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Présentation

  • : Le blog de CHRISTOPHE BOUTIER, professeur documentaliste au collège de St Germain-des-Fossés, dans l'Allier
  • : Blog qui a pour objectif de parler de la littérature jeunesse, des écrivains jeunesse... pour donner le goût de lire aux adolescents. L'objectif est également d'intéresser à la culture. Il s'agit aussi de faire découvrir cette littérature à part entière aux adultes.
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Le Vampire Du Cdi

  • Le cédéiste
  • Je suis le "VAMPIRE d'un CDI" auvergnat !

ANECDOTES

Pierre BOTTERO,

le Seigneur des ados !

 

Pierre Bottero était fier d’être un auteur jeunesse - une littérature qui n’a rien à envier en qualité à la littérature « vieillesse. » S’il n’était pas qu’un auteur de fantasy, il faut bien reconnaître que c’est à cette littérature de l’Imaginaire qu’il dût son incroyable succès !

Dès l’enfance, il tombait dans la marmite de la fantasy. Il dévorait Tolkien (Un choc ! S’en suivi, plus tard, l’idée que la fantasy ne pouvait s’écrire que sous la forme d’une trilogie), Zelasny, Farmer, Moorcock, Vinge, Howard… Les grands noms qui allaient lui permettre de devenir l’auteur que nous connaissons. Plus tard, il appréciera les auteurs « jeunesse » tels que Erik L’homme, Hervé Jubert, Fabrice Colin ou Philip Pullman, Eoin Colfer pour ne citer qu’eux. Il n’y a pas de concurrence en littérature jeunesse, les auteurs s’apprécient, se côtoient, se téléphonent, se rencontrent, se parlent, rêvent ensemble d’histoires communes. Ainsi Erik L’Homme et Pierre imaginaient ensemble, « A comme assassins »…

De ses lectures, Pierre Bottero ne devait pas ressortir indemne.

C’est par hasard qu’il se lançait dans l’écriture, pour aider sa fille qui séchait devant un concours d'écriture : il rédigeait quelques pages sur son ordinateur, se piquait au jeu, poursuivait (son épouse réclamait la suite), envoyait le texte à un éditeur qui le publiait... Il était dit qu’il n’arrêterait plu. Marqué à tout jamais par Tolkien, il était évident qu’un jour, il s’essaierait à la fantasy. C’est ainsi que naquirent « La quête d’Ewilan », « Les mondes d’Ewilan » et « Le pacte des Machombres. »

 

 

 

Pierre Bottero se fichait éperdument du cadre dans lequel on allait placer ses romans. Mais pour les « techniciens, l’auteur lui-même évoquait la Low Fantasy. Il s’agit d’une low fantasy - inspirée par ses jeux d'enfant, ses rêves d'adulte, ses lectures et les émotions ressenties au quotidien - dans laquelle existe un équilibre entre le bien et le mal, le courage, la volonté et la détermination où domine le désir de tout ramener à des intérêts individuels (égoïsme forcené, aveuglement quant à la mise en danger des équilibres…). Un parallèle pourrait d’ailleurs être établi entre le chaos décrit et notre monde réel. Mais attention. Les propos de Pierre ne demeurent pas sombres, ils restent optimistes. Pour avancer ! Avec pour personnages principaux des… femmes. Pierre était fondamentalement féministe. Il aimait à dire qu’il y avait moins de « cons » chez elles que chez les hommes. Toutefois, Pierer Bottero n’a jamais cherché à donner des leçons, il se méfiait trop pour cela des « transmetteurs » de valeurs et des donneurs de leçons. Le livre était pour lui un objet de partage.

Ce partage, il l’avait avec sa famille qui appréciait ce qu’il écrivait et qui le rassurait : Claudine, son épouse, ses deux filles lisaient ce qu’il écrivait avant publication.

 

 

 

Lorsque Pierre Bottero était invité dans un salon du livre pour une dédicace, il faisait partie des auteurs les plus demandés (il ne faisait pas bon signer à côté de lui !) : les impressionnantes files d’attentes composées de lecteurs (jeunes et moins… jeunes !) en témoignaient. C’est avec émotion qu’ils recevaient tous les messages de sympathie et… d’amour. Ses livres touchaient, ses histoires permettaient le partage et faisaient rêver, Pierre vivait alors une aventure … magique.

Il avait beau affolé le compteur des ventes, ce qui avait un réel impact sur lui, c’était :  de percevoir la flamme dans les yeux de ses « fans » (euh ! il n’aimait pas le mot), de recevoir leurs avis, de parler avec eux.

Tant d’amour le gonflait à bloc et lui transmettait une énergie positive.

C’est pourquoi, ce succès (qui lui permit d’abandonner son métier d’instituteur) qu’il percevait intensément, à la fois avec bonheur (évidemment !) et tranquillité, lui donnait également un sentiment de responsabilité. Ainsi, s’il savait se montrer reconnaissant envers ceux qui l’avaient aidé à améliorer son écriture (Caroline Westberg, son éditrice chez Rageot), il avait également de la considération pour ce public à qui il devait tant. Quand vous rencontriez Pierre, assis derrière sa table de dédicace, vous aviez le sentiment qu’il n’attendait que vous ! Pierre veillait soigneusement à être proche de son « public », un de ses… bonheurs. Il respectait humainement ses visiteurs et ses lecteurs en leur offrant des histoires dont il voulait qu’elles évitent facilité et démagogie. Il apportait ainsi beaucoup de soin et d’exigences aux corrections, un travail exigeant, vorace en temps et en énergie.

 

L’écriture de Pierre Bottero avec « Le pacte des marchombres » avait atteint une belle maturité. C’est ce que Pierre lui-même soulignait quand il affirmait que « c’est en écrivant qu’on apprend à écrire. » En effet, cette dernière trilogie qui met en scène le personnage d’Ellana est moins légère, plus complexe, que celle de « La quête d’Ewilan » : l’auteur avait eu le sentiment d’avoir grandi, évolué et de s’être trouvé, un sentiment accompagné par le désir de partager encore davantage avec le lecteur. Pierre Bottero était un homme intègre, voilà pourquoi il continue d’être autant aimé. A la lecture de ses trilogies, cette sincérité transpire. Pierre prenait un immense plaisir à écrire, à « rêver », à imaginer le monde (issu d’un vieux rêve de liberté absolue) d’Ewilan, d'Ellana. Il prenait un immense plaisir lorsque d’autres que lui se baladaient dans "ses" mondes. Pierre Bottero écrivait pour être lu mais aussi pour explorer des contrées inconnues (se connaître lui-même ?) et entraîner à sa suite tous ceux qui étaient tentés par l'aventure... Quand il mettait le point final, c’était à la fois une joie (celle d’avoir terminée et d’être satisfait du résultat) et une déchirure (celle de quitter l’univers crée)… Un sentiment d'être coupé d'une part de soi-même avec l’irrésistible envie de replonger très vite.

 

Pierre le « poète » accordait beaucoup d’importance au travail de réflexion qui précède l’écriture. Lorsqu’il attaquait le premier chapitre d’un roman, la trame générale était dans son esprit, il connaissait très bien ses personnages. Ensuite, plongé dans le cœur du roman, il écrivait sans arrêt, du matin au soir, parfois pendant la nuit. Puis, il pouvait ne plus écrire pendant des semaines Enfin, presque car il écrivait toujours… dans sa tête. Quand il n’écrivait pas, il écrivait sans écrire. Pierre était un homme normal qui aimait lire, courir, menuiser, bucheronner, voyager, rencontrer, parler, rêver… et sourire ! Ah, ce sourire !I

L’écriture de Pierre était une écriture « vraie », sans complaisance, une écriture qui venait des tripes, un cadeau offert au lecteur. Il n’était satisfait que si les mots qu’il employait correspondaient réellement à ce qu’il souhaitait écrire. Cette honnêteté, il la devait à ses lecteurs. Pierre était un travailleur qui reprenait, sans cesse, son récit, la cohérence, le fond, la forme… C’est pourquoi il prenait grand soin, malgré les pressions des lecteurs, de ne pas chercher à publier, à tout prix, trop rapidement. Il était persuadé qu’il valait mieux patienter et faire patienter plutôt que de se décevoir et décevoir. Il pendait qu’il fallait laisser le temps à l’histoire de pousser, à son rythme...

 

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   "Le Loup à la voix de miel"
Marc SEASSAU (Grasset jeunesse)

J’ai fait venir dans le collège où je travaillais alors, l’écrivain Marc Séassau.  La journée fut belle et pleine d’émotion notamment lorsque Marc anima une rencontre à deux voix (j’adore organiser ce genre de rencontres : 2 auteurs face à une classe en même temps !) avec Jean-Côme NOGUES qu’il avait adoré lire lorsqu’il était ado.

Marc Séassau a écrit ce roman « Le loup à la voix de miel » parce qu’il a été marqué par sa convocation comme juré dans une affaire de viol. Dans son récit, il narre l’entrée en 6ème d’une petite fille qui, anonymement, dépose des extraits de « Peau d’âne » dans les poches, de sa « marraine », une élève de 3ème.  L’appel au secours était évident !

