux AUTEURS,
à la LITTERATURE JEUNESSE
et à L'ECRITURE
.

Enfants 1 199La lecture est une nécessité dans le monde moderne. Elle permet de maîtriser la langue, de développer l’imaginaire, de structurer la pensée, d’accéder au savoir, d'acquérir du vocabulaire... C’est pourquoi parents et enseignants se lamentent lorsque les enfants ne lisent pas et les ados encore moins. Pourtant, ils prendront PLAISIR à lire... pur cela, il suffit de les juindécembre2010 225aider à ouvrir la porte.

 

 

 

 

 

 

  

 

 

  

 

 Avec ce blog, j'aimerais :
 * faire découvrir la littérature jeunesse,l'écriture et les auteurs pour la jeunesse
partager une passion et pourquoi pas donner envie de lire et de rêver entre les pages.  

juindécembre2010 260Le livre est une véritable source de plaisir, de joie et d'émotion. Beaucoup d’élèves disent ne pas aimer lire. Je ne suis pas loin de penser que TOUS aiment lire, sans exception ! Le plus difficile pour eux est de parvenir à trouver dans la masse, LE livre, celui qui ne va pas les endormir… juindécembre2010 227LE LIVRE, celui qui va leur "parler", le livre qui leur correspond, le livre qui va leur remuer les tripes, les boyaux, les neurones, la tête !!!  

Enfants 1 178-copie-1Personne n'aime lire toutes les histoires, tous les livres. Evidemment. Il existe donc des "critères" à appliquer pour trouver et emprunter la perle, le livre qui va faire définitivement plonger dans le plaisir de lire !

Dans le livre on fait de merveilleuses rencontres, on découvre plein d'amis, on voyage, on s'ouvre sur le monde, on vit des aventures que l'on ne connaîtra jamais dans la vie de tous les jours : on embrasse des princesses, on escalade des rochers, on "zigouille" les méchants, on galope sur des chevaux lancés à la poursuite de terribles bandits ... bref, on fait de fabuleux voyages pour... "sourire, rêver et aimer" (Lisez "Le type" de Philippe Barbeau.) !!

Enfants 1 258Dans ce blog, il sera question des hommes et des femmes qui écrivent : les écrivains pour la jeunesse. Les ouvrages de littérature jeunesse de qualité seront présentés, racontés, "décortiqués"...
Vous lirez des interviews de professionnels, vous découvrirez des portraits, le monde de la chaîne du livre (éditeurs, imprimeurs, libraires...), vous trouverez également des conseils, vous ferez des rencontres, participerez à des débats, vous lirez des expériences d'animations pédagogiques autour des livres, vous découvrirez des "paroles" d'élèves, d'enseignants, des textes et.... plein d'autres choses encore !

juindécembre2010 224

 Brigitte Coppin 015
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    "Les gens qui aiment lire sont rarement des salauds !"
Xavier-Laurent PETIT
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  SPECTACLES

   

  "Salomon, vous vous rendez-compte ?"

de Christophe Boutier

 

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Sa majesté des couches"

de Christophe Boutier  

 

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  Une comédie en V actes écrite et mise en scène par Christophe Boutier

L’histoire de la séduction, de l’enfant et de sa famille depuis la préhistoire jusqu’à l’enfant-roi du XXIème siècle.

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Sur scène, il y avait :

- 14 comédiens 

- Six musiciens professionnels dont Michel Léger, accompagnateur de vedettes de la chanson et du cabaret, telles que La Bande à Basile, Daniel Guichard, Zanini, Jean Constantin, André Aubert (Don Patillo)...

- la chorale du collège de Xavier Bélanger (professeur d'éducation musicale qui a mis en musique le spectacle) qui a interprété des chansons de variété en rapport avec l'enfance.

- des projections murales assurées par les élèves de l'option image (Eddy Dabrigeon...) du collège, option dirigée par Cécile Cotten,  professeur d’Arts plastiques.

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Les spectacles précédents

 

2013- Le temps du maquis"

2012 - "Salomon, vous vous rendez compte ?"

2011 - "Sa majesté des couches"(Gannat)

2010 - "Hommes-Femmes, nos amis les bêtes"  : 2ème épisode (Gannat)

2010 - "Un zèbre sur la banquise" (Gannat)

2009 - "Hommes-Femmes, nos amis les bêtes " : 1er épisode (Lapalisse)

2008 - "La farce vaudevillesquement tragique de la chambre forte du jugement dernier. " (Lapalisse)

2007 - "Le terrier zeixcoussois en Zinzinmouli ou la complainte des comédiens en danger" (Saint- Prix)

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    Un grand MERCI donc à tous les écrivains jeunesse
 que j'épuise et à qui je donne mal à la tête !!!
Ah ! Ah !!