Cette rencontre a déclenché un phénomène pour le moins inattendu dont j'ai été le témoin, involontaire : il m'a fallu trois semaines pour comprendre ce qui m’arrivais !

Je trouvais régulièrement par terre, dans le CDI, toujours disposées par deux, des photos représentants des scènes classiques de la vie d'une famille avec une de nos élèves de 6ème (anniversaires...). J'ai évidemment rendu ces photos à l'élève qui, agressive, semblait ne pas comprendre pourquoi je détenais son bien. C'est tout juste si elle acceptait de reconnaître qu'il s'agissait d'elle sur les clichés ! Ces scènes se sont régulièrement reproduites ( trois, quatre fois pendant trois semaines) jusqu'au jour où j'ai eu un déclic  : une seule photo sur le sol évoquant la petite sur les genoux d'un homme. J'ai de suite compris (Peau d’âne !), j'ai alerté l'infirmière, la Principale du collège... Cette élève avait eu l’idée de reproduire ce que l’héroïne du roman faisait.
Voilà ce qu'uns simple rencontre d'écrivain peut entraîner en dehors du plaisir de lire.
Le roman avait libéré la parole de l’élève !


Nous en avons évidemment parlé avec Marc Séassau qui était évidemment KO : comment ne pas l'être ? Il avait écrit ce roman un peu dans un but pédagogique mais quand la réalité dépasse la fiction...

Recherche

PERLES de LECTURE

 Le collège de Gannat

 a voyagé dans le temps !

 

 Après la lecture des romans historiques jeunesse de Béatrice Nicodème....

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« Oyez ! Oyez gente dames et damoiseaux ! Entrez dans le Moyen Age ! » Ainsi s’est écrié le troubadour, jeudi 9 juin 2011, dans la plaine gannatoise : deux cent élèves de 5ème du collège Hennequin et CM2 des écoles du Malcourlet, de Pasteur et de Jean Jaurès ont bravement et « prestement » effectué le « pas sur le côté » pour revêtir leur cotte de maille et ainsi plonger en plein XIVème siècle.

  

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  Pour rendre vivant et attractif le Moyen Age, période étudiée en classe et encore largement visible dans la cité des portes occitanes, Gannat, douze comédiens et cascadeurs professionnels de la compagnie toulousaine ARMUTAN, ont chevauché leurs destriers pour répondre à l’olifant de Christophe Boutier, professeur documentaliste, initiateur de cet imposant projet, « Cultures, loisirs et genres de vie au Moyen Age », un projet fédérateur d’énergie d’une année.

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Un campement faits de plusieurs tentes, de peaux de bêtes, de râteliers d’armes, de tonneaux… a été établi dans la partie herbeuse et arborée de l’établissement scolaire. Les écuyers – élèves, aux yeux brillant de plaisir, répartis en six « compagnies » de « routiers » qui répondaient au nom d’un  célèbre homme de guerre, du Guesclin, Prince noir ou bien d’un roi, Philippe Auguste…ont défilé avec leurs bannières dans les sept ateliers pédagogiques pendant six heures.  Ainsi, ils ont été initiés à l’archerie, au maniement des armes, au combat rapproché, à l’héraldique – l’art de faire son blason – à la danse, aux instruments et à la musique, à la jonglerie… Le capitaine « Barbepeste » et ses sbires ont alors conquis la « piétaille » qui après explications et démonstrations, devait mettre en pratique l’enseignement de leurs maîtres…  

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 Les corps fatigués furent réparés par le succulent banquet médiéval régional (tortillons gannatois, galichons d’Escurolles, fromages de chèvres de Bellenaves, Fraises bourbonnaises sur lit de fromage blanc de campagne de Cérilly étaient inscrits sur le très beau papier imprimé à l’ancienne par le moulin Richard de Bas ), pris en musique, et proposé par le chef, Sylvain Bruno. Une projection d’images, capturées dans la matinée, proposées par les élèves de l’atelier image du collège lors du repas, a également ravi les convives.

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En fin d'après-midi, les petits occitans, tout sourire, étaient regroupés pour assister à un spectacle de jongleries burlesques proposées par « Grand mètres Yann »,  à de la poésie lyrique, et à une impressionnante saynète de combats à l’épée accompagnée par la musique du groupe DAYAZELL.

 

Quel bonheur ! Quelle joie d'avoir vu les yeux des enfants pétiller de plaisir ! Quel  moment de vie ! Il ne fait aucun doute que cette journée unanimement saluée comme étant extraordinaire restera gravée dans les mémoires.

  351.JPG Alors, un grand MERCI à tous ceux qui ont participé à la réussite du projet ! Les personnels du collège Hennequin, la mairie de Gannat, les mécènes, les comédiens si sympathiques et bien sûr…les élèves !

 

Pour en savoir davantage :

 

RV sur le blog du collège de Gannat (03),

une 100e de photos...

 

http://cdi.gannat.over-blog.com/

 

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A propos de ce blog !

 

Lu dans « La nouvelle encyclopédie des filles 2011 » de Sonia Feertchak ((Plon)

 

« Le blog passionné et passionnant d’un professeur documentaliste  fou de littérature jeunesse, pour « sourire, rêver, aimer ». Des articles vivants sur la lecture, qui donnent envie de découvrir plein de livres et autant d’auteurs

 

 

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A lire, vraiment !




 

 

 

 

 

 

 

 

   

A travers de nombreuses anecdotes Christian Grenier évoque son enfance placée sous le signe du théâtre et de la lecture, son adolescence marquée par l'écriture et la passion. Il relate son parcours d'enseignant, d'auteur mais aussi de lecteur-correcteur, journaliste, scénariste et directeur de collection. Il se penche également sur les mécanismes intimes de l'imaginaire, détaille la genèse de ses oeuvres et fait pénétrer le lecteur dans les coulisses de l'écriture et de l'édition. Enfin il s'interroge sur les principes qui font d'une fiction un récit pour la jeunesse. Regorgeant de confessions, de convictions et de passion, ce témoignage d'une vie consacrée à la littérature jeunesse se lit comme un roman.
 

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    "Des millions de gens vivent sans lire, mais ce qu'ils ignorent,

c'est qu'on vit infiniment plus en lisant."

Xavier-Laurent PETIT

  

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depuis octobre 2009

 

 

24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 12:42

Eric Boisset - Les pierres de fumée : La prédiction, tome 1. Magnard, 2015. 418 p.

Genre : Fantasy.

Mon avis :

Une "pépite" de roman !

Du très grand, Eric Boisset ! Pour un coup d'essai dans la fantasy, c'est un vrai et brillant coup de maître qui parfois m'a fait penser à... Pierre Bottero (diantre !) mais aussi à George R.R. Martin (diable !) Ce premier opus, très travaillé, maîtrisé de bout en bout, est celui d'une trilogie ambitieuse. Il est... ENTHOUSIASMANT, passionnant, entraînant et d'une incroyable RICHESSE. Voici donc une fantasy, loin des clichés manichéens du genre, qui foisonne de trouvailles, une véritable histoire intrigante à souhait, émouvante, pleine de fureur et de sang, un texte à la fois servi par un style agréable, facile à lire, mais aussi par l'humour d'Eric Boisset. Le "traîne patin" (p.385) qu'il n'est pas, distille tout au long des 418 pages, le "jarret piaffant" (p. 241), sans prendre le lecteur pour "un lapin de trois semaines" (p. 302), bons mots et bonnes phrases ! Le récit alerte - riche en action, en coups de théâtre et en réflexions (entre autres, philosophiques et spirituelles) - tient en haleine le lecteur qui dévore goulument les pages de ces magnifiques "Pierres de fumée." Bref,... chapeau, l'artiste ! Chapeau, Eric, "l'enjoliveur de mots." Vivement, la suite au mois de septembre !

Résumé :

Vivant jadis en bonne intelligence, humains et roomajads, des lézards humanoïdes, s’affrontent désormais de part et d’autre des « pierres de fumée » dans une lutte sans pitié pour prendre le pouvoir de l’ensemble du royaume. Dans ce contexte sombre, Liam et Éléa, des jumeaux aux talents mystérieux, sont enlevés et séparés. Pris dans une guerre dont les enjeux les dépassent, ils comprendront peu à peu ce que chaque camp attend d’eux. Dans ce premier volume, les jumeaux pressentent que leur enfance a pris fin. Viendra alors pour chacun le temps d’utiliser ses dons uniques...

Le livre : L'objet-livre est, ici, magnifique. Il ne peut que servir le récit : ainsi, Magnard a gâté Eric Boisset en "couchant" ses mots sur un beau papier, en lui proposant la superbe couverture réalisée par Benjamin Carré et des illustrations intérieures. En effet, à chaque début de chapitre (courts et très nombreux : 56 en tout et pour tout), dédié à un personnage, correspond un petit cartouche, de forme carrée, dessiné par Lionel Richerand, dans lequel on "lit" l'attribut de celui-ci : un cheval ailé pour Gofraidh Tigernach, une fronde pour Liam, une pinte de bière pour Vortimer... L'influence : Si Eric Boisset n'était pas prédisposé à écrire de la fantasy (il n'est pas amoureux du genre), c'est la lecture de Georges Martin et de son fameux "Trône der fer" qui l'a bouleversé au point d'écrire "Les pierres de fumée" (quel joli titre !) L'idée bienvenue de l'alternance des points de vue au travers une multitude de chapitres portant le nom d'un des nombreux personnages (chapitre, 2 - Rak ; chapitre 7 - Ny...) vient de là.

Commentaire :

Je ne m'attarderai pas sur l'histoire tellement elle est riche - quel travail réalisé par Eric Boisset pour tisser cette toile ! - et que, franchement, elle mérite qu'on laisse la surprise aux futurs lecteurs! En tout cas, si vous avez aimé lire Pierre Bottero, vous serez ravis de lire Eric Boisset. Juste un petit chose, il existe un passage (mon préféré) magnifique, un... bijou d'écriture et de mystification du lecteur : la confession de Kaïcha. Jamais on ne parvient à savoir si Eric Boisset retrace l'existence d'un vieux conte, dont il a la connaissance, ou s'il le sort de son imaginaire. Mystère ! Si Eric Boisset passe beaucoup de temps à ciseler phrases et histoires, il faut reconnaître que ce premier tome de fantasy est une vraie et belle réussite. La maîtrise de l'art de la description et de l'émotion, associés à une écriture visuelle (les effets du cinéma ?) plongent le lecteur dans la poésie de la magie des mots ("L'aube croisait ses lances d'or entre les arbres, une brume violettes flottait sur les fougères", page 99 ou encore "Leur crinière bouclée refluait sur leur garrot en torsades couleur d'ardoise", p. 106). Ainsi, devant les yeux du lecteur, c'est un véritable film qui déroule ! D'entrée le rythme est là, le lecteur plonge dans le sujet et tremble devant ces "dépeceur de Basse-Terre" : sommes-nous partis dans le Gévaudan des temps obscurs? D'ambitions et de pouvoir, de guerres et de magie, il est également question avec les magiciennes que sont l'impératrice Caëla et sa chancelière, Ny. On retrouve aussi quelques clins d'oeil - c'est moi qui le dit - au cher Arkandias (anneau d'or, grimoire, bibliothèque) d'Eric Boisset mais aussi à "L'étincelle d'or" (les arbres). Les nombreux personnages du roman sont plein de surprises, ils entretiennent entre eux des relations complexes, et ce sont des personnalités bien marquées, attachantes (Gaïr, le lézard debout ; Liam, le futur combattant d'élite) ou pas. Les "mystérieux" voire inquiétants peuplent le récit, ainsi le bâtonnier Swideger ; ils sont aussi brutaux, tel le Ligher des Quatre-Terres, Odon Sangat, mais... Ils peuvent aussi se révéler fantaisistes et réjouissants, c'est le cas du maître des bains, Bahijar ! "La prédiction", est aussi un roman s'apprentissage dans lequel les femmes jouent un rôle important, elles tiennent les reines du pouvoir. Ce sont de "sacrées" femmes, au caractère bien trempé : Eléa, la soeur de Liam, qui n'a pas sa langue dans sa poche, est "aussi rouée que vive d'esprit" (page 139). Ce roman réjouira les amateurs de complots, d'arts martiaux, de spiritualité et de réflexions philosophiques. Ils pourront ainsi s'initier au... Jondo. Mais si "Les pierres de fumée" sont un récit divertissant, elles ne sont pas que cela. Il s'agit d'une fantasy qui entraîne le lecteur à se poser des questions sur lui-même (sa "forge interne"), sur le monde qui l'entoure et son rapport à celui-ci : l'argent, les animaux (très présents : les chevaux, le raton laveur d'Eléa....), la nature (le jardin, les arbres, les plantes et les fleurs... qu'il ne faut pas cueillir pour rien sous peine de transformer le monde, p. 373.) Et dans ce monde que les combattants de l'élite doivent protéger, il y a un besoin... d'art - de musique, de dessin, de peinture, de danse... - pour apaiser "le tumulte des pensées." Ici, on retrouve des thématiques chères à Eric Boisset, telles que le pacifisme incarné par Gaïr, le "lézard debout", le dégoût de l'oppression - notamment quand Sangat frappe violemment le jeune Jardinier sans défense, Tobias - et du racisme (Gaïr : "Conviction définir moi, pas race", p. 209). Le problème de l'intégration est également posé, à travers la maltraitance que subissent les Aspirants chez les fils de riches d'Antinéa... Si le récit d'Eric Boisset n'est pas anodin, il est parvenu à distiller avec intelligence son propos. Eric Boisset a mis beaucoup de lui-même dans cette écriture. Son projet le plus ambitieux et dont la "magie des souffles" m'a puissamment enveloppé !

Les bonnes phrases :

* "Couvre-toi, tu vas attraper la mort" - P.14

* Le spectre hideux de la diète" - P. 57

* "N'oublie pas que la gravité est le bonheur des imbéciles" P. 170

* "On ne choisit pas notre art, c'est lui qui nous choisit" - P. 191

* "Que tu sois doué n'est pas le plus important. Ce qui distingue le virtuose de l'amateur, c'est le travail " - P. 213

* "La peur est fille de l'ignorance. Se poser des questions est donc essentiel" - P. 218

* "L'humour conjugué avec le charme, voilà un mélange bien agréable" - p. 256.

*Merveilleux sésame que les espèces sonnantes et trébuchantes, songea-t-il, non sans amertume. Nos mystagogues ont longtemps bercé le rêve d'une langue unique pour tous les peuples, mais elle existe, c'est l'argent. P. 285

* L'art ne se réfléchit pas, il se ressent" - P. 295

* "Les heures de veille qui ne sont pas consacrées au perfectionnement de l'esprit dont des heures perdues" - P. 350 * L'esprit est un jardin envahi de mauvaises herbes" - P. 364

* De l'attachement nait la souffrance" -

Une "pépite" de roman
Une "pépite" de roman
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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 10:17

l-enfer-du-college.jpgArthur Ténor nous livre un très intéressant roman, joli texte réflexif et émouvant sur le harcèlement au collège. Saisissant !

L'histoire :

Gaspard, un jeune collégien de 11 ans, fait sa rentrée dans un nouveau collège. Anthony, l’un des garçons de sa classe décide aussitôt d’en faire son souffre-douleur, juste pour rigoler, parce qu’il aurait « une tête claque », autrement dit de gentil, de premier de la classe. La vérité, c’est que Gaspar est un enfant sensible, réservé, curieux. Le cauchemar commence par l’intrusion forcée du tortionnaire dans sa vie, par les plaisanteries d’un goût douteux, puis cela dégénère. La souffrance s’accroît chez la victime en même temps que la méchanceté devient cruauté chez le tortionnaire. Jusqu’à ce que Gaspard décide de passer à la contre-offensive. Il répondra à la violence par la violence, à la perversité par la perfidie… Le mal contre le mal, cela donne le mal démultiplié. Après avoir tenté de poignarder Anthony, Gaspard décide de mettre fin à son calvaire, de manière radicale et définitive. Sa tentative de suicide provoquera la rupture, le choc final et, paradoxalement, l’ouverture d’une fenêtre vers l’espoir.


Citations :

"Si tu ne hurles pas, personne ne croira que tu as mal" - Henry de Montherlant

P. 65 : "Un enfant doit d(abor apprendre à apprendre et comprendre avant d'être mis devant ses responsabilités."


Thèmes :

Harcèlement / Différence / Fait de société / Drame / Violence / Souffre-douleur  / Perversité / Suicide / Collège


Commentaires :


Voilà un beau texte ! J'ai pris beaucoup de plaisir à le lire. Un lecture qui m'a fait prendre conscience de bien des choses et qui m'a sans nul doute apporté.


Après "A mort L'innocent", "Un prof en enfer", "Les anges pleurent en silence"... Arthur Ténor examine, une nouvelle fois, les travers de l'âme humaine. Il appelle à la vigilance et  dénonce, ici, la violence entre enfant. Ce roman quelque peu pédagogique peut aider à prendre conscience de la gravité du phénomène. Avec un espoir : que tout cela cesse, un jour. Le témoignage saisissant, en fin de récit, de la maman d'un enfant persécuté qui a fait de multiples tentatives de suicides, donne encore davantage de valeur à un texte qui en a déjà beaucoup.


Comment s'amuser avec un nul, un tout gentil ? voilà la problématique d'Anthony, élève tortionnaire. Arthur Ténor raconte. Les chapitres s'enchaînent rapidement (le roman est court) et se répondent : une fois sur  deux, le lecteur suit le point de vue de deux collégiens, Gaspard (le souffre-douleur) et Anthony (le persécuteur). Et Arthur Ténor, dans un récit fort bien construit, parvient à prendre à témoin le lecteur qui assiste impuissant à la montée dramatique de l'histoire.