Enfants 1 224Christian Grenier, Eric Boisset, Alain Grousset, Alain Surget, Béatrice Nicodème, Anne-Marie Desplat-Duc, Susie Morgenstern, Arthur Ténor, Hubert Ben Kemoun, Jean-Côme Noguès, Marc Séassau, Fabrice Colin,  Lorris Murail, Roger Judenne, Philippe Barbeau, Anne Ferrier, Evelyne Brisou-Pellen, Eric Sanvoisin, Christophe Léon, Jean-Luc Luciani, Béatrice Egémar, Magali Herbert, Guy Jimenes, Jean-Claude Mourlevat, Raymond Perrin, Jean-Baptiste Evette, Marc Cantin, Claire Gratias, Christophe Miraucourt, Xavier Bascour, François Librini, René Gouichoux, Yaël Hassan, Jean-Marc Ligny, Marie-Aude Murail, Cécile Roumiguière, Brigitte Coppin, Dorothée Piatek, Sophie Audouin-Mamikonian, Fanny Joly, Johan Héliot, Jack Chaboud, Jean-Luc Marcastel, Stéphane Daniel, Emmanuelle et Benoît de Saint Chamas, Jean-Paul Gourévitch, Michèle Laframboise., Florence Hinckel, Christophe Loupy, Lénia Major, Viviane Koenig, Marie Mélisou..

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... évoque le BLOG sur la littérature jeunesse.

 

"Des conseils pratiques de pro à pro, des interviews délicieuses et des
articles écrits par des écrivains ou des éditeurs, des bibliographies,
des réflexions sur la littérature jeunesse, des coups de coeur et
 des anecdotes...On trouvera tout cela (!) sur le blog de C
hristophe
Boutier, professeur documentaliste  au collège de Gannat (Allier).

Les petits articles de réflexion sur certains aspects de la littérature
jeunesse sont parmi les plus intéressants, d'autant plus qu'ils soulèvent
parfois des points souvent peu vus : les genres relevant de l'imaginaire
et les critères de classification (science fiction, fantasy...), les styles
d'écriture (classique, moderne…), ou encore le souci de la véracité dans
les romans historiques jeunesse.

En plus de cela, on trouvera une liste impressionnante de sites
d'écrivains  et des ressources diverses et variées qui émaillent les
articles (liens vers des  sites de séries jeunesse, des conférences
en ligne...), des « trucs et astuces » de Doc pour aimer et faire
aimer la lecture, des bibliographies...

Si la mise en page gagnerait à être un peu plus claire et lisible, le côté
bric-à-brac (où on flâne volontiers de longs moments) perdrait de son
charme...

Par un prof-doc amoureux et défenseur acharné de la littérature
jeunesse.
"

 

Rubriques

CULTURE au CDI de Gannat

Collège de Gannat (03)

" Fête de la culture, de la lecture et de l'écriture"

  Mai 2013 - 4ème édition

Eric Boisset 

Mai 2013 145

ArthuArthur Ténor 024r Ténor

Alain Surget 

Alain Surget 053

 

Mai 2012 - 3ème édition

 Jean-Luc Marcastel

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Brigitte Coppin 

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Mai 2011 - 2ème édition

Philippe Barbeau, Christian Couty

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Béatrice Nicodème

 

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Juin 2010 - la 1ère édition :

 

Alain GROUSSETet Christian GRENIERétaient parmi nous pour évoquer la Science-Fiction (SF) etpour débattre des nouvelles technologiesqui pourraient "tuer » les livres...

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Le nouveau spectacle du collège

Joseph Hennequin de Gannat, dans l’Allier.

 

 

La troupe de théâtre du collège Hennequin, composée cette année de 30 comédiens issus des quatre niveaux de classes, a réalisé un film (un vrai ! en noir et blanc)écrit par Christophe Boutier, professeur documentaliste, « Le temps du maquis» (vendredi 14 juin 2013, centre socio culturel de Gannat). Xavier Bélanger, professeur d’Education musicale, assurera la mise en musique.

Ce film présente la dure réalité de la vie quotidienne et clandestine, au milieu de la forêt,d’hommes et de femmes – les maquisards - remarquablement courageux qui recoururent, au péril de leur vie, à la guérilla pour s’attaquer à la milice du Maréchal Pétain et aux troupes d’occupation allemande.

Ce spectacle entre dans le cadre du projet « Devoir de mémoire », une option du collège menée en classe de 3ème. Les 16 élèves de cette option dirigée par M. Bellet, professeur d'Histoire, présenteront la soirée :

En 1ère partie, un court métrage : Roger VENUAT, résistant dans le maquis de Hérisson (Allier, 03), au collège Joseph Hennequin.

En 2ème partie, la pièce de théâtre, « Le temps du maquis »

ENTREE GRATUITE

  

QUI SUIS-JE ?

Je suis Christophe BOUTIER, professeur documentaliste au collège de Gannat (1 rue Joseph Hennequin. 03800 GANNAT) , dans l’Allier, en Auvergne.

Passionné par la littérature jeunesse, l'écriture, la lecture... j'ai découvert, grâce à ma profession cette littérature - une vraie littérature ! - qui comporte de magnifiques textes. Et derrière des mots adressés, peut-être davantage aux enfants, aux adolescents - quoi qu'un bon texte doit pouvoir être lu par tous sans aucune histoire d'âge ! - se cachent des écrivains adorables, des personnes d'une incroyable richesse humaine, intellectuelle et culturelle, des gens de talent que j'ai/j'ai eu la chance pour certains de côtoyer !

Aujourd'hui, j'éprouve le besoin de partager mon amour des auteurs jeunesse et de leur oeuvre ! je compte également sur vous lecteurs pour faire vivre ce blog, mutualiser nos expériences, nos connaissances, nos réflexions et... débattre.

 
Mon autre BLOG, celui du CDI du collège de GANNAT :
http://www.cdi.gannat.over-blog.com