Petit à petit à petit, Arthur Ténor distille savamment les ingrédients qui rendent la cruauté d'Anthony insupportable (on délaisse d'ailleurs son point de vue) et l'on comprend alors que les deux garçons s'enferment dans la spirale de violence. Celle-ci, au fil des pages, progresse, progresse, toujours un peu plus, chapitre après chapitre. C'est l'escalade ! Le cauchemar... l'enfer vécu par Gaspard ! Jusqu'où ce harcèlement peut-il aller ? Comment tout cela va-t-il se terminer ?


L'angoisse nous étreint, le mal être s'amplifie, Gaspard vomit (nous aussi !), Gaspard est détruit psychologiquement... OU SONT LES ADULTES !!!!!!

Assurément, voilà un roman à lire !!!!! Un roman dont on ne sort pas indemne : et l'on ne peut, après sa lecture, qu'ouvrir encore davantage ses yeux et ses oreilles lorsqu'on travaille au milieu des enfants !

Bravo !


Remarques :

Un mot de l'auteur conclut le roman dans lequel il explique comment est née cette histoire. Puis, il a donne la parole à la maman d'un enfant qui a connu "L'enfer au collège", un témoignage saisissant.

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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 18:43

un-prof-en-enfer.jpg

Un roman plein d’espoir - à la fois surprenant et dérangeant (du moins dans un premier temps) - sur la violence subie par les enseignants dans les zones dites « sensibles. Un roman qui fait réfléchir sur ses pratiques et qui par le biais de la fiction propose des solutions mises en place dans certaines ZEP.


L’histoire :

Antoine Vachet, professeur de lettres, s'apprête à faire sa toute première rentrée scolaire dans un collège dit "sensible". Persuadé que ses lascars d'élèves ne feront de lui qu'une bouchée, Antoine cumule les crises d'angoisse et les nuits sans sommeil. Et pourtant, lui qui voit déjà ce poste en ZEP comme un supplice va connaître une expérience unique, celle d'une réalité qui dépasse tout ce qu'il a pu imaginer.


 Thèmes : ZEP / Seine St-Denis / Professeur de Lettres débutant / Relation professeur – élève / Violence / Solution : Projet 3ème Défense Globale.


Citations :


* Une phrase (p.112) d’Arthur Ténor m’a fortement interpelée : « Le pire n’est pas certain, le meilleurs toujours possible ! »

* J’aime, aussi, p. 34 : « La culture est le plus sûr escalier pour élever l’esprit vers la sagesse. »

* Et encore, p. 37 : « Dans monde idéal, les cultures se côtoient en paix, se respectent, se marient même… »


Commentaire :


Terrible ! Quelle lecture ! je ne sors pas indemne de cette plongée… en enfer. « Un prof en enfer »… un roman d’horreur ? Horrible, oui, ce que notre auteur fait vivre à son personnage principal. Horrible, « Le plus beau métier du monde » ? Ce court récit m’a donc bluffé et mis mal à l’aise (du moins, dans un 1er temps), tellement j’ai « épousé » les peurs (le mot est très faible) du jeune professeur.


Il y a donc deux temps dans le récit :


Un premier temps qui court jusqu’à la page 109 (les trois quart du récit).Là, j’ai eu mal ! Très mal. Mal pour Antoine Vachet, professeur nommé dans un collège dit « sensible » (quel drôle d’appellation). Et cette question qui me hante, irrémédiablement, tout au long de ma lecture : comment cela va-t-il se terminer ? Que je souffre devant tant de violence, de cruauté !... Soupir… J’ai envie de crier à Vincent de fuir, de penser à lui, à sa santé… La Seine St-Denis ? Une autre planète ? Vraiment ? Est-ce qu’un enfant peut réellement devenir un animal ? N’est-ce pas un peu trop caricatural ? On peut, peut-être rerocher à Arthur Ténor de pousser le trait  un peu loin., d’en faire un peu trop.  

Je suis groggy, inquiet, je me dis que suivant le lieu où l’on enseigne, on ne fait pas le même métier. Humilité !

Autres questions, à la lecture : « où Arthur Ténor veut-il nous conduire ? » «Que cherche-t-il à nous montrer ? »

 

Réponses entre la page 109 et 116 :

Changement de ton, RADICAL ! Retournement de situation, total.

Enfin… la LUMIERE. L’éclaircie, dans des dernières pages… étonnantes (mes préférées)... ESPOIR !

J’ai mordu à l’hameçon ! Coquin d’écrivain !!! Bluffé, je suis ! Arthur Ténor renverse donc la table et organise une belle surprise pour le lecteur. Des « possibles » existeraient donc ? Mais - chut… impossible d’en dire plus, sous peine de dévoiler bien des choses.


Remarque :

 

un dossier final conclut le roman.

Arthur Ténor explique, à la fin du roman, qu’un « Un Prof en enfer » est né lors d’une rencontre faite avec une classe de Zep, en classe de 3ème Défense Globale (un intéressant dossier donne des informations à ce sujet). Il livre également l’interview qu’il a réalisée de Christine FALLER, professeur d’Histoire-Géographie, membre du projet CDSG.

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 11:43

51QloTHI4oL.jpgLe trésor de l'abbaye (Oskar) - Céline Le Gallo

 

 Une enquête et une intrigue distrayantes, agréables à lire !

 

Céline Le Gallo nous offre son premier roman pour la jeunesse. Elle rejoint la "confrérie" des professeurs documentalistes écrivains tels que... Sophie Bénastre, Christine Naumann-Villemin...

 

 

L'histoire :

La petite communauté cistercienne de Notre-Dame est en émoi : depuis quelques semaines, l’abbaye est l’objet de mystérieuses visites nocturnes et de pillages. Pendant ce temps, à quelques kilomètres de là, Zoé et Matthéo goûtent un repos bien mérité, entre balades à vélo, parties de pêche et baignades en mer. C’est sans compter sur l’apparition inattendue d’Armande Chabons, leur professeur d’histoire-géographie, soudain confrontée à une bien curieuse affaire…

 

Thèmes :

 

Roman Policier / Enquête / Message codé / Enigme / Chasse au trésor / Abbaye / Relation prof-élèves

 

La couverture :

 

La 1ère de couverture est très réussie et... amusante. Mais elle est aussi quelque peu... trompeuse.  A bien la regarder, on pourrait s'attendre à lire une historie portée sur la caricature, l'humour, avec des personnages amusants. Ce n'est pas le cas, ce roman est un roman...policier.

 

Commentaires :

 

Voici un roman distrayant accompagné, aussi, d'éléments culturels. Une enquête bien ficelée, un brin mystérieuse, menée par deux collégiens, Zoé et Matthéo, enclins à l'aventure, accompagnés dans celle-ci par leur professeur d'histoire et par un jeune lieutenant de police. Des personnages sympathiques. Ainsi, Zoé et Matthéo qui forment un duo de choc complémentaire : Zoé, c'est la bonne élève, l'"intelligence" même, le flair ; quant à Matthéo le gentil cancre, il est particulièrement attachant de par ses maladresses qui permettent de faire avancer l'histoire et donc la résolution de l'affaire.

L'écriture, classique et joyeuse, nous entraîne dans une intrigue contemporaine dans laquelle le lecteur aura droit à un peu d'action et à des rebondissements. Nul doute que Céline Le Gallo a pris plaisir à écrire ce polar;  agréable à lire, plein de fraîcheur, qui m'a ramené à mon enfance et à mon amour pour Le Club des cinq, d'Enyd Blyton.

Si les histoires de trésor vous font rêver, si le vent de l'aventure souffle en vous et si vous aimez les énigmes (de qualité) faites de messages codés, alors... ce roman est fait pour vous !

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 11:28

6662.jpgAvec un peu d'amour et beaucoup de chocolat : L'écolo (Oskar, 2014) - Christian Grenier

Christian Grenier, en grande forme, nous livre - avec beaucoup d'amour et plein d'intelligence (ce qui n'est pas nouveau) -  un agréable et passionnant roman éducatif (pardon, Christian !), engagé écolo, et teinté d'une jolie rencontre entre deux belles personnes.

 

L'histoire :

Emma veut devenir écrivain, mais elle a plusieurs destins..., Ici elle rate le TGV de 8 h 46... Elle prend le train suivant et fait la connaissance de Marcus, un jeune écologiste militant dont elle tombe amoureuse. Grâce à lui, elle écrit pour une revue un récit dont le succès va la dépasser : adaptées en slam par une vedette de la télé, les paroles d'Emma deviennent un slogan international ! Marcus, lui, est parti en mission au bout du monde... Pense-t-il encore à elle ?

* Ce roman est à lire en parallèle avec son "jumeau "Avec beaucoup d'amour et un peu de chocolat : L'attentat " - (Oskar, 2014).

 

  Le procédé narratif est intéressant. Le point de départ de l'histoire est commun aux deux romans : Emma doit prendre un train en gare de Montparnasse, à 8h46... Dans "Avec un peu d'amour et beaucoup de chocolat : L'écolo", Emma manque son TGV ; dans le second récit, Emma réussit à le prendre... Pour découvrir alors qu'elle aurait été la vie, d'Emma, il faut lire "Avec beaucoup d'amour et un peu de chocolat : L'attentat."

 

 Thèmes :

Récit de vie / Ecologie / Réchauffement climatique / Avenir de la planète / Militantisme écologiste / Télévision / Show biz / L'écriture / Le destin / Sentiments /Relation famille-enfant / Fait de société


De nombreuses réflexions :


- Comment nos décisions influent évidemment nos vies.

- Les rencontres qui bouleversent une vie.

- Nous devons nous préoccuper du sort du monde.

- L'écrivain : qui est-il ? (P. 67 et 73). Le texte de l'écrivain ne lui appartient plus une fois publié (P. 159).

 - La télévision, le show biz...

- Le bonheur (P. 165)

- les vies des familles et des couples, des vies souvent compliquées de nos jours (les parents d'Emma sont au bord du divorce), la maladie du grand-père...

- La place de l'amour

 

Commentaire :


Un roman, que dis-je, deux romans, qui ne sont pas sans me rappeler les films d'Alain Resnais, "Smoking" et "No smoking" dans lesquels les personnages prennent dans deux décisions opposées (prendre ou ne pas prendre une cigarette) qui influeront différemment sur le cours de leur vie.

Comme à son habitude, Christian Grenier nous raconte une histoire trépidante, faite  de rebondissements, une histoire rythmée (des phrases ciselées, courtes), bien servie par une écriture fluide et plaisante. Mais pas seulement... Car les mots de Christian Grenier sont des "pistolets chargés" : il ne se contente pas de divertir, il aime nourrir le lecteur de connaissances savamment distillées pour l'amener à réfléchir sur le monde qui l'entoure.

Les pistes de réflexions brillantes sont en effet très nombreuses dans ce roman de 172 pages.

Il y a d'abord l'inquiétude (mais l'indignation ne suffit pas) écologique de l'auteur pour notre planète et pour nous autres, humains, qui sommes aveuglés par notre désir de  vouloir consommer toujours plus. Une société du spectacle, du show biz et de la télévision qui mériterait qu'on la regarde avec un oeil davantage critique. Pendant ce temps, le permafrost s'amenuise (p.24), le réchauffement climatique "galope" (déjà un thème central de son roman, "Cinq degrés de trop"- le lecteur sera d'ailleurs surpris par un lieu commun que Christian Grenier dénonce) et devient "l'évènement le plus grave auquel l'Humanité devra faire face" (p.52)... Christian Grenier nous fait également partager ses réflexions sur la création littéraire (celle qui échappe à l'auteur, et donc à Emma), sur son métier d'écrivain qui peut refaire le monde (P.67) car il possède un pouvoir fantastique : celui des mots.

Et puis ceux qui connaissent Christian Grenier, retrouveront dans ce roman pas vraiment pessimiste quelques éléments autobiographiques, la douce atmosphère de la Dordogne, ce département dans lequel il fait bon vivre et qui lui est cher, la maison forcément spacieuse pour accueillir la famille, la musique classique (Chopin), l'écriture (Michel Butor), le tilleul sous lequel... et puis l'amour, le bonheur, car de bonheur il est aussi question, cet état d'esprit (P.165),  et cette Humanité qui serait, malgré tout, bien plus heureuse aujourd'hui qu'hier... 

Bref,

J'ai pris grand plaisir à lire ce roman, embarqué que j'ai été par le personnage d'Emma laquelle a vu sa vie (ordinaire) devenir hors du commun.  A lire, donc !

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 21:24

sans-titre.png"Ma gare d'Austerlitz" - (Oskar) de Anne-Sophie SILVESTRE

 

Un BIJOU de lecture sur le désir de vivre  ! A découvrir, absolument.

 

L'histoire :

Quand on a 15 ans et qu’on affronte une maladie grave, comme Georges, on se retrouve coincé à l’hôpital, dans la section enfants. Et quand cet hôpital est la Salpêtrière, à Paris, on a la gare d’Austerlitz pour voisine de chambre. Tlaa-ta-da da… "En voie 17, arrivée du train 471 en provenance de Port-Bou, Port-la-Nouvelle…" Tous ces voyages, ces trains qui arrivent et s’en vont, ça n’est pas drôle quand on n’a pas le droit de partir. Cela peut même devenir lancinant. Jusqu'au jour notre héros décide de se faire la malle, de sauter dans un train qui part. Mais qu’y a-t-il au bout de ces rails ?

Thèmes :

Adolescent / Désir de vivre / Maladie / Leucémie / Hôpital / Voyage / Train et Gare / Révolte / Espoir


Commentaire :

 

Un BIJOU plein d'humanité !! écrit par un écrivain pour la jeunesse talentueux , Anne Sophie Silvestre, médecin (c'est dire si elle sait de quoi elle parle !e). Voilà encore une fois la preuve qu'un roman destiné à la jeunesse quand il est écrit avec talent (c'est le cas) peut -être lu avec le plus grand des plaisirs par un adulte.

 

Un beau roman, touchant, poignant, vraiment très court : 56 petites pages.


On suit Georges, jeune adolescent de 15 ans - adorable et attachant - dans sa maladie. On vit ses angoisses, ses doutes, on tremble aussi, on espère... On l'aime, Georges ! On s'attache, on en fait de même avec les personnages secondaires, eux aussi joliment campés. Alors, forcément, on a envie de casser la figure à la maladie pour que Georges... VIVE, tout simplement, pour qu'il vive une vie normale d'ado de 15 ans !!!! Et comme lui, on rêve d'évasion.


Vous cherchez à connaître des émotions ? Ce roman au style fluide est fait pour vous ! Mais ATTENTION, si le récit est émouvant (la boule dans la gorge), jamais l'auteur ne tombe dans la mélodrame larmoyant, bien au contraire : cette histoire pleine de générosité et d'espérance est un véritable hymne à la vie !

Si le  sujet est grave (on n'a pas le droit de ne pas savoir), si l'on passe par toutes les couleurs (la peur et la joie), il n'empêche qu'Anne Sophie Silvestre a su trouver le bon rythme, les mots justes, pour nous emmener, avec délicatesse, prendre le train, avec elle et son héros... Le train de l'espoir, le train de l'optimisme (le roman  se termine par une notre positive et cela ne fait pas de mal). Pas le train train, non... juste celui de l'aventure, de la vie... La vie normale, quoi, celle que nous devrions tous pouvoir connaître !

Désormais, je ne regarderai plus la gare d'Austerlitz de la même façon, je penserai à Georges ! Promis. Et je m'efforcerai de prendre le bon train, celui de la vie.... pour vivre, vraiment ! Pleinement.

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 09:25

les-anges-pleurent-en-silence.jpgLes anges pleurent en silence (Oskar éditeur) - Arthur Ténor

2014, 156 p

 

Un roman "coup de poing" et très poignant d'Arthur Ténor que j'ai aimé.

 

L'objet-livre est très joli - cela ne gâte rien ! Joli papier épais, belle maquette, belle couverture.. .Bravo aux éditions Oskar !

 

L'histoire :

Confié par ses parents à une grand-mère qui le déteste, Rémi vit un calvaire feutré. Sans coups ni violence, seulement celle des silences et des mots. Les dents serrées, il supporte au jour le jour ces humiliations, persuadé que le collège aussi est un territoire hostile. Jusqu'au jour où Marie, une fille de sa classe, intello maigrichonne et virtuose du violon, perçoit son mal-être. Au-delà des apparences, elle est sans doute la seule à pouvoir comprendre la souffrance de Rémi...

 

Thème :

Roman de société / Maltraitance / Violence / Injustice / Musique / Relation grand parent - enfant / Relation adulte - enfant / Relation parent - adulte.

* "Une" idée : la parole doit l'emporter sur la violence. Et si ce roman aidait à libérer la parole?

 

Contient :

* un mot de l'auteur en fin de roman.

* un entretien - témoignage poignant et instructif, celui de Céline Raphaël, médecin, qui jusqu'à l'âge de ses 15 ans a vécu entre les mains d'un tortionnaire. Elle est aussi l'auteur de "La démesure - Soumise à la violence d'un père." paru chez Max Milo Editions. Céline Raphaël donne d'intéressantes clés pour déceler chez l'enfant les signes de la maltraitance.

 

Citations :

Le titre, très beau ! Les anges pleurent en silence.

- de couverture : "L'injustice ne doit pas avoir le dernier mot."

- Incipit : "Je (Rémi) suis invisible personne ne me vois." (p.5)

- "... tu n'intéresses personne. Tu n'es rien, rien qu'un pauvre petit garçon sans intérêt." (p.5)

- "... Elle se contentait le plus souvent de lui donner des coups à l'âme." (p.48)

 

Commentaire :

 

Que dire ? Que ce récit est une belle claque pour celui qui le lit, un roman poignant, pudique, tout en retenu mais riche en émotion. Un roman d'atmosphère qui se lit d'une traite (je n'ai pu le lâcher) sur la maltraitance - physique mais aussi psychologique - subie par deux enfants que le milieu social oppose mais que les souffrances communes rapprochent. Comme on a envie de les aider, eux qui se débattent et font face, seuls, avec courage (le drame de la résignation !), à l'injustice. Rémi et Marie ont appris à endurer en silence. Et le drame est là ! Le silence. l'impossibilité de dénoncer son bourreau.

Arthur Ténor entre rapidement dans le vif du sujet (l'incipit donne le ton) en dressant le portrait de la grand-mère, une vieille haineuse, "son ulcère à lui" comme le dit Rémi. L'ambiance lourde est retranscrite avec justesse, simplement. Les mots, les "coups à l'âme", touchent profondément, les mots d'Arthur Ténor portent. Le lecteur peste, grimace de colère, contre ces adultes qui n'en sont pas, et ne rêve que d'une chose : tendre la main à Rémi, à Marie. Il souffre aussi du regard totalement dégradé ("anomalie de la société".. ."dégénéré"...) que Rémi pose sur lui ; des coups physiques, des "coups à l'âme." Comment peut-on faire autant de mal à un enfant ? Voilà la question lancinante qui envahit chacun d'entre nous.

On suit Rémi et Marie - enfants martyrs, étranges et solitaires - dans leur méfiance à l'égard des autres (comment pourrait-il en être autrement ?). On vit leur solitude. Leurs silences. Arthur dresse un beau portrait de deux ados qui vont se reconnaître et qui vont, petit à petit s'apprivoiser, se parler, et finir par se rapprocher. On suit l'évolution de leurs personnalité, au fur et à mesure que leur amitié progresse. Maintenant qu'ils ne sont plus seuls, après la résignation, il y a t-il un espoir ? On y croit ! On s'attendrit face au bonheur qui semble enfin leur tendre les bras : celle ou "Charlot (Rémi) fait du patin devient une "respiration" heureuse. Mais... il y a ces en-têtes de chapitres, toujours là, au fil des pages, qui inquiètent : ainsi, "chapitre un : 56 jours avant la fin. " Avant la fin de quoi ? Que va-t-il se passer. On s'inquiète. La tension monte !!!!! De plus en plus palpable, de plus en plus angoissante... On sait qu'il av se passer quelque chose, forcément, quelque chose de fort, on le pressent, le sent... Oui, mais quoi ?... "Chapitre 17, le jour de la fin."

Sans nul doute, un beau roman, à lire, absolument !

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 11:35

Aujourd'hui, je vous propose de vous parler d'un ouvrage de.... Raymond PERRIN - L'épopée du roi Gilgamesh et de son ami Enkidou- L'harmattan

  

Gilgamesh

 

L'histoire :

  

L’épopée de Gilgamesh et de son ami Enkidou, vieille de quelque quatre millénaires, est la première oeuvre littéraire connue. Elle exalte les valeurs de l'amitié et de l'amour, exprime la crainte de la mort et le prix inestimable de la vie.

Inspirée très librement de plusieurs traductions savantes françaises, voici une adaptation en huit chapitres du récit retrouvé sur une douzaine de tablettes d'argile mésopotamiennes, plus ou moins complètes. Ces tablettes, pièces d'un puzzle reconstitué mais mutilé, contient le fabuleux destin d'un roi qui refuse de mourir et évolue de la tyrannie vers la sagesse.

Comme beaucoup d’adaptations actuelles, cette version s’inspire des diverses traductions connues, en particulier celles de G. Contenau (1939), de J. Bottéro (1992) et de R. J. Tournay et A. Shaffer (1994). En étant fidèle à la tradition mésopotamienne, l’objectif essentiel consiste dans le respect d’une triple contrainte pour restituer à la fois un poème, un récit épique continu et un ensemble de dialogues indispensables. Dès le prologue apparaissent plusieurs poèmes qui préservent images et lyrisme de l’épopée. Il convient de conserver la sensualité du poème et l’aspect humain et universel d’une œuvre majeure.

Alliant vers et prose pour rester fidèle à la tradition mésopotamienne, le texte adopte une lisibilité contemporaine et propose une version cohérente et accessible aux lecteurs actuels, jeunes ou moins jeunes.

 

Thèmes : Epopée / texte fondateur/ Art /, mythes et religions / Civilisation ancienne / Babylone / héros

L'épopée de Gilgamesh est au programme des classes de 6ème.

 

Commentaire :

 

J'ai toujours été admiratif des travaux (et de leur qualité) d'historiens et d'analystes de Raymond Perrin sur la littérature et la presse jeunesse. Aussi, c'est avec grand plaisir que j'ai découvert son nouvel ouvrage.

Raymond Perrin parvient à entraîner le lecteur dans son sillage ! Et ce n'est pas une mince affaire avec "Gilgamesh." En effet, il a su joliment retranscrire le côté épique et poétique de cette oeuvre "savante" (la plus ancienne oeuvre littéraire de l'Humanité) qui rebute, souvent, le jeune public de collège peu habitué à ce genre de littérature (que de plaintes ai-je entendu de la part d'élèves de 6ème !). Là est la force de Raymond Perrin : il a rendu plaisant et accessible ce "conte", issu de la nuit des temps, aux lecteurs. L'introduction des dialogues n'est pas étranger à cela, une riche idée pour dynamiser, rendre vivante et passionnante, ce qui est une merveilleuse épopée.

Raymond, pourquoi as-tu décidé de t'"attaquer" à cette épopée ?

Tu me demandes des précisions sur Gilgamesh, Houla ! Je suis contraint de
faire un voyage en arrière dans le temps. (N’oublie pas qu’il y a déjà 15
ans que j’ai arrêté d’enseigner.) Il y a une cinquantaine d’années que je connais l’épopée. D’abord par bribes (extraits dans les livres d’Histoire ou de français, un TDC en noir et blanc qui date de 1963 je crois et la version de Pierre Grimal dans les Contes de Babylone et de Perse chez Nathan. A cette époque je me contente de raconter l’Épopée comme on le ferait pour un conte mais je constate déjà chez les
élèves un intérêt particulier, comme s’ils percevaient que cette histoire
singulière est plus profonde que les autres et surtout qu’elle vient du fond
des âges. Dans les années 70, lors d’un voyage à Paris, un beau-frère me
signale que l’on procède à la vente de la bibliothèque de Louis de Gonzague
Frick (un ami d’Apollinaire, décédé en 1959). En plus de quelques essais sur
Rimbaud, j’y acquiers L’Épopée de Gilgamesh traduite par G. Contenau en
1939. Je l’utilise désormais regrettant l’exclusion du récit du déluge mésopotamien.
En 1978, j’ai la chance d’écouter sur France Culture l’adaptation
radiophonique de l’épopée, en quatre longs épisodes, par Richard Banks.
Le livre qui me servira surtout ensuite, c’est la version du poète et
chanteur d’origine syrienne Abed Azrié, traduite de l’arabe en 1979. Elle
sera utilisée pour élaborer avec les élèves un album contenant le récit
complet simplifié avec des illustrations d’élèves accumulées sur plusieurs
années (j’ai alors la chance d’enseigner à la fois français, histoire-géo et
arts plastiques dans la même sixième). Ces illustrations donnent lieu à un
montage d’une centaine de diapos que j’utilise les années suivantes pour
susciter des dialogues, des saynètes courtes jouées par les élèves.
Je vais surtout améliorer ma connaissance de l’Epopée et par conséquent
celle des élèves au cours des années 90 grâce aux excellentes traductions de
Jean Bottéro en 1992 et de Tournai et Shaffer en 1994.
L’idée d’un livre m’est venue assez tardivement parce que je considérais un
peu comme « sacrilège », l’idée de « vulgariser » des versions savantes
parfois élaborées au cours de toute une vie de travail et de sacrifices (le
dominicain Jean Bottéro a été suspendu et renvoyé à l’état laïque).
Et puis quand j’ai vu, après l’introduction tardive de l’oeuvre dans les «
textes fondateurs » que beaucoup adaptaient librement ces versions savantes
pour en faire des éditions « scolaires », je me suis dit que je pourrais
proposer après tout ma version si elle se démarquait des autres en
respectant trois dominantes essentielles : le caractère épique, l’aspect
poétique et la nécessité de quelques dialogues.

 

NB :

Je ne peux que vous encourager de vous rendre sur le remarquable blog de Raymond, une mine incroyable d'informations sur l'histoire de la littérature et de la presse jeunesse : quel travail !!!!

http://raymondperrin.blogspot.fr/

 

 

Gilgamesh
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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 18:48

L'histoire :

 

Élie est juif. Mourad est arabe. Entre eux fusent les « Sale Juif ! », « Sale Arabe ! ». La relation détestable entre ces deux adolescents empoisonne la vie de la classe au point de remettre en question le voyage organisé par l’école à la montagne. Par un héroïque sursaut d’intelligence, les deux frères ennemis décident d’une trêve, afin que soit maintenu ce séjour tant attendu. Les voici donc tous partis. Une première sortie raquettes est très vite programmée. Ce devait être une journée uniquement promise à la joie et la bonne humeur. Oui mais voilà, la rivalité entre Élie et Mourad refait bientôt surface. Course, erreur de parcours, bagarre, chute dans un ravin… et voici que la météo y va de sa colère blanche. Les adolescents sont perdus, seuls et de ce fait condamnés à s’entraider ou à périr chacun de son côté. Leur périple s’achève dans une chapelle et sous le regard d’un dieu qui n’est pas le leur. La fragile sagesse dont ils ont su faire preuve pour sauver le séjour leur permettra-t-elle de se sauver mutuellement ?

 

Thème : Conflit israélo-arabe / Répercussion sur les communautés en France / Haine / Violence / Antisémitisme / Islamophobie / Intolérance / l'Autre / Classe de 4ème / Voyage scolaire en montagne...

 

Commentaire :

 

 

Sans nul doute, voilà un roman à lire !

Arthur TENOR s'attaque, avec courage (il s'en sort plutôt bien), dans cet intéressant roman (99 p.), à un sujet d'actualité, difficile à traiter : les répercussions, au sein d'une classe d'élèves de 4ème de la Métropole, du conflit israélo arabe. Et celles-ci sont... violentes ! En effet, Mourad et Elie - "l'un comme l'autre, beaucoup trop identifiés au conflit du Moyen-Orient, sans réflexion, sans discernement, sans nuance" (p.11) - passent leur journée à s'invectiver (le mot est faible).

 

Le message de l'auteur est clair : la guerre et ses ravages sont absurdes... L'entraide, la tolérance et l'ouverture (à l'Autre) doivent être supérieures à tout autre considération. On trouve également quelques allusions à quelques autres maux de nos sociétés de consommation, ainsi à la page 92... "Je ne m'étais jamais aperçu que c'était si bon... c'est par ce qu'on est gavé de tout..."

 

Si la fin (trop rapide ?) n'est guère surprenante - mais après tout, était-ce une obligation ? - l'intérêt de ce récit réside ailleurs : dans la manière dont Arthur Ténor construit l'opposition entre ses deux personnages, dans l'évolution de leur caractère bien sûr, mais aussi dans sa façon de créer, au fil des pages, par une succession d'événements (bien vus et intéressants !), une belle... tension ! L'écriture est fluide, agréable, elle sert joliment cette histoire... "Dans le jour déclinant qui rendait le brouillard encore plus opaque, les reliefs achevaient de s'estomper, privant l'oeil de tout repère. Le silence cotonneux de cet environnement gris et blanc, qui en d'autres circonstances aurait été plutôt apaisant, inspirait aux égarés une pénible sensation d'étouffement." (P. 51) .... Arthur Ténor aime à écrire sur les affres de la nature ("La tempête", "Tsunami"...). Ici, il décrit fort bien une nature riante (au début, la neige est belle, la classe part faire des raquettes, c'est les "vacances"...) qui devient vecteur d'angoisses et de dangers : la neige, la tempête, le brouillard, les bourrasques, le silence, le froid glacial...

Si le sujet est grave, il y a quelques "respirations" qui font se souvenir les potaches que nous étions lors de colonies de vacances (ici, il s'agit d'un voyage scolaire) et puis - me semble-t-il - il y a un sympathique clin d'oeil au duo, Eddy-Mitchell-Serge Gainsbourg ("Vieille canaille", p.39), mais ça c'est pour l'anecdote et pour le très vieux lecteur que je suis !

Le lecteur suit quasiment exclusivement les deux adolescents. Surtout à partir du moment où Mourad et Elie s'enfoncent dans la tempête. Dommage que l'on perde de vue M. Herbin, Antoine et Léa, les deux collégiens qui ont menti sur les conditions météorologiques... Certes, il est normal qu'Arthur Ténor se soit attardé sur Mourad et Elie, ils sont le sujet de cette haine viscérale et de la problématique de l'histoire. MAIS... j'aurais aimé en connaître davantage quant au point de vue des camarades de la classe. Il y avait matière à faire plus long, me semble-t-il : que savent-ils et que pensent-ils de cette haine ? de ces causes (la guerre)... Comment la vivent t-ils ? J'aurais également aimé "vivre", les inquiétudes, les angoisses, les questionnements des autres protagonistes, le professeur de français, l'infirmière... lors de  la disparition des deux jeunes. Ils ne réapparaissent que dans l'épilogue et encore, rapidement.

Il aurait fallu augmenter le volume de pages, le sujet est passionnant, il y avait matière. Mais ça c'est parce que j'ai aimé ce roman !

 

L'objet-Livre : Voilà un très joli livre de par son petit format (petit poche), passe partout, magistralement mis en valeur par une couverture du meilleur effet ! Une couverture qui réussit à être remarquée et donc, à attirer l'oeil.

 

Le titre de ce roman réflexif est une belle trouvaille ! Il est fort et évidemment pas neutre : "A mort la haine !" (il rappelle un autre roman engagé d'Arthur Ténor, "A mort l'innocent !) "A mort la haine !" est à la fois accrocheur (dans le bon sens du terme) et fort bien trouvé. Il marque les esprits et reste en mémoire. MAIS...  

 

Un bémol qui concerne les deux phrase écrites en rouge, sur la couverture, deux phrases que l'on trouve aussi dans le corps du roman : "Les Arabes, c'est tous des crevures, des traîtres. Les Juifs, je les vomis. Partout, où il y en a ils foutent la merde..." Je pense que sur la couverture on l'on pouvait s'en passer !

Sorties du contexte, ces phrases peuvent poser problème. Evidemment, on comprend ce qu'à voulu faire l'éditeur, le message choquant est clair pour des gens dits "éclairés"... MAIS...

Je me demande si, sur la couverture, elles ont leur place. J'ai peur que certains lecteurs (qui liront très, très vite, sans prendre le temps de bien lire, de s'attarder sur les mots, leurs sens), peu armés, ne comprendront que ce qu'ils souhaiteront comprendre. Qu'ils ne voient que ce qu'il voudront voir ! Comment ces deux phrases très violentes vont-elles être comprises ? On sait la difficulté qui existe à être compris par des jeunes qui ne possèdent que peu de vocabulaire ! Quand on connaît aussi le souci de certains pour reproduire le message transmis...Il y a peut-être de quoi s'inquiéter. La fameuse perte de message entre le récepteur et l'émetteur...

L'Etoile de David et le Croissant couplés au titre suffisaient ! Du moins, je crois. Le débat est ouvert, il a dû avoir lieu chez Oskar !

 

Une partie documentaire en fin d'ouvrage aurait été fort utile. Une ou deux pages ramassées pour expliquer, rapidement (carte à l'appui) et simplement aux jeunes lecteurs, ce qu'est le conflit israélo-arabe. L'Intifada aurait également méritée une petite définition.

 

En conclusion,  un très bon roman courageux que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ! Trop court à mon goût !

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 23:38

arlequin.jpgA lire sans modération le « Arlequin, Charlot, Guignol et Cie » de Bénédicte Rivière. Paru en septembre 2013, chez Actes Sud Junior.

 

Résumé : D'où viennent ces drôles d'expressions ? Descendus de la scène des théâtres, échappés des contes populaires ou des écrans de cinéma, les personnages qu'elles évoquent ont tant marqué les esprits que leur nom ou leur surnom est passé dans le langage commun ! D'Arlequin à Charlot, de Pimbêche à don Juan en passant par Riquiqui, voici une galerie de portraits cocasses qui est aussi une incursion insolite dans l'histoire de la langue française !

 

Thème : Expressions / Langue française / théâtre

 

Commentaire :

Bénédicte Rivière est comédienne, elle est spécialisée dans le doublage de film. Passionnée de théâtre et du langage, elle nous livre un amusant et passionnant documentaire (53 pages) sur de drôles d’expressions issues du théâtre, expressions que nous employons régulièrement dans la vie de tous les jours : « Faire le Guignol », « C’est ubuesque », « espèce de bouffon ! »… De plus, le texte est remarquablement servi par des illustrations - tout en douceur de Gérard Dubois - au service de ce joli objet livre. Bravo !

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et à L'ECRITURE
.

Enfants 1 199La lecture est une nécessité dans le monde moderne. Elle permet de maîtriser la langue, de développer l’imaginaire, de structurer la pensée, d’accéder au savoir, d'acquérir du vocabulaire... C’est pourquoi parents et enseignants se lamentent lorsque les enfants ne lisent pas et les ados encore moins. Pourtant, ils prendront PLAISIR à lire... pur cela, il suffit de les juindécembre2010 225aider à ouvrir la porte.

 

 

 

 

 

 

  

 

 

  

 

 Avec ce blog, j'aimerais :
 * faire découvrir la littérature jeunesse,l'écriture et les auteurs pour la jeunesse
partager une passion et pourquoi pas donner envie de lire et de rêver entre les pages.  

juindécembre2010 260Le livre est une véritable source de plaisir, de joie et d'émotion. Beaucoup d’élèves disent ne pas aimer lire. Je ne suis pas loin de penser que TOUS aiment lire, sans exception ! Le plus difficile pour eux est de parvenir à trouver dans la masse, LE livre, celui qui ne va pas les endormir… juindécembre2010 227LE LIVRE, celui qui va leur "parler", le livre qui leur correspond, le livre qui va leur remuer les tripes, les boyaux, les neurones, la tête !!!  

Enfants 1 178-copie-1Personne n'aime lire toutes les histoires, tous les livres. Evidemment. Il existe donc des "critères" à appliquer pour trouver et emprunter la perle, le livre qui va faire définitivement plonger dans le plaisir de lire !

Dans le livre on fait de merveilleuses rencontres, on découvre plein d'amis, on voyage, on s'ouvre sur le monde, on vit des aventures que l'on ne connaîtra jamais dans la vie de tous les jours : on embrasse des princesses, on escalade des rochers, on "zigouille" les méchants, on galope sur des chevaux lancés à la poursuite de terribles bandits ... bref, on fait de fabuleux voyages pour... "sourire, rêver et aimer" (Lisez "Le type" de Philippe Barbeau.) !!

Enfants 1 258Dans ce blog, il sera question des hommes et des femmes qui écrivent : les écrivains pour la jeunesse. Les ouvrages de littérature jeunesse de qualité seront présentés, racontés, "décortiqués"...
Vous lirez des interviews de professionnels, vous découvrirez des portraits, le monde de la chaîne du livre (éditeurs, imprimeurs, libraires...), vous trouverez également des conseils, vous ferez des rencontres, participerez à des débats, vous lirez des expériences d'animations pédagogiques autour des livres, vous découvrirez des "paroles" d'élèves, d'enseignants, des textes et.... plein d'autres choses encore !

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 Brigitte Coppin 015
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    "Les gens qui aiment lire sont rarement des salauds !"
Xavier-Laurent PETIT
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  SPECTACLES

   

  "Salomon, vous vous rendez-compte ?"

de Christophe Boutier

 

spectacle radeau 010 

 

Sa majesté des couches"

de Christophe Boutier  

 

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  Une comédie en V actes écrite et mise en scène par Christophe Boutier

L’histoire de la séduction, de l’enfant et de sa famille depuis la préhistoire jusqu’à l’enfant-roi du XXIème siècle.

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Sur scène, il y avait :

- 14 comédiens 

- Six musiciens professionnels dont Michel Léger, accompagnateur de vedettes de la chanson et du cabaret, telles que La Bande à Basile, Daniel Guichard, Zanini, Jean Constantin, André Aubert (Don Patillo)...

- la chorale du collège de Xavier Bélanger (professeur d'éducation musicale qui a mis en musique le spectacle) qui a interprété des chansons de variété en rapport avec l'enfance.

- des projections murales assurées par les élèves de l'option image (Eddy Dabrigeon...) du collège, option dirigée par Cécile Cotten,  professeur d’Arts plastiques.

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Les spectacles précédents

 

2013- Le temps du maquis"

2012 - "Salomon, vous vous rendez compte ?"

2011 - "Sa majesté des couches"(Gannat)

2010 - "Hommes-Femmes, nos amis les bêtes"  : 2ème épisode (Gannat)

2010 - "Un zèbre sur la banquise" (Gannat)

2009 - "Hommes-Femmes, nos amis les bêtes " : 1er épisode (Lapalisse)

2008 - "La farce vaudevillesquement tragique de la chambre forte du jugement dernier. " (Lapalisse)

2007 - "Le terrier zeixcoussois en Zinzinmouli ou la complainte des comédiens en danger" (Saint- Prix)

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    Un grand MERCI donc à tous les écrivains jeunesse
 que j'épuise et à qui je donne mal à la tête !!!
Ah ! Ah !!

Enfants 1 224Christian Grenier, Eric Boisset, Alain Grousset, Alain Surget, Béatrice Nicodème, Anne-Marie Desplat-Duc, Susie Morgenstern, Arthur Ténor, Hubert Ben Kemoun, Jean-Côme Noguès, Marc Séassau, Fabrice Colin,  Lorris Murail, Roger Judenne, Philippe Barbeau, Anne Ferrier, Evelyne Brisou-Pellen, Eric Sanvoisin, Christophe Léon, Jean-Luc Luciani, Béatrice Egémar, Magali Herbert, Guy Jimenes, Jean-Claude Mourlevat, Raymond Perrin, Jean-Baptiste Evette, Marc Cantin, Claire Gratias, Christophe Miraucourt, Xavier Bascour, François Librini, René Gouichoux, Yaël Hassan, Jean-Marc Ligny, Marie-Aude Murail, Cécile Roumiguière, Brigitte Coppin, Dorothée Piatek, Sophie Audouin-Mamikonian, Fanny Joly, Johan Héliot, Jack Chaboud, Jean-Luc Marcastel, Stéphane Daniel, Emmanuelle et Benoît de Saint Chamas, Jean-Paul Gourévitch, Michèle Laframboise., Florence Hinckel, Christophe Loupy, Lénia Major, Viviane Koenig, Marie Mélisou..

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... évoque le BLOG sur la littérature jeunesse.

 

"Des conseils pratiques de pro à pro, des interviews délicieuses et des
articles écrits par des écrivains ou des éditeurs, des bibliographies,
des réflexions sur la littérature jeunesse, des coups de coeur et
 des anecdotes...On trouvera tout cela (!) sur le blog de C
hristophe
Boutier, professeur documentaliste  au collège de Gannat (Allier).

Les petits articles de réflexion sur certains aspects de la littérature
jeunesse sont parmi les plus intéressants, d'autant plus qu'ils soulèvent
parfois des points souvent peu vus : les genres relevant de l'imaginaire
et les critères de classification (science fiction, fantasy...), les styles
d'écriture (classique, moderne…), ou encore le souci de la véracité dans
les romans historiques jeunesse.

En plus de cela, on trouvera une liste impressionnante de sites
d'écrivains  et des ressources diverses et variées qui émaillent les
articles (liens vers des  sites de séries jeunesse, des conférences
en ligne...), des « trucs et astuces » de Doc pour aimer et faire
aimer la lecture, des bibliographies...

Si la mise en page gagnerait à être un peu plus claire et lisible, le côté
bric-à-brac (où on flâne volontiers de longs moments) perdrait de son
charme...

Par un prof-doc amoureux et défenseur acharné de la littérature
jeunesse.
"

 

Rubriques

CULTURE au CDI de Gannat

Collège de Gannat (03)

" Fête de la culture, de la lecture et de l'écriture"

  Mai 2013 - 4ème édition

Eric Boisset 

Mai 2013 145

ArthuArthur Ténor 024r Ténor

Alain Surget 

Alain Surget 053

 

Mai 2012 - 3ème édition

 Jean-Luc Marcastel

jean-luc-MARCASTEL-010.jpg

Brigitte Coppin 

      Brigitte-Coppin-013.jpg

 

Mai 2011 - 2ème édition

Philippe Barbeau, Christian Couty

juindécembre2010 236

Béatrice Nicodème

 

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Juin 2010 - la 1ère édition :

 

Alain GROUSSETet Christian GRENIERétaient parmi nous pour évoquer la Science-Fiction (SF) etpour débattre des nouvelles technologiesqui pourraient "tuer » les livres...

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Le nouveau spectacle du collège

Joseph Hennequin de Gannat, dans l’Allier.

 

 

La troupe de théâtre du collège Hennequin, composée cette année de 30 comédiens issus des quatre niveaux de classes, a réalisé un film (un vrai ! en noir et blanc)écrit par Christophe Boutier, professeur documentaliste, « Le temps du maquis» (vendredi 14 juin 2013, centre socio culturel de Gannat). Xavier Bélanger, professeur d’Education musicale, assurera la mise en musique.

Ce film présente la dure réalité de la vie quotidienne et clandestine, au milieu de la forêt,d’hommes et de femmes – les maquisards - remarquablement courageux qui recoururent, au péril de leur vie, à la guérilla pour s’attaquer à la milice du Maréchal Pétain et aux troupes d’occupation allemande.

Ce spectacle entre dans le cadre du projet « Devoir de mémoire », une option du collège menée en classe de 3ème. Les 16 élèves de cette option dirigée par M. Bellet, professeur d'Histoire, présenteront la soirée :

En 1ère partie, un court métrage : Roger VENUAT, résistant dans le maquis de Hérisson (Allier, 03), au collège Joseph Hennequin.

En 2ème partie, la pièce de théâtre, « Le temps du maquis »

ENTREE GRATUITE

  

QUI SUIS-JE ?

Je suis Christophe BOUTIER, professeur documentaliste au collège de Gannat (1 rue Joseph Hennequin. 03800 GANNAT) , dans l’Allier, en Auvergne.

Passionné par la littérature jeunesse, l'écriture, la lecture... j'ai découvert, grâce à ma profession cette littérature - une vraie littérature ! - qui comporte de magnifiques textes. Et derrière des mots adressés, peut-être davantage aux enfants, aux adolescents - quoi qu'un bon texte doit pouvoir être lu par tous sans aucune histoire d'âge ! - se cachent des écrivains adorables, des personnes d'une incroyable richesse humaine, intellectuelle et culturelle, des gens de talent que j'ai/j'ai eu la chance pour certains de côtoyer !

Aujourd'hui, j'éprouve le besoin de partager mon amour des auteurs jeunesse et de leur oeuvre ! je compte également sur vous lecteurs pour faire vivre ce blog, mutualiser nos expériences, nos connaissances, nos réflexions et... débattre.

 
Mon autre BLOG, celui du CDI du collège de GANNAT :
http://www.cdi.gannat.over-blog.